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Interview du secrétaire général de la CGT Air France

Miguel Fortea, CGT Air France : « Il faut bloquer les raffineries, mais pas seulement »

Publié le 23 mai 2016

Propos recueillis par Flora Carpentier

Soutiens-tu le blocage des raffineries ?

Bien évidemment. Non seulement les blocages de raffineries mais si on pouvait bloquer les transports terrestres, maritimes, aériens… avec les routiers, la SNCF, il faut que ça passe par là. Le patronat ne va jamais se réveiller un matin en disant « J’ai mal dormi, tenez, je reviens en arrière ». Ce n’est qu’avec la mobilisation et la lutte qu’on obtient les choses, et l’histoire de France le démontre. Récemment, en 2006, avec le CPE de Villepin, ils nous avaient sorti le 49.3, l’arme suprême qu’ils nous sortent à chaque fois, et malgré la promulgation de la loi, ils avaient dû revenir en arrière par rapport à la mobilisation des gens.

Dans les aéroports de Paris, avez-vous été impactés par la grève des raffineurs ?

Pour l’instant les aéroports ne sont pas encore bloqués. Il y a un viaduc qui part du Havre et qui va directement à l’aéroport. Mais tout est possible. La convergence des luttes, c’est bloquer l’économie. Ce n’est pas bloquer uniquement les particuliers, ceux qui vont travailler ou manifester, mais c’est bloquer l’économie. Donc on y va crescendo, on essaye de mobiliser un maximum de forces de façon à faire plier ce projet de loi El Khomri.

On entend dire que les raffineurs sont de preneurs d’otages, que dire à ce sujet ?

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Les médias sont dirigés par les puissants, et ils font passer les messages qu’ils veulent faire passer. Et le message qu’ils souhaitent faire passer c’est qu’on est des vilains qui sont là pour enquiquiner le monde alors que bien au contraire. On est là pour défendre le code du travail, voire l’améliorer. Les acquis sociaux qu’ont obtenus les salariés, si le projet de loi passe, c’est une régression sociale de plus d’un siècle. Pendant qu’on montre les blocages et qu’on dit aux particuliers « plaignez-vous, c’est les méchants », on leur détourne leur attention et on ne leur parle pas du projet de loi qui est complètement nuisible pour eux et pour leurs enfants.

Au niveau d’Air France, ils ont faire pareil. Le 5 octobre, lorsque les salariés ont demandé des explications au patron, qui lui fuyait, qu’ils l’ont retenu par la chemise et que les tissus de la chemise ont cédé, les médias n’ont retenu que ça. Ils n’ont pas retenu les 2900 suppressions d’emploi.

C’est pareil avec la mobilisation contre le projet de loi El Khomri, les médias ne vont se concentrer que sur une altercation dans une manifestation, et pas sur la détermination des gens. C’est une volonté politique, pendant qu’on parle de ça on ne parle pas d’autre chose. C’est pour ça que c’est à nous d’expliquer, et d’ailleurs on le voit bien quand on fait des Assemblées Générales et qu’on explique le projet de loi El Khomri aux salariés, ils n’en veulent pas du tout et ils savent très bien que ce sont les salariés unis qui feront plier ce projet de loi.

Quelles sont les prochaines dates de mobilisation dans le secteur aérien ?

On fait bien évidemment toutes les grèves contre le projet de loi El Khomri, et là on se mobilise aussi le lendemain de la journée de grève du 26. Le 27 mai prochain à Bobigny, on a 16 de nos camarades d’Air France qui comparaissent devant le tribunal par rapport aux évènements du 5 octobre. Donc on appelle à la grève pour permettre aux salariés d’aller les soutenir.

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Après le crash de l’Airbus d’Egyptair, avant même de savoir s’il s’agit d’un attentat ou d’un accident, on entend déjà dire qu’il va falloir renforcer la surveillance des agents de piste… comment le vivez-vous sur les aéroports ?

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on est surveillés depuis 2001, y compris sur la moralité. C’est le préfet qui décide si la moralité de l’intéressé est bonne ou pas. On peut ne pas avoir droit au travail, sans la moindre explication. C’est dramatique, et c’est anticonstitutionnel par rapport au droit au travail défini dans la constitution de 58. Qu’il y ait des mesures de sécurité, ça on peut l’entendre pour tout le monde. Mais qu’on généralise et qu’on instaure une suspicion, et que tout le monde se regarde de travers, à savoir qui veut faire quoi… là l’intérêt de travail ne l’emporte pas. Liberté, égalité, fraternité, on ne se retrouve pas à travers ces propos. On est des salariés qui travaillons pour remplir notre frigidaire et nos obligations familiales. On est toujours dans le fantasme où il y aurait quelqu’un à l’intérieur qui pourrait nuire à la sûreté d’un avion, des passagers, des salariés, de l’Etat… et c’est quelque chose qui est entretenu très régulièrement. Ce n’est pas nouveau pour nous malheureusement, on est blasés.

Pour en revenir à la mobilisation… tu penses qu’il va falloir aller vers la grève générale pour faire plier le gouvernement ?

La grève générale ne peut pas se décréter, il faut qu’il y ait une conscience de classe. Mais ça va crescendo. Il y a une dynamique qui est en train de se lancer. Les seuls combats qu’on perd, c’est ceux qu’on ne mène pas. Donc allons-y groupés, mettons le paquet. Ceux qui travaillent mais aussi ceux qui sont au chômage ou les précaires, qui eux vont être concernés par la suite. On voit aujourd’hui qu’il y a des fonctionnaires qui se battent aussi parce qu’ils savent très bien que les prochains sur la liste, c’est eux. C’est comme un immeuble, on a le feu au rez-de-chaussée, mais on a beau être au troisième étage, si on n’éteint pas les flammes du rez-de-chaussée, les flammes montent.