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Notre classe

« J'y allais la boule au ventre »

« Mon expérience chez Lidl ». Un témoignage qui confirme l’enquête de Cash Investigation

Après le grand écho rencontré par le reportage Cash investigation « Travail, ton univers impitoyable » dénonçant des conditions de travail scandaleuses rencontrées chez Free et Lidl, nous avons recueilli à notre tour le témoignage d’une ancienne caissière chez Lidl, allant dans le même sens que les révélations d’Elise Lucet.

Propos recueillis par Flora Carpentier

« J’ai travaillé pour Lidl pendant 4 mois en 2013 et je souhaiterais partager mon expérience. Durant ces 4 mois j’ai tourné sur 8 magasins. Je me retrouve totalement dans ce que dit le reportage de Cash investigation.

J’ai été employée en CDD pendant 4 mois. C’était des CDD à la semaine. J’étais affectée à un magasin mais je faisais des remplacements dans les magasins alentours et ils savaient que je n’avais pas le permis. Je devais donc prendre des bus. Une fois j’ai dû partir à pied, j’ai eu plus d’une heure de marche juste pour l’aller. Il m’arrivait même de travailler dans 2 magasins dans la même journée. Une fois, on ne m’a donné que 30 minutes pour changer de magasin. Heureusement, c’était un samedi et mon mari ne travaillait pas, donc il a pu m’emmener. Autant dire que ce jour-là je n’ai pas eu de pause déjeuner, c’est le temps qu’il fallait pour faire la route. »

« J’y allais la boule au ventre en me demandant si j’arriverais à finir ma journée »

« Plusieurs fois on m’a demandé de faire des heures supplémentaires. J’ai dit oui et quand j’ai voulu me badger à la fin de mon poste, on m’a dit non, que mon badge ne fonctionnait plus et que la chef caisse me noterait manuellement. Or c’était faux, mon badge fonctionnait très bien, c’était juste pour ne pas me les payer. D’ailleurs elles ne m’ont jamais été payées. Pourtant, les jours où je devais finir à 17h, je finissais systématiquement vers 20h. J’allais au boulot avec au moins 30 minutes d’avance, mais souvent c’était une heure (sans badger). Je voulais montrer que j’étais motivée et surtout la RH qui m’a recruté m’avait dit que plus on faisait d’heures mieux c’était, et qu’il n’y a que comme ça que je pourrais espérer avoir un CDI. À la fin j’y allais la boule au ventre en me demandant si j’arriverais à finir ma journée.

J’ai subi du harcèlement moral. On se faisait traiter de fainéant parce qu’on n’allait jamais assez vite. Tous les soirs, on nous sortait le bilan de la productivité de la journée, et ce n’était jamais assez bien. On n’avait quasiment jamais de pause, et quand on en demandait on avait l’impression de faire chier. Dans certains magasins on me les refusait carrément, pas le temps on me disait. Quand on me refusait les pauses, je ne disais rien car j’avais peur de perdre mon boulot. J’avais un bébé, et mon mari ne gagnait pas beaucoup parce qu’il était en formation. Ils le savaient donc ils en profitaient. A côté de ça, la chef de caisse fumait comme un pompier dans les réserves. Pour les non-fumeurs, c’était une horreur d’aller en réserve, un vrai fumoir. »

« On avait sans cesse le droit à des commentaires péjoratifs sur notre poids »

« Et puis on avait sans cesse le droit à des commentaires péjoratifs sur notre poids, que l’on soit grosses ou maigres. J’ai une collègue en boulangerie qui a craqué un soir parce que la chef de caisse lui a dit qu’elle n’allait pas assez vite. Quand ma collègue lui a dit qu’elle n’arrivait pas à aller plus vite, la chef lui a répondu qu’elle n’avait qu’à perdre du poids et que ça irait mieux pour la production, et que même pour les clients ça donnerait une meilleure image.

Tout ça, c’était très dur moralement pour moi, et pourtant je n’étais pas celle qui me prenait le plus de réflexions. Mais on fermait nos gueules car on avait des CDD et on avait peur de se faire virer. À la fin je me suis bloqué le dos, c’est mon mari qui a emmené mon arrêt de travail parce que je ne voulais plus les voir. J’ai fait beaucoup d’enseignes, et honnêtement Lidl c’est la pire que j’ai pu faire. »

Alors que l’on voudrait nous faire croire que le management par la terreur serait du ressort de tel ou tel responsable de magasin, ou de telle ou telle enseigne, le témoignage ci-dessus, comme tous ceux que nous avons relayés depuis nos 2 ans d’existence, montre bien que la souffrance au travail concerne des milliers de travailleurs. Elle est la conséquence directe de l’exploitation capitaliste qui conduit les plus riches à tirer toujours plus de profits au détriment de la santé physique et mentale des travailleurs. Comme le montre le reportage de France 2, la loi travail XXL concoctée par le gouvernement Macron et sa ministre du travail Muriel Pénicaud ne fera qu’aggraver ces inégalités si nous ne nous organisons pas dès aujourd’hui pour y faire barrage.




Mots-clés

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