Politique

REPOSITIONNEMENT « A LA GAUCHE DE LA GAUCHE »

Mélenchon surfe sur les vagues de la conjoncture politique

Publié le 8 juillet 2015

Claire Manor

Après la chronique d’une mort annoncée du Front de Gauche, Mélenchon, tel Phénix, tente de renaître de ses cendres. Chance pour lui, la conjoncture politique lui offre sur un plateau l’opportunité de terminer un congrès du PG, plus favorable qu’il n’aurait pu le craindre, en fêtant place de la République, la victoire du « NON » au référendum Grec. De quoi espérer récupérer un peu de la gloire qui retombe sur Tsipras. Cette embellie le conforte dans un projet « citoyen » qui n’est pas nouveau mais qui s’oriente de plus en plus clairement vers « la droite de la gauche » jusqu’aux limites du souverainisme.

Le congrès du PG, un tremplin vers les présidentielles

Le Front de gauche battait de l’aile depuis un moment. Le PG devait donc rebondir ou, à terme, mourir ; le congrès a été l’occasion de donner un coup de talon au fond de la piscine. Plutôt réussi d’ailleurs, en tout cas aux yeux de son coordinateur politique, Eric Coquerel, qui déclare triomphalement : « Ce congrès est une belle réponse à ceux qui nous disaient affaiblis ».

En fait, à l’issue du congrès, une page se tourne. Le devenir du PG est incertain mais ce qui est sûr c’est que Mélenchon regarde désormais davantage vers une destinée personnelle, en relation directe avec le “peuple”, et montre sa préférence pour une position au-dessus de la mêlée plutôt que de poursuivre des discussions, qu’il juge souvent stériles, avec d’autres partis. C’est pour lui désormais le moment de mettre en avant ce qu’il a en tête depuis longtemps. Déjà en 2013, lors de la campagne des municipales, il disait : « On peut continuer à bavarder, à faire des goûters ou des colloques, il n’y a aucun débouché qui émerge ».

Le sort en est jeté, le cartel d’organisations n’est plus adéquat. Et Coquerel de déclarer : le Front de gauche est un acquis et un point d’appui, mais il faut le dépasser », « Il y a une “envie de Mélenchon ». Pour constituer un ensemble cohérent, cette conception du « tribunicien » Mélenchon se complète par une vision du rapport au « peuple » que décrit Coquerel : « D’accord, la France n’a pas connu un mouvement d’indignés. Mais c’est le moment de tenter et de planter une méthode qui nous différencie vraiment des autres forces du système. Il faut s’y mettre maintenant, profiter des régionales, pour au moins sortir en 2017 avec un mouvement qui s’impose comme pouvant prendre le pouvoir ». Voilà le tremplin que Mélenchon compte emprunter pour le bond vers les présidentielles.

Mélenchon brigue la tête de file de « la gauche radicale » européenne

Mais une stature nationale ne lui suffit pas ; il ambitionne une place de choix sur l’échiquier européen. Le succès du vote « NON » au référendum grec présenté par tous les médias comme une manœuvre réussie et une victoire personnelle de Tsipras a de quoi le faire rêver. Mais plutôt que de se poser en admirateur il préfère s’affirmer instigateur des victoires de Syriza et de Podemos à qui ses propres campagnes auraient ouvert la voie.Ses ambitions présidentielles et la conjoncture politique en Grèce après le referendum l’obligent à dresser le tableau de ses intentions vis-à-vis de l’UE au cas où il accéderait à l’Elysée.

Il cherche, pour le moment à ne pas effrayer une partie de son électorat potentiel, mais il doit aussi compter avec la montée, dans son propre parti, d’une fraction non négligeable de jeunes militants, basistes, chevènementistes, souverainistes que le congrès du PG a vu émerger. C’est ce qui l’amène tout en affirmant ne pas vouloir, comme Marine Le Pen ou Dupont Aignan sortir de l’UE et de l’Euro, à reconnaître que son programme politique est difficilement atteignable dans le cadre des institutions européennes actuelles. Opposant « l’ordo-libéralisme » au droit des peuples il déclare : « Nous voulons une autre zone euro, une monnaie au service des humains et non des humains au service de la monnaie ». Manière « tribunicienne » de sortir de tensions politiques contradictoires.

Quelle configuration stratégique pour aller vers de telles ambitions ?

Il reste à définir la stratégie à adopter à la gauche de la gauche pour aller dans la direction que Mélenchon, candidat potentiel à la présidence en 2017, souhaite emprunter. Les débats de congrès ont été l’occasion d’envoyer quelques messages au reste de la gauche en général, aux communistes, aux écologistes, à Ensemble, aux frondeurs, au NPA. Les décisions du congrès ont opté pour la création d’un « mouvement citoyen » largement préféré à la recherche d’une solution alternative de gouvernement sous la forme d’un cartel électoral d’organisations.
Le PG a clairement énoncé son intention de relancer une dynamique militante via « l’implication citoyenne » “par en bas”, plutôt que par les discussions d’appareils politiques, qui lui serait d’ailleurs défavorable face au poids du PCF à l’intérieur du Front de Gauche. Cette position est éminemment favorable à un Mélenchon qui a trouvé une rampe de lancement pour ses ambitions présidentielles en 2017. Soucieux toutefois de ménager ses partenaires traditionnels « à la gauche de la gauche », il a lancé, par Coquerel interposé, une invitation à ce que soit mis en place en septembre un « comité de liaison pour un mouvement citoyen » avec les syndicats, les associations et les personnalités qui le veulent.

Un tel repositionnement ne sera pas sans incidence sur ces organisations politiques et leurs divergences stratégiques internes. Les tensions entre Pierre Laurent et Mélenchon en sont un indicateur. Mais il révèle surtout une tendance de plus en plus marquée à s’éloigner non seulement d’un projet révolutionnaire qui n’a jamais été le sien mais même d’un projet anticapitaliste, voire antilibéral, pour aller vers des formes de plus en plus ouvertes de populisme.

07/07/15