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Politique

Violences policières

Meurtre d’Amine Bentounsi. Cinq ans de prison avec sursis pour le policier assassin

Vendredi 10 mars 2017, la cour d'appel de Paris a reconnu le policier Damien Saboundjian responsable de la mort d'Amine Bentounsi, qu'il a tué d'une balle dans le dos le 21 avril 2012 à Noisy-le-Sec. Jugé une première fois en janvier 2016, Saboundjian avait était acquitté, au nom de la légitime défense.

Ali Norbert

L’annonce du verdict est accueillie par une explosion de joie. « Justice pour Amine », chantent les dizaines de personnes venues soutenir la famille Bentounsi au procès du policier qui a tué Amine Bentounsi d’une balle dans le dos le 21 avril 2012. En janvier 2016, la cour d’assise de Bobigny avait déclaré l’accusé non-coupable, au nom de la légitime défense. La décision de la cour d’appel de Paris, en écartant le motif de la légitime défense et en cassant l’arrêt de la cour d’appel de Bobigny, sanctionne le combat de la famille Bentounsi, réunie autour d’Amal Bentounsi, la sœur d’Amine, pour que la vérité soit entendue et que justice soit rendue.

Le policier Saboundjian, jugé pour « violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner », a été condamné à la majorité absolue à 5 ans d’emprisonnement avec sursis et 5 ans d’interdiction d’usage d’arme, la cour ayant suivis la réquisition du procureur général. Alors que dans les affaires de violences et de crimes policiers, les policiers bénéficient presque systématiquement de non-lieu ou d’acquittement, la décision de la cour sonne comme une victoire politique : celle d’avoir su imposer un rapport de force suffisant pour que soit reconnue la culpabilité d’un policier assassin et que la légitime défense ne puisse être utilisée. Ce, quelques semaines après que le parlement ait adopté une loi étendant le champ couvert par la légitime défense dans l’activité des forces de l’ordre, comme le réclamaient les syndicats de police.

« Maintenant, je claque les doigts et j’ai une promotion »

 
Pourtant, le verdict est loin d’être à la hauteur des faits commis. Tout au long du procès, qui a duré 5 jours, Saboundjian a été mis face à ses contradictions. Alors que tous les éléments, dont plusieurs témoignages directs, montraient qu’à aucun moment Saboundjian était menacé par Amine et qu’il a bien tiré dans le dos du jeune homme en fuite, le policier persiste et continue d’invoquer la légitime défense. Les audiences ont également mis la lumière sur la complaisance de la hiérarchie policière et des syndicats de police, qui ont couvert Saboundjian depuis le début. D’après les écoutes des conversations téléphoniques de l’accusé avec ses collègues peu après les faits, on apprend même qu’abattre d’une balle dans le dos un arabe est récompensé : « maintenant, je claque les doigts et j’ai une promotion ». C’est Saboundjian qui parle...

Car si Damien Saboundjian a été reconnu coupable d’avoir agit, non sous la menace, mais sous la panique, ce procès n’est pas celui d’une personne fragile d’esprit. Il est celui d’un agent armé des forces de police, soutenu par toute une institution, une hiérarchie, des syndicats, qui a abattu d’une balle dans le dos une jeune arabe de quartier populaire qui prenait la fuite. Et s’il a pu décider de prendre la vie d’Amine Bentounsi, c’est que ces pratiques policières sont d’une banalité dramatique et restent largement impunies en France. Si Amine est mort, ce n’est pas parce que Saboundjian à failli, mais parce qu’il était arabe et issus des classes populaires dans une société raciste et capitaliste.

Le 19 mars 2017, tou.te.s dans la rue contre la hogra, les violences policières et le racisme

 
Dans un contexte marqué par les affaires Adama Traoré et Théo, par la répression violente des mobilisations actuelles en soutien à Théo, cette victoire en appelle d’autres. Autrement dit, cette victoire doit nous encourager à continuer à se rassembler, à se solidariser et à soutenir les familles des victimes de violences et de crimes policiers dans cette lutte. « Si Zyed et Bouna ont courru, c’est pour ne pas subir le sort de Théo ou d’Adama », peut-on lire sur des pancartes dans les mobilisations en soutien à Théo. Ce que cela signifie, c’est que ces violences et ces crimes ne sont pas des actes isolés, des bavures, des erreurs, mais sont constitutives de l’action des forces de l’ordre dans les quartiers populaires. Et l’ordre que ces forces appliquent est un ordre raciste et anti-social, fondamentalement violent et inégalitaire.

Cette victoire en appelle d’autres car le racisme et le sexisme dans la police blessent et tuent chaque jour. L’impunité dont jouissent ces policiers blessent et humilient chaque jour les populations qui y sont confrontés. Les gendarmes qui ont tués Adama Traoré en juillet 2016 sont toujours en liberté. Dans cette affaire, ceux qui ont été incarcérés, ce sont Bagui et Youssouf Traoré. Bagui est toujours en prison et risque une nouvelle peine pour tentative d’assassinat. Ce que le système ne lui pardonnera jamais, c’est d’être devenu un militant qui se bat pour obtenir justice et vérité pour la mort de son petit frère et pour toutes les victimes de violences policières. A l’appel des familles de victimes, une grande marche s’organise le 19 mars à Paris, contre la hogra, les violences policières et le racisme.




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