Politique

Ce qu’union nationale veut dire

Mélenchon et Le Pen côte à côte aux Invalides

Publié le 28 novembre 2015

Lors de la cérémonie d’hommage de vendredi 27 aux Invalides, on n’était pas à un paradoxe près. On rendait hommage à des victimes civiles et innocentes là où, généralement, le ministère de la Défense et l’Élysée rendent les honneurs militaires aux soldats « morts pour la France » (après avoir violé en Centrafrique, bombardé des écoles en Irak, etc.). Aux côtés des secouristes et des urgentistes qui sauvent des vies, on avait ceux qui les cisaillent : militaires, galonnées, policiers et flics d’élite en tous genres. Du côté des politiques, enfin, c’était pas mal non plus, avec notamment un attelage bien particulier : Jean-Luc Mélenchon aux côtés de Marine Le Pen.

Corinne Rozenn

Dans la tribune réservée aux élus, on retrouvait ainsi le député européen et leader du Front de Gauche placé juste à côté de Nicolas Bay, secrétaire général du Front National, Marine Le Pen - qui n’est plus à présenter - et Florian Philippot, son bras-droit. À peine la cérémonie conclue, Mélenchon lance depuis son compte tweeter « Attention particulière de la présidence : me placer à côté de Le Pen aux Invalides. Misérable ». Côté élyséen, on dément tout intention politique. Mélenchon se serait retrouvé assis à côté de Bay, Le Pen et Philippot car ils sont tous eurodéputés.


Hollande siphonne le programme de Le Pen

Par-delà la polémique, la photo est évocatrice à plus d’un titre. La première leçon à tirer, c’est qu’alors que Le Pen n’avait pas été réellement conviée à la communion nationale post-7 janvier et n’avait pas été « Charlie », cette fois-ci, elle est de la cérémonie. C’est tout autant un reflet de la volonté de Hollande de brasser large que du fait qu’une bonne partie de l’arsenal vigipiratesque qui a été présenté par le président pour seconder l’état d’urgence est tout droit sorti… du programme du FN : déchéance de la nationalité, armement de la police municipale, centres de déradicalisation, etc.


Mélenchon se retrouve siphonné en acceptant l’union sacrée

La seconde leçon à tirer concerne Mélenchon. Il est de mauvaise foi, à trop s’égosiller. L’union sacrée, ce n’est pas à la carte : c’est surtout une pente boueuse qu’on dévale bien vite dès qu’on y a mis le pied. On commence ainsi par soutenir le président et les forces de police au nom du deuil, et on a l’état d’exception ; on a beau dire que la « république n’a pas besoin d’état d’urgence », et les députés Front de Gauche votent les mesures scélérates et ils valident avec les sénateurs, soit en s’abstenant, soit en ne participant pas au vote, les crédits de guerre ; on défend le drapeau tricolore, parce qu’il serait patrimoine de la gauche, et on se retrouve au côté de la flamme tricolore du F-Haine.

Il en va ainsi, en politique, depuis août 1914. Jean-Luc Mélenchon, qui connaît son histoire du mouvement ouvrier, le sait parfaitement. Inutile de tweeter, donc. La seule façon pour ne pas se retrouver aux côtés du général-Hollande et de celle qui se voit déjà en feld-maréchal du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, c’est en refusant dans la pratique, au quotidien et systématiquement, l’union sacrée, c’est-à-dire en disant merde à l’état d’urgence, à la guerre et au racisme et à la xénophobie d’État. Mélenchon est fort en gueule. Mais il lui reste un certain chemin à parcourir, s’il voulait être conséquent par rapport à ses coups de sang.