Politique

Le plus frondeur des frondeurs ?

Montebourg. Entre Mélenchon et Varoufakis, mais résolument light

Publié le 23 août 2016

Avec la fin de l’été, tout le monde sort du bois, en vue des présidentielles du printemps prochain.. A droite, sans que cela ne soit réellement une surprise, mais avec un coup de barre encore plus à tribord, c’est Sarkozy qui vient d’officialiser sa candidature aux primaires avec un nouvel opus, Tout pour la France. Du côté des anciens ministres de Hollande, Benoît Hamon a ouvert la danse, suivi de Cécile Duflot, pour les écolos, talonnés de près, ce dimanche, par Arnaud Montebourg. Le plus frondeur des frondeurs, qui, jusqu’à hier, était vice-président du conseil de surveillance de Habitat, devait annoncer des solutions absolument décapantes. Au final, le programme de « Projet France » est à la gauche ce qu’un canapé en faux-cuir est à un salon design.

Jean-Patrick Clech

Dans son fief de Saône-et-Loire, Montebourg était censé réveiller l’Hexagone tout entier lors du rassemblement annuel de ses partisans à Frangy-en-Bresse. En termes de com’, tout avait été réglé dans les moindres détails, avec un discours devant passer au 20h précédé d’une « une » dans le JDD suivie d’une longue interview. Finalement, celui qui se situait, lors des primaires de 2011, à gauche du PS, promettant la « démondialisation », s’est considérablement assagi. Sur un créneau déjà occupé par un certain nombre de chantres de « l’anti-austérité », Montebourg a donc décidé de se démarquer en jouant la carte du bon père de famille responsable : contre la rigueur, mais pas trop, contre Bruxelles, mais sans plus, pour des réformes, mais vraiment a minima. Ce que Montebourg a proposé, dans ses « 25 propositions », c’est un pot-pourri, résolument allégé, mixant un peu de Mélenchon et de Varoufakis. Considérant la façon dont l’ancien ministre de l’Economie d’Alexis Tsipras a fini, ça promet pour Montebourg…

En guise de « bonne idée », Montebourg a surtout voulu faire prévaloir le bon sens, avec comme projet phare le « made in France ». Dans un discours aux tonalités à mi-chemin entre un comice agricole et la réunion de la chambre de commerce et d’industrie de Frangy-en-Bresse, Montebourg a rappelé que pour « résoudre le problème du chômage », il suffisait que les 3,55 millions de PME hexagonales embauchent chacune l’un des 3,53 chômeurs de catégorie A, ou encore faciliter les prêts aux petites entreprises à travers un « crédit national ». Entre le capital et le travail, Montebourg nous raconte des histoires en feignant d’être « vraiment de gauche », en refusant de choisir et en optant pour « la PME ».

C’est la raison pour laquelle l’ancien ministre du Redressement productif a choisi de charger la barque contre le monde de la finance en se gardant bien de nous dire ce qu’il pense, réellement, des grandes entreprises et des multinationales hexagonales. Ce n’est pas un hasard non plus si, lorsqu’il a dû aborder la question de la Loi Travail, qui est la question du moment à gauche, il n’a fait qu’évoquer une « renégociation » et non une abrogation.

Au niveau européen, celui qui nous avait habitué à être très critique (tout en restant au gouvernement jusqu’à s’en faire débarquer) a mis, également, de l’eau dans son vin (français). Si la « Commission européenne s’oppose à certaines des décisions [qu’il pourrait prendre] au nom de la concurrence libre et non-faussée », il paiera « des amendes plutôt que de laisser mourir l’économie française ». Là encore, Jean-Claude Juncker ne pourra pas lui reprocher d’être excessivement radical. A peine plus que Yanis Varoufakis, avec qui la Commission européenne s’est entendue à merveille, en dernière instance, pour imposer à la Grèce les décisions de la Troïka.

Là où le discours, en revanche, est plus classiquement « réformiste » (à la mode de la III° République), c’est lorsque Montebourg en vient à parler des fondamentaux. Pour lutter contre le terrorisme, il faudrait le « rétablissement du service militaire obligatoire » aboli par Chirac et que Montebourg souhaiterait porter à six mois pour les hommes comme pour les femmes. Il semble que les applaudissements aient été plus nourris chez les sexagénaires du public que du côté des rares jeunes qui étaient présents.

Soutien aux PME, nouveau pacte capital-travail, protectionnisme raisonné et cohésion républicaine, voilà, en quelques mots, la synthèse du programme « anti-austéritaire » défendu par Projet France, le micro-parti créé par Montebourg. Et c’est-là où le bât blesse : l’ancien ministre compte peu de soutiens chez les députés, hormis quelques dissidents comme Aurélie Filipetti, Christian Paul, Laurent Baumel ou Albert Kalfon ; il n’a pas de base militante réelle ; il ne dispose d’aucun appareil et encore moins de finances. Là où Montebourg a été le plus « frondeur », en revanche, a été sur la question de la primaire. Pas une seule fois, il n’a abordé la question au cours de son meeting, lui qui était pourtant un fervent partisan de ce mécanisme en 2011.

Chez les plus lucides des conseillers de l’Elysée, à l’instar de Lionel Jospin, que l’actuel locataire reçoit régulièrement, on sait que la multiplication des candidats qui cultivent tous le même programme, plus ou moins anti-austéritaire tout en se voulant très réaliste, ne peut que jouer en faveur de celui qui défend véritablement la Realpolitik gouvernementale, à savoir Hollande. Il observe avec plaisir la multiplication de la désunion des candidats, plus ou moins déclarés, à gauche de l’Elysée. Mais l’avantage n’aura qu’un temps. En effet, après la primaire, il y aura des présidentielles. A deux tours, comme le 21 avril 2002.

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