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Notre classe

Souffrance au travail dans l’automobile

Mercedes-Benz : « On travaille pour une entreprise de luxe, et on est traités comme au Moyen-âge ! »

Karim et Christophe travaillent à l’usine Mercedes-Benz de Rouvignies, dans la banlieue de Valenciennes (Nord-Pas-de-Calais). Tous deux sont militants à la CGT, respectivement délégué syndical et délégué du personnel. Jeudi 5 novembre, ils ont débrayé en solidarité avec Dominique Danquoins, travailleur de PSA Valenciennes convoqué au commissariat après son licenciement pour avoir pris un joint en caoutchouc dans une benne à déchets. Dans cet entretien, ils reviennent sur les conditions de travail qui détruisent leur santé à l’usine. Propos recueillis par Flora Carpentier

Vous êtes militants CGT, sur quoi vous battez-vous chez Mercedes-Benz ?

Christophe : Le grand problème chez nous, ce n’est pas tant les licenciements pour le moment. Ils se servent de la crise pour masquer les bénéfices, et on n’est pas non plus à l’abri, mais pour l’instant notre problème c’est plutôt l’exploitation des personnels, la mauvaise répartition des bénéfices et la pénibilité, les mauvaises conditions de travail.

Vous pouvez nous en parler, de cette souffrance au travail ?

Karim : Nous on travaille dans un centre de logistique. L’Allemagne nous envoie des pièces, on les stocke et tous les jours les concessions Mercedes passent des commandes. Alors on va chercher les pièces, on les prépare et on les envoie au client. On manipule des pièces automobiles mais aussi des pièces de poids lourds. Tous les jours on porte des disques de frein, des embrayages, des batteries. Donc on a la moitié des gars qui sont bloqués du dos. On a même un jeune de 24-25 ans qui a les disques écrasés.

Les pièces arrivent dans des panières. Dans une panière il y a environ 1000 disques et un client nous fait une commande de cinquante disques. Donc le gars va chercher cinquante disques à la main, il les met dans une panière et après il y a un charriot pour les dispatcher. Donc on se baisse pour prendre des pièces très lourdes, c’est un travail perpétuel, on a le dos cassé. On manipule plusieurs centaines de kilos par jour. Et puis le problème, c’est les mouvements répétitifs.

Depuis 13 ans, on essaye de faire évoluer les conditions de travail. Là on avance un petit peu avec un nouveau responsable magasin qui vient de Smart Moselle et qui travaille aux conditions de travail des gars. Mais il y a beaucoup de travail à faire… Et ça fait quand même 13 ans qu’on dénonce nos conditions de travail auprès des inspections du travail, de la CRAM [Caisse régionale d’assurance maladie], etc. !

Vous avez l’air de dire qu’il serait assez simple d’améliorer les conditions de travail ?

K. : Oui, on a fait plusieurs propositions à la direction. Par exemple, que les pièces lourdes et grandes, on puisse les prendre à deux personnes. On manipule peut-être quinze mille pièces par jour, des pare-chocs, des batteries, des disques de freins…

Ch. : Ce qu’il faut savoir c’est que les panières sont stockées sur des palettiers sur 3 niveaux, et les gens qui prennent les disques de freins ont des chariots qui montent avec la panière, et le gars doit se plier en deux pour aller chercher les disques dans la panière du palettier pour les amener dans sa panière. Nous on essaye de dynamiser les emplacements pour que le gars n’ait plus à se plier en deux dans un palettier, qu’il l’ait à son niveau. Mais ils se fichent complètement de notre santé.

Les cadences élevées, ça vous met aussi en danger ?

Ch. : Oui. Ne serait-ce que quand il y a des absences, ils ne remplacent jamais en un pour un. Par exemple s’il y a dix personnes malades, ils vont prendre trois intérimaires, donc ça produit des surcharges de travail. On est 156 dans l’entreprise, en CDI. Si on enlève les bureaux on doit être une centaine dans le magasin. Mais à côté de ça il y a beaucoup d’intérimaires.
K. : Tous les ans, on demande à la direction combien représentent le nombre d’heures effectuées par les intérimaires. C’est à peu près l’équivalent de 9 à 12 personnes à temps plein. Ca veut dire qu’ils pourraient embaucher en CDI ! Mais les intérimaires ne viennent que pour une courte période, par exemple pour remplacer une personne pendant un arrêt maladie.
Ch. : Il y a beaucoup d’accidents répétitifs, des coups dans les wagons et les panières, dus à la fatigue. Souvent c’est dans les périodes où ils ne remplacent pas assez le personnel, avec la surcharge de travail il y a beaucoup de fatigue et là il y a des pics d’accidents.
K. : Par exemple récemment il y a un gars qui est tombé de son charriot, il s’est claqué le bras et la douleur était tellement forte qu’il a fait une syncope.
Ch. : Et là ça fait six mois qu’on se bat pour qu’ils remplacent l’infirmière qui est en arrêt, ils ont reçu plein de CV d’infirmiers en intérim, mais ils ne la remplacent pas. Donc à l’heure actuelle, s’il y avait un accident vraiment grave, on serait incapable de secourir la personne à temps. Même un arrêt cardiaque, l’entrepôt est grand, alors le temps d’aller chercher le défibrillateur et de revenir… tu peux y passer. Il fait 42.000 mètres carrés le bâtiment ! Ils se rabattent sur les SST, les secouristes, mais il y a des périodes où il n’y a pas de secouristes, par exemple pendant l’été. On travaille pour une entreprise de luxe, et on est traités comme au Moyen-âge !

Vous êtes venus soutenir Dominique Danquoins, licencié de PSA, pour vous c’est important ?

Ch. : Oui, on suit l’affaire depuis le début. On essaye de soutenir tous les travailleurs qui se battent dans les entreprises dans le Valenciennois, contre les licenciements, le chômage, les fermetures…
K. : La lutte il faut qu’elle commence aujourd’hui, il faut que les gens se réveillent, qu’ils se battent parce qu’on est en train de perdre tous les acquis que nos anciens ont gagné. Voilà pourquoi on est là.




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