Politique

Accord assurance chômage

Mobilisation des intermittents. Vers une annulation des festivals cet été ?

Publié le 13 juin 2016

L’assemblée générale des intermittents et précaires réunis lundi soir à la Bourse du travail de Paris a rassemblé 250 personnes. Le mouvement des intermittents dont les assemblées générales ont compté 4 à 5 fois plus de monde les semaines précédentes, est redescendue d’un cran. Pour autant, le mobilisation pourrait repartir très vite et très fort. D’un côté, le MEDEF refuse tout compromis, tandis que les intermittents auront bientôt entre leur mains la meilleure de leurs armes : l’annulation des festivals.

Eliane Lefloch

Après la réforme de 2003 qui a conduit à une augmentation de la précarité des artistes et des techniciens, et à de plus grandes inégalités dans son système redistributif, l’accord du 28 avril dernier, signé entre les syndicats de branche d’employeurs et de salariés du domaine de la culture, intégrait un certain nombre de revendications de la Coordination des Intermittents (CIP) et de la CGT, augurant ainsi d’une sensible amélioration du fonctionnement des annexes 8 et 10 de l’assurance-chômage malgré une économie de 105 millions d’euros.
Dans cet accord figurent notamment le retour à la date anniversaire qui, pour le calcul des droits au chômage, prend en compte le temps travaillé sur 12 mois (et non pas sur 10 mois pour les techniciens et 10 mois et demi pour les artistes), ou encore la neutralisation des baisses d’indemnités pour les femmes après un congé maternité (sachant que les hommes représentent les 2/3 des intermittents).
Pour réaliser des économies, le plafonnement du cumul salaire + indemnités chômage des plus hauts revenus est prévu dans l’accord, la mesure la plus offensive étant l’augmentation des cotisations sociales des employeurs à hauteur de 1 %.

Torpiller le régime d’assurance-chômage des intermittents

Mais les confédérations syndicales du MEDEF et de la CFDT, désavouant leurs fédérations respectives, ont refusé de valider l’accord du 28 avril qui ne permettait d’économiser que 105 millions sur les 185 exigés par le MEDEF dans sa lettre de cadrage de mars dernier, excluant en outre une augmentation des cotisations patronales. Dans la foulée, le gouvernement a proposé, via une tribune de Manuel Valls publiée dans Libération, de créer un fonds national d’aide à l’emploi direct, qui viendrait combler le trou des 85 millions d’euros demandés par le syndical patronal. Un joli coup de la part de la majorité qui pouvait non seulement se positionner, vis-à-vis de son électorat traditionnel, comme le dernier rempart politique face aux menaces qui pèsent sur le régime d’indemnisation des travailleurs du secteur culturel, et en même temps, participer à sa destruction de manière détournée. En effet, si depuis 1958, la gestion de la caisse d’assurance-chômage est assurée de manière paritaire entre organisation d’employeurs et de salariés, ce qui pose un certain nombre de questions, elle est toutefois restée indépendante du pouvoir politique (le gouvernement n’ayant pour rôle que d’agréer l’accord négocié). Le développement d’un fonds géré par l’État, rendrait tout le secteur culturel tributaire du bon vouloir des majorités politiques successives. En plus d’être géré par une institution -l’État- qui nous veut rarement du bien, c’est le principe même de la solidarité interprofessionnelle qui serait remis en cause, faisant passer ce système mutualiste à un système assurantiel.

Game on

Les négociations concernant l’ensemble de l’assurance-chômage qui doivent avoir lieu jeudi entre les partenaires sociaux, semblent dors et déjà vouées à l’échec. Pierre Gattaz campe sur une ligne dure, et ne semble prêt à aucun compromis, alors qu’approche le 1er juillet, date à laquelle la convention Unedic touchera à son terme – ce qui impliquera la reprise en main du dossier par l’État.

Des préavis de grève ont déjà été votés chez les techniciens qui préparent actuellement le festival d’Avignon, de même qu’au Théâtre de la Colline et au Théâtre national de Chaillot.
Au mois de mars, sous les trombes d’eau, on chantait dans les cortèges contre la loi travail « on est plus chaud, plus chaud que la météo !! », un slogan qui pourrait bien continuer de raisonner, au-delà des rues de Paris et...sous un soleil brûlant.