Société

On se tient bien droite,on rentre le ventre, on sort la poitrine !

Miss France. Good bye Geneviève, on ne te regrettera pas

Publié le 18 janvier 2016

Maryline Dujardin

Geneviève de Fontenay quitte son rôle de présidente du comité Miss Prestige National et toute la presse en parle ! A 83 ans elle déclare qu’elle ne se sent plus dans son « élément » dans « cette société ».

Geneviève de Fontenay suit une formation d’esthéticienne à Paris à l’âge de 17 ans. Résidant à Saint-Cloud, elle est élue Miss Éléganceen 1957 alors qu’elle est mannequin chez Balenciaga. Elle rencontre Louis Poirot, alors délégué général du Comité Miss France présidé par Guy Rinaldo et devient son assistante. Après le décès de Louis Poirot, Geneviève de Fontenay reprend le comité avec son fils Xavier. En 2002, ils vendent tous deux leurs parts commerciales et télévisuelles de l’entreprise Miss France à la société Endemol, qui produit des émissions comme Star Academyou Secret Story. Elle le regrettera amèrement. Le 13 février 2010, alors qu’elle envoie une lettre de récrimination à Endémol à la suite de plusieurs scandales qu’elle n’aurait pas supportés, Geneviève de Fontenay confirme son intention de quitter la société Miss France dont elle était restée directrice adjointe afin de créer un nouveau concours de Miss en janvier 2011.

La « dame au chapeau » prône depuis toujours « l’élégance » et des « valeurs », qu’elle oppose à la « vulgarité » due, selon elle, à « cette société qui part en vrille » et avec laquelle elle n’est pas à l’aise. Elle cite d’ailleurs souvent Nabila ou Rihanna en exemples de cette « vulgarité » qui la révulse tant.

Au fil des années et des élections de Miss, Geneviève de Fontenay est donc devenue l’icône des concours de beauté qui mettent en scène de manière spectaculaire « l’idéal » de la féminité. C’est précisément cet idéal qu’il faut remettre en question à l’heure où cette drôle de dame chapeautée tire sa révérence. En effet, ce système de Miss, en revendiquant le modèle d’une femme aux proportions idéales (le fameux 90/60/90), impose une norme dite « parfaite », rejetant alors les femmes qui n’y correspondent pas. Faire miroiter l’existence d’un idéal féminin à atteindre est en réalité une immense violence psychologique faite aux femmes.

Cela entache l’estime que les jeunes filles et les femmes ont d’elles-mêmes, lorsqu’elles ont le malheur de ne pas se reconnaitre dans l’image qui leur est renvoyée : dans ces concours on n’estpas seulement jugée et classée, mais aussi dénigrée et méprisée. Le culte de la maigreur et le nombre de jeunes filles anorexiques témoignent manifestement de l’impact de ces concours de beauty queen.

Par ailleurs, ces concours de beauté participent à la promotion du culte de la jeunesse, comme si seules les femmes jeunes et maigres pouvaient être belles. En effet, les Miss ne pouvant être âgées de plus de 24 ans, la jeunesse est clairement présentée comme le seul moment de beauté de la vie d’une femme. Une stratégie commerciale certainement efficace pour vendre des cosmétiques et des crèmes antirides par millions.

Enfin, la Miss est élue sur des critères d’aisance, de politesse et est même évaluée sur la manière dont elle se déplace. C’est ce genre de « valeurs » que Geneviève de Fontenay revendique aujourd’hui.

Alors Geneviève s’en va, un sourire bien figé aux lèvres, sans doute en se félicitant d’avoir alimenté, durant toute sa carrière, l’image de la femme-objet. Goodbye, Geneviève, on ne te regrettera pas !

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