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Notre classe

« Nos empoisonneurs doivent être jugés »

Mobilisation à Dunkerque pour la fin de l’immunité des empoisonneurs à l’amiante

Photo JACQUES DEMARTHON. AFP Le mardi 4 avril, plus de 250 personnes ont pris part à la 23ème marche à Dunkerque des victimes et des « veuves de l’amiante » exigeant des poursuites au pénal pour « homicide et blessures involontaires » auprès des responsables des chantiers navals de la Normed.

Alors que les premières plaintes ont été déposées il y a à présent 20 ans, les dossiers sont toujours en cours d’instruction et aucun procès n’a eu lieu. Les victimes de cet empoisonnement massif ont seulement eu le droit à des indemnités de la part du Fonds d’indemnisation des victimes à l’amiante « Fiva » qui a reconnu une « faute inexcusable ».

Un véritable meurtre de classe car comme le dit Marjorie (propos rapportés par le journal La Croix) : « À l’époque, les patrons, les médecins savaient que cette matière était dangereuse. Mais pas nous. » « Il est difficile d’obtenir justice quand on s’attaque aux puissants et aux lobbyistes dont les seules convictions sont le pouvoir et l’argent au détriment de la vie humaine.  ».

Les responsables de cet empoisonnement de masse bénéficient d’une immunité totale, comme le prouve l’absence totale de sanctions. Malgré plus de 3000 morts par an à cause de l’amiante et de son inscription comme fibre cancérigène interdite depuis le 1er janvier 1997, aucun procès pénal ne s’est jamais tenu en France. L’Ardeva (Association régionale des victimes d’amiante) estime que l’amiante est responsable de 10 à 20% des cancers de poumons et de 85% des cancers de la plèvre et de 40 500 morts par cancer depuis 2004. D’ici 2025, l’amiante pourrait encore tuer 100 000 personnes.

Cette substance dangereuse, autant pour l’être humain que pour l’environnement, est encore présente partout. La classe ouvrière a été celle qui a été le plus exposé à l’amiante du fait de son utilisation massive dans le BTP pendant des décennies sans protections des travailleurs. Les femmes des ouvriers, du fait de leur contact avec les vêtements de travail de leurs conjoints, souffrent aussi d’empoisonnement.

Plus d’une trentaine de dossiers concernant l’amiante sont aujourd’hui en cours d’instruction au pôle santé pour divers sites comme l’université de Jussieu mais sans aucune poursuite réelle. Les rares mises en examen comme celle du patron de l’usine Amisol à Clermont-Ferrand en 1999 et celle de Martine Aubry en 2015 avec sept autres décideurs publics dans l’affaire Ferodo-Vales aboutissent par un non-lieu ou une annulation.

Les dirigeants et responsables d’entreprises préfèrent bien souvent ignorer la présence de l’amiante dans les locaux car le coût du désamiantage est élevé, et cette opération nécessite que les lieux soient vidés, entraînant ainsi des pertes de profits importants. Ils préfèrent donc jouer avec la santé et la vie des travailleurs.euses en fermant les yeux plutôt que de leur garantir des conditions de travail qui ne les tuent pas à petit feu.

Comme le dit Pierre Pluta (ancien ouvrier ajusteur des chantiers navals Normed de Dunkerque et président de l’Association régionale des vicitmes d’amiante (ARDEVA) : « Nous appelons la population, les organisations syndicales et les associations à nous rejoindre, car l’affaire de l’amiante qui n’aboutit pas est un permis de tuer pour les promoteurs de tous les produits cancérogènes : pesticides, perturbateurs endocriniens, etc... »

Cette affaire est encore une preuve que les intérêts des classes dirigeantes ne sont pas celle des travailleurs : ils sacrifient leur vie sur l’autel de leur propre profit. L’exposition à l’amiante est loin d’être le seul cas d’empoisonnement de masse, comme le prouve l’affaire des boues rouges à Marseille (lien article RP). Nous devons nous organiser pour combattre les responsables de cette pollution dévastatrice pour la population comme pour l’environnement et exiger de bonnes conditions de travail !




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