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Société

Quand certains se gavent, d'autres meurent

Montereau : un SDF mort de plus pour la propriété lucrative

Un homme de 53 ans vivant à la rue a été retrouvé mort dans le sous-sol d’un hôpital de Montereau. Cette histoire illustre à nouveau le fonctionnement aberrant d’une société où production et répartition sont aberrantes du point de vue de l’intérêt de tous les humains.

UN DE PLUS

Le collectif Les Morts de la Rue avait déjà réitéré son accablant bilan annuel du nombre de morts dans la rue, chaque année en France. Pour 2016, pas moins de 501 victimes établies, en majorité décédées dans des circonstances violentes (accidents, agressions, suicides). Et pour l’Institut de Veille Sanitaire, ce chiffre pourrait même atteindre près de 2000 par an entre 2008 et 2012

À Montereau, en Seine-et-Marne, un homme de 53 ans a été retrouvé mort dans un couloir au sous-sol d’un hôpital. Sans-domicile-fixe, il a été découvert par un membre du personnel vers sept heures lundi dernier. Si l’institution concernée a précisé en réaction qu’il était fréquent que des SDF s’introduisent dans ses sous-sols et que des rondes étaient régulièrement chargées « d’éviter les problèmes », l’homme avait été pris en charge par un médecin le samedi 11 novembre, sans être hospitalisé. Aperçu à la cafétaria le lendemain, il a donc finalement achevé son parcours solitaire au sous-sol.

S’il serait aventureux de se lancer dans le jugement d’une potentielle erreur médicale, rappelons que la victime était diabétique, ce qui, au-delà de la santé précaire coutumière des rejetés à la rue, est une piste biologique pour expliquer ce décès. Une autopsie sera pratiquée jeudi. Mais la piste sociale reste la plus prégnante ; d’une part, une santé collective bien mieux dotée aurait peut-être pu éviter ce drame quotidien, d’autre part, nulle société développée ne peut prétendre manquer des ressources pour assurer à tous ses individus l’intégration sociale qui leur donnerait une espérance de vie similaire à celle des classes moyennes occidentales. L’espérance de vie à la rue est d’une dizaine d’année ; l’espérance de vie des SDF est de 49 ans. Les femmes à la rue, dont le nombre grandit, mais qui restent minoritaires, meurent en moyenne à 46 ans.

A QUAND LA SOCIALISATION DU LOGEMENT ?

Comme on peut l’apprendre, entre autres, dans Désobéir pour le logement édité par le Passager Clandestin, la surface en bureaux vides à Paris équivaut à celle du Luxembourg. Les logements vides en France se comptent en millions. Les SDF en centaines de milliers. Le calcul est rapide ; leur existence est un scandale social. La mort de l’homme retrouvé lundi, entre insuffisance de l’accompagnement social de cette personne et impacts concrets sur sa santé de conditions de vie et de socialisation misérables en sont une nouvelle illustration.

Face à une organisation sociale incapable de donner les moyens d’une amplitude nécessaire à des secteurs aussi essentiels que le logement, en socialisant sans attendre ce véritable gaspillage résidentiel et en assurant un droit au logement ; que la santé en démultipliant les moyens, du personnel au matériel en passant par la recherche universitaire ; que l’éducation et le travail où l’on ne peut humainement tolérer aucune inégalité d’accès dans des sociétés capitalistes où chômage de masse et inégalité scolaire sont des règles d’airain. Nous ne le répéterons jamais assez : seul un soulèvement victorieux des masses contre les possédants pourra assurer à l’Humanité un caprice qui paraît bien maigre comparé aux prouesses d’injustices de l’économie dominante : l’émancipation de tous les êtres humains des chaînes dans lesquelles le capitalisme les empêtre, et parfois les étrangle.




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