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Monde

Merci, les socialos !

Merkel remise en selle par le SPD ?

« Mutti » avait perdu de sa superbe, dernièrement. L’indéboulonnable chancelière démocrate-chrétienne allemande semblait comme déboussolée depuis quatre mois, après les résultats des législatives qui laissaient son parti orphelin de coalition électorale après la percée de l’extrême droite aux élections du 24 septembre. Elle peut désormais pousser un « ouf » de soulagement. Ou presque. Les sociaux-démocrates viennent de voter le soutien à la reprise des négociations en vue de la formation d’un gouvernement de coalition sous sa direction.

Les élections législatives allemandes de septembre dernier avaient fait l’effet d’une véritable bombe dans le pays. L’Allemagne de la chancelière Merkel, à la tête du pays depuis douze ans et gouvernant avec une Grande Coalition CDU-CSU (centre-droit) et SPD (centre-gauche) entre 2005 et 2009 et depuis 2013, était secouée par une montée inquiétante du vote populiste en faveur de l’AfD, « l’Alternative pour l’Allemagne ». L’extrême droite faisait son entrée au Bundestag pour la première fois depuis 1949.

Dans une Allemagne bien moins touchée par la crise, ces dernières années, que le reste de l’Europe, il s’agissait, selon la plupart des analystes, du résultat de la « politique pro-migrants » adoptée par Merkel en 2015, lorsque le pays (vieillissant, avec un patronat en demande de main d’œuvre) accueillit un million de réfugiés. Derrière cette montée du populisme d’extrême droite, un tassement des démocrates-chrétiens, un retour des libéraux et un effritement sérieux des sociaux-démocrates qui n’ont obtenu que 20% des suffrages en septembre 2014, il y avait plutôt les signes palpables que la crise des mécanismes de représentations classiques ou « crise organique » touchait l’Allemagne à retardement.

Usure des partis au pouvoir, une social-démocratie faisant la même politique que la droite au point d’intégrer le gouvernement fédéral, une gauche radicale (Die Linke) soutenant à son tour localement, dans les Lander, le SPD, et se refusant à porter un horizon anti-austéritaire distinct de celui des sociaux-démocrates, des différences marquées et qui perdurent, au niveau salarial et social, entre l’ex-RFA et les provinces de l’Est, une précarisation croissante de l’emploi sur fond d’accroissement du phénomène de travailleurs pauvres : tous les ingrédients d’une secousse était là, et elle a eu lieu sur la droite de l’échiquier politique.

Conscient du risque encouru par son parti, le leader des sociaux-démocrates Martin Schulz a, dans un premier temps, rejeté l’idée de rempiler pour une nouvelle mandature aux côtés de la droite allemande, Merkel briguant un cinquième mandat à la tête du pays. Ayant en tête le sort qu’ont connu le PASOK grec ou les socialistes français en jouant la partition des politiques austéritaires et néolibérales, les barons du SPD ont, dans un premier temps, choisi de décliner toute offre de pacte de coalition. Ils ont néanmoins su entendre raison, le patronat allemand les rappelant à leurs responsabilités.

Schulz a donc choisi de convoquer un congrès extraordinaire du SPD pour ratifier l’idée d’une nouvelle Grande Coalition. Reflet d’une société allemande traversée de mille contradictions, et pas uniquement sur sa droite (et son extrême droite), les poids-lourds du parti ont peiné à faire entendre la voix de la Realpolitik. Ce sont donc les jeunes du SPD qui ont joué aux frondeurs, contestant la proposition de la direction du parti. Malgré son charisme, Kevin Kühnert, chef-de-file des « Jusos », les jeunes socialistes, n’a pas réussi à renverser la vapeur. Dimanche 21 janvier, à Bonn, c’est donc avec une majorité réduite, avec 362 « oui » et 279 « non », mais une majorité tout de même, que les sociaux-démocrates ont opté pour retourner à la table des négociations.

Tout n’est pas joué, cependant, pour Merkel. Les discussions pourraient s’étaler sur deux mois et Schulz a promis une nouvelle consultation, cette fois-ci de la base du parti, pour ratifier le contrat de gouvernement qui devrait être négocié. En bons « frondeurs », les opposants à Schulz ont choisi de continuer à mener la bataille en interne, alors qu’elle est, en réalité, déjà perdue. En dernière instance, ils sont solidaires de la direction d’un parti à laquelle il participe et avec laquelle ils partagent mille responsabilités, électorales et administratives, dans les lander et les villes qu’ils gouvernent. La seule chose qui les en distingue, c’est qu’ils souhaitent éviter d’être totalement essorés lors des prochaines échéances électorales.

En attendant, face à une très probable future Grande Coalition, qui poursuivra sur sa ligne pro-patronale, pro-impérialiste (avec un retour du militarisme allemand sur la scène internationale) et qui ne manquera pas de raidir sa politique d’asile pour donner des gages à l’extrême droite, le monde du travail et la jeunesse d’Allemagne qui souhaitent s’opposer tant à l’AfD et à sa revendication de l’héritage le plus nauséabond de l’histoire national qu’à Merkel et à Schultz qui lui pavent la voie ne pourront compter que sur leurs propres forces pour les faire reculer. Du côté du pouvoir, si les fissures qui sont apparues il y a quelques mois, semblent se refermer, Merkel sait que tout cela ne pourrait être que temporaire. Raison de plus pour reprendre le chemin des luttes, contre la précarité, les politiques austéritaire, les licenciements et contre le racisme.

Crédits photos : | Kay Nietfeld/AFP via Getty Images




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