Monde

Se rallumera-t-elle la flamme du « printemps arabe » ?

Mobilisation massive au Maroc après la mort tragique d’un vendeur de rue

Publié le 31 octobre 2016

Ce sont par milliers que les marocains sont descendus dans les rues, partout dans le pays, pour protester contre la mort de Mouhcine Fikri à Al-Hoceima, dans le Rif, au nord du pays. Ce marchand de poisson d’une trentaine d’années a été happé par une benne broyeuse, en tentant de s’opposer à la destruction de sa marchandise par la police.

Julian Vadis

"Criminels, assassins". Pour les manifestants, il s’agit d’un assassinat policier

Si les médias marocains, occidentaux et les personnalités politiques majeures du pays - à commencer par le roi Mohammed VI, parle de "circonstances troubles", les manifestants marocains quant à eux sont sûr de leur fait. Mouhcine Fikri a été assassiné par la police. Dénonçant la "hogra" (l’arbitraire), la corruption des forces de répression marocaines et l’humiliation du "Makhzen", l’appareil d’Etat et ses corps répressifs.

En effet, les circonstances de la mort de Mouhcine Fikri laissent entendre une responsabilité lourde de la police. En effet, le jeune marchand de poisson s’est opposé à la saisie de sa marchandise et aurait tenté de la récupérer jusque dans la benne. Cette dernière s’est alors mise en route, et le jeune homme a été happé et broyé. Une mort atroce, qui a fait le tour des réseaux sociaux avant de déclencher une vague d’indignation dans tout le pays.

Le scandale est tel que le roi Mohamed VI, par la voix de son ministre de l’intérieur Hassad, a déclaré être "déterminé à établir les circonstances exactes du drame et à en punir les responsables". Il est clair que par cette attitude le roi prétend se montrer « compréhensif » face aux manifestants et éviter l’affrontement direct, ce qui pourrait envenimer la situation et déclencher la colère profonde. Cependant, rien ne peut assurer que cette tactique du roi sera suffisante pour arrêter la colère et l’indignation populaires.

Quant aux islamistes du Parti de la Justice et du Développement, dont le secrétaire général, Abdelilah Benkirane, est le chef du gouvernement, ont appelé ses militants et sympathisants à ne surtout pas rejoindre les manifestations. On ne peut pas exclure qu’en partie la réponse du roi face au mouvement soit une façon de régler des comptes aux islamistes qui avancent dans leur influence politique sur le pays.

Plusieurs milliers de personnes dans les rues d’Al-Hoceima... et les grandes villes marocaines

Une foule impressionnante était présente aux obsèques de Mouhcine Fikri, à Al-Hoceima, avant qu’une immense manifestation prenne d’assaut les rues de cette petite ville du nord du pays. Mais la colère ne s’est pas arrêtée aux frontières du Rif. A Rabat, Casablanca ou encore Marrakech, ce sont par milliers que les masses populaires marocaines ont pris la rue, sous le slogan "Nous sommes tous Mouhcine !". Lundi matin, des centaines de lycéens et des collégiens ont lancé une manifestation spontanée à Al-Hoceima.

Une première dans cette région du globe depuis les fameuses révolutions arabes en 2011, dont l’élément déclencheur avait été le suicide de Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant tunisien qui s’était immolé à Ben Arous. Là aussi, la police était particulièrement impliquée, puisque exerçant un chantage depuis plusieurs années sur ce marchand, ce qui avait embrasé la Tunisie, et à plus large échelle en Jordanie, en Syrie, en Lybie, au Yémen, en Egypte et... au Maroc.

La perspective d’un nouvel épisode révolutionnaire au Maroc est-il envisageable ? Pour l’heure, il est bien entendu impossible de le savoir. Mais il est sur que la situation reste ouverte, et qu’une résurgence révolutionnaire est un scénario possible. Les médias dominants occidentaux, avancent que "la thèse de l’accident" est la plus probable. Ce qui est sur, c’est que les masses marocaines ont besoin d’un soutien internationaliste sans faille. En ce sens, le rassemblement de soutien ce soir à 19h devant l’ambassade du Maroc à Paris est un premier pas important.