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Société

La multinationale du pesticide

Monsanto condamnée par un agriculteur charentais

Ce jeudi 10 septembre, Paul François, céréalier en Charentes vient de voir sa procédure engagée à l'encontre de Monsanto enfin validée après 10 ans d'attente par la cour d'appel de Lyon. Depuis 2004 cet agriculteur connaît des troubles neurologiques suite à une intoxication due au produit chimique LASSO, un herbicide produit par la multinationale. Malgré les innombrables procédures impliquant la firme, c'est une première ! Thibault Yeamreg

Monsanto tue, mais pour le faire reconnaître, il faut 10 ans ! C’est en 2004 que Paul François a été intoxiqué au produit chimique LASSO, herbicide interdit au Canada, en Belgique et au Royaume-Uni. C’est après avoir nettoyé une cuve que les premiers effets se sont fait ressentir, il est pris de malaise et se voit obligé d’aller aux urgences, crachant du sang. Il souffre aujourd’hui d’importants problèmes d’élocution, d’absences et de maux de tête violents. Après plusieurs coma, on trouve enfin un problème au niveau cérébral. La famille engage seule des expertises pour évaluer et comprendre la cause des symptômes, il s’avère après traitement, que l’herbicide utilisé est en cause. Après 15 ans d’utilisation intensive du produit, il suffira d’une simple erreur pour que le céréalier tombe malade.

A l’origine de la fortune de la multinationale Monsanto Company il y a l’Agent orange, qui est un puissant herbicide, mais aussi un poison utilisé durant la guerre du Vietnam par l’armée américaine. Il aura affecté entre 3 et 4 millions de personnes et a causé des malformations à la naissance pour 150 000 enfants au Vietnam. Tout ceci a permis une expansion morbide de l’entreprise qui est devenue l’une des premières entreprises du secteur au niveau international. Aujourd’hui elle est la première multinationale en terme de production d’herbicide et d’insecticide et a engrangé un chiffre d’affaire de 13,5 milliards de dollars en 2012.

Depuis maintenant quelques années, un front est constitué contre Monsanto, son pouvoir, contre sa culture OGM et son brevetage du vivant. De nombreuses études scientifiques indépendantes ont depuis longtemps mis en lumière l’impact néfaste de l’utilisation des produits Monsanto sur la santé humaine , animale et sur la nature.

Pourquoi attendre 10 ans pour reconnaître un fait, une responsabilité ?

Appuyé par les gouvernements des pays impérialistes, Monsanto exerce depuis des décennies un puissant lobbying visant à faire taire toute remise en cause de son quasi monopole, au détriment du système écologique et de la vie humaine. L’entreprise qui prétend aider les paysans et agriculteurs en leur proposant un meilleur avenir par l’utilisation de leurs semences OGM, oublie souvent de dire que ces dernières sont à usage unique, et produisent des graines stériles. Ainsi il faut racheter les semences chaque année et nombreux sont les agriculteurs ruinés, voire poussés au suicide.

Dans cette affaire, comme dans d’autres, la firme a voulu aller au bout du vice en demandant une expertise psychiatrique - qui lui a été refusé - mais elle compte se pourvoir en cassation pour annuler cette décision. L’issue positive de la procédure pourrait mener d’autres agriculteurs sur le même chemin. Mais comme à son habitude, Monsanto usera toujours de méthodes d’intimidation pour réduire au silence ceux qui s’oppose à elle. La firme s’avère excellente en mercatique et déploie une partie de son énergie à couper court à toutes révoltes et questionnements sur l’utilisation de ses produits nocifs. Elle emploie ses propres scientifiques afin d’établir des rapports vantant les « bienfaits » de leurs produits tout en invisibilisant les risques. Cependant le céréalier a créé depuis une association d’indemnisation des victimes qui regroupe maintenant 150 plaignants. Cette victoire permettra d’engager d’autres procédures pour tous les plaignants et de les voir indemniser pour les torts infligés. Mais la logique productiviste, basée sur l’oppression et l’exploitation de l’homme et de la nature, et qui est dans l’ADN de la firme, ne s’arrêtera pas à la victoire d’un agriculteur.




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