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Société

France 3 relaie les publications de l'extrême-droite

Montpellier. Répression et désinformation à l’occasion du Karnaval des gueux

Crédit photo : Arnaud Dufau Mardi 28 février avait lieu le procès du Royal Occupé , squat d'habitation et d'activités installé dans les locaux d'un ancien cinéma en centre-ville de Montpellier. Le collectif d'occupants avait appelé à un rassemblement devant le tribunal, ainsi qu'à faire du traditionnel « Karnaval des gueux » une « fête politique ». La police, l'extrême-droite et la presse locale se sont associées pour l'occasion.

Le carnaval, fête populaire et subversive

Le carnaval est à l’origine une fête populaire pendant laquelle les normes sociales sont changées, bousculées, inversées : chacun se promène masqué, et se camoufle derrière son déguisement afin de faire des choses interdites en temps normal. C’est la remise en cause, le temps d’un soir, du pouvoir. À Montpellier, chaque année il y a de la musique, de la joie, des couleurs, de l’ambiance, des feux d’artifices et de poubelles ; quelques murs trop blancs redeviennent des espaces d’expression et de subversion, et si quelques vitrines de magasins de luxe en prennent pour leur grade, ce n’est pas grand-chose face à l’indécence de leurs prix, à l’heure où des millions crèvent de faim.

Cette tradition originelle du carnaval a néanmoins tendance à être oubliée, et chaque année la répression policière sévit. Mais cette année, avec le contexte politique et social, la répression a été particulièrement féroce. Avant que la fête commence, un important dispositif policier avait été mis en place : l’Écusson, était complètement cerné, la Police Nationale déployée sur l’ensemble du centre ville ; un grand nombre de groupes de la Brigade Anti-Criminalité (BAC), et surtout une quinzaine de cars de CRS. Les premières lacrymos et grenades de désencerclement ont fusé dès 21h30. Après une soirée forte en festivités, avec au plus fort 500 personnes et quelques batucadas, la soirée a été surtout marquée par les affrontement avec la police, les nombreux tags dénonçant les forces de ’"l’ordre", l’État et le capital.

L’habituel « deux poids deux mesures »

D’après la déclaration de la Préfecture, quatre policiers aurait été blessés, et de nombreuses « dégradations » commises. Mais celle-ci oublie bien sûr de mentionner les nombreuses blessures subies du côté des participants du carnaval : les photos postées sur internet sont pourtant éloquentes. Quand on constate les nombreuses blessures infligées par les forces de l’ordre, causées par le célèbre LBD40, ou encore les lanceurs de grenades "Cougar" utilisés à tir tendu, c’est évidemment sans commune mesure avec les quelques dégâts matériels commis. En fin d’événement, un participant a été agressé devant chez lui par la police qui l’avait pisté jusque là.

Parmi les cinq interpelés, au moins un d’entre eux a été placé en détention provisoire après une garde-à-vue de 48h ; il passe en comparution immédiate demain après-midi. Rendez-vous est donné à 14h devant le tribunal (place Pierre Flotte) pour le soutenir.

Ce que la Préfecture n’ « oublie » par contre pas de faire, c’est d’utiliser le Karnaval pour attaquer frontalement le Royal : son communiqué, qui affirme que « les organisateurs ont pu, cette année, s’appuyer sur le squat du Royal », est une adresse directe au juge chargé de délibérer après le procès de mardi. Quant au maire, Philippe Saurel, il a célébré sans surprise le retour de « l’ordre républicain » grâce aux forces de police déployées.

France 3 roule-t-elle pour l’extrême-droite locale ?

Dès le lendemain, la presse locale a partagé de nombreuses photos des tags et des vitrines attaquées durant la nuit, et commenté "le travail remarquable des forces de l’ordre" qui ont blessé et gazé à tout va de nombreuses personnes durant la soirée. La presse locale concentre comme d’habitude son actualité sur les dégradations et le travail de la police, « oubliant » de parler de la répression policière et des peines encourues par les cinq personnes interpellées. Réduisant l’événement à quelques vitrines brisées, il lui est évidemment impossible de dire que c’était un exemple parmi d’autres de révolte populaire !

Non contente de faire le service après-vente de la Préfecture, France 3 Languedoc Roussillon va même plus loin, et partage dans un de ses articles une vidéo du blog d’extrême droite lengadoc info, proche de la ligue du midi, ainsi qu’un tweet de Johan Teissier, responsable de Génération Identitaire Montpellier. Surtitrant "les dégradations vues sur les réseaux sociaux", France 3 affiche donc sur son site le post du leader de ce groupuscule d’extrême droite local, qui a écrit "hier soir les racailles d’extrême gauche ont retourné le centre ville de Montpellier" ! Le fait qu’un média local comme France 3 utilise des éléments postés par l’extrême droite est déjà un scandale : mais faire passer ça pour le constat d’une personne lambda relève de la manipulation la plus crasse.




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