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Politique

« Merdum », mais qui est donc l’ex-ministre de la Transition écologique ?

Monsieur Hulot : fantasque mais avant tout conseiller des puissants

« Merdum », disait-il, à bord de son ULM au moteur bloqué, en survolant Palenque, au Mexique, lors du tournage d’une des émissions culte d’Ushuaia. Voilà donc quelle serait la marque de fabrique de Nicolas Hulot : sa franchise. Aussi, dès que sa démission-surprise a fait le tour des médias, laissant les membres de la majorité, d’habitude fébriles sur twitter, étrangement discrets, le pas de côté de Hulot a été salué dans l’opposition, à droite comme à gauche, comme un acte de courage et d’honnêteté. C’est aller un peu vite en besogne et oublier la trajectoire du personnage.

Crédits photo : AFP/Archives

L’ancien photographe de Sipa, animateur d’émission pour enfant puis animateur vedette pour TF1 a toujours été un fin connaisseur des tenants et des aboutissants de la com’, des arcanes du pouvoir et il n’a jamais craché sur les riches mécènes, qu’il s’agisse de marchands de canon ou de pollueurs patentés qui ont financé sa Fondation, créée en 1990, et baptisée du nom de son créateur. Tout un programme…

Comment imaginer un seul instant que Hulot ait pu œuvrer à la cause environnementale quand on sait qu’il a été conseiller, tour-à-tour, de Chirac, puis de Sarkozy et de Hollande ? En quinze mois de participation ministérielle, sous Macron, il y aura certes eu l’introduction du bio dans les cantines scolaires et les deux ours slovènes que Hulot souhaitait de lâcher dans les Pyrénées, mais il y a aussi et surtout eu le renoncement à aller vers la réduction de moitié de l’énergie d’origine nucléaire à l’horizon 2025, les cadeaux à la FNSEA et à l’industrie chimique sur les pesticides, notamment sur le glyphosate, les cadeaux aux pillards des richesses guyanaises avec l’ouverture de la « Montagne d’Or », la répression à Bure et à Notre-Dame-des-Landes, la carte-blanche donnée à toute une brochette de grands projets inutiles et nocifs et l’acceptation du CETA. Entre autres…

La formule grammaticalement emberlificotée employée par Hulot pour expliquer sa démission est assez révélatrice, par ailleurs, de cette trajectoire complexe du point de vue de l’écologie politique : « Je vais prendre, pour la première fois, la décision la plus difficile de ma vie. Je ne veux plus me mentir ». A 63 ans, c’est un bon début ! Et cela indique combien de couleuvres il a dû avaler. Et combien il est prêt à continuer à en avaler, puisqu’il a réaffirmé sa « profonde amitié » pour le gouvernement et sa « grande admiration » pour Macron.

Hulot a toujours considéré, d’une façon ou d’une autre, qu’en murmurant à l’oreille des puissants et sans rompre avec le système, si ce n’est en regrettant ses travers les plus flagrants, il était possible de défendre la planète. Se rendant compte, épisodiquement, de son erreur, Hulot rue dans les brancards. Toujours un peu tard. Mais toujours, également, avec la même arrogance. Si Monsieur Hulot est dégoûté, il dit ne souhaiter que « personne ne fustige le gouvernement ». S’il a échoué, finit-il par dire sur France Inter, c’est la faute de l’opposition qui n’a pas su « su se hisser au-dessus de la mêlée pour se rejoindre sur l’essentiel », voire, tout simplement, la faute les citoyens qui ne l’ont pas suffisamment soutenu.

Sur ce point, il est rejoint, toujours droit dans ses bottes, par Alain Juppé, ancien ministre de l’Ecologie de Sarkozy, qui a eu le culot de saluer son départ avec des trémolos en affirmant que nous serions « tous responsables. Nous ne faisons pas assez [pour l’environnement], le gouvernement, nos métropoles, nos villes, chacun d’entre nous. Est-ce que nous recyclons, est-ce que nous changeons nos modes de déplacement ? Les raisons de s’interroger sont multiples ». Si le réchauffement climatique est entré dans une phase d’emballement et si Hulot a du vague à l’âme, c’est parce que, chacun chez soi, on ne séparerait pas suffisamment les barquettes plastique des canettes en alu…

Qu’on se rassure, néanmoins, pour les vieux jours de l’ancien ministre. Avec cette « mise au vert » anticipée, celui qui était, jusqu’à hier, la seconde fortune du gouvernement derrière la patronne et ministre du Travail Muriel Pénicaud pourra compter sur ses 7,2 millions d’euros de fortune personnelle pour continuer à causer défense de l’environnement. Sans compter L’Oréal et EDF qui, à n’en pas douter, continueront à financer sa Fondation.




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