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Politique

Épée de Damoclès

Moralisation des syndicats : sus aux bureaucrates ou intimidation en pleine loi Travail ?

En pleine finalisation du projet d’ordonnance sur la loi Travail, alors que la plupart des syndicats s’inquiètent sur son contenu, le gouvernement vient de brandir l’épée de Damoclès pour faire taire la contestation syndicale qui frémit : un rapport commandé par Matignon, sur la moralisation de la vie syndicale. AFP/STÉPHANE DE SAKUTIN ; AP/POOL/MICHEL EULER

On se souvient de l’affaire Lepaon, ex-premier secrétaire de la CGT, et ses 62 000 euros de travaux pour son appartement personnel aux frais du syndicat qui avait eu un retentissement dans l’ensemble du monde syndical. Elle a révèlé au grand jour les pratiques des principaux dirigeants des centrales syndicales qui utilisent également les avantages liés à leur mandat à des fins personnels, mais également comme voie de passage vers la politique. À ce titre, la candidature aux européennes de 2014 d’Edouard Martin, ex-représentant syndical CFDT chez ArcelorMittal rappelle les relations de proximité de longues dates entretenues entre le Parti socialiste et la CFDT. Et plus récemment, le passage de l’ancien cadre de Force ouvrière, Stéphane Lardy, un temps envisagé pour prendre la tête de la centrale, au cabinet de l’actuelle ministre du Travail, montre bien comment certains bureaucrates syndicaux utilisent leur position au sein des centrales syndicales comme tremplin vers la politique, et n’ont pas uniquement à cœur la défense des intérêts des salariés.

Bien entendu, les organisations de représentation patronale sont loin d’être épargnées par les affaires : il y a eu, en 2007, l’affaire de la caisse noire de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie, l’UIMM, le puissant syndicat de la métallurgie, ou encore en 2009 l’affaire du coach personnel à 300 000 euros de Laurence Parisot, l’ex-présidente du Medef. Bref, les organisations syndicales, et en premier lieu patronales, sont loin de tout soupçon concernant leurs pratiques.

Dans ce cadre, on pourrait voir d’un bon œil l’arrivée d’un projet de moralisation de la vie syndicale qui recommande davantage de transparence et l’interdiction du cumul des mandats. Sauf que le rapport de Nicolas Perruchot date de 2011, et qu’il vient d’être déterré par le nouvel exécutif pile au moment du passage de la houleuse réforme du Code du travail. Simple hasard des circonstances ? Rien n’est moins sur. Car il semble être un bon moyen de mettre la pression sur les syndicats à quelques jours de la présentation du projet de loi Travail au Conseil des ministres, alors que la CGT prévoit déjà – bien que timidement – une date de mobilisation, que Force ouvrière et la CFDT continuent sans cesse d’hésiter et se font bien silencieux ces derniers jours.

À l’époque d’ailleurs, les députés de la majorité UMP avaient clairement boudé le rapport et refusé de porter la loi qui devait en découler. Et pour cause, si celui-ci tirait à boulet rouge sur les organismes de représentation des salariés, le patronat n’était pas épargné, notamment pour sa tendance à piocher allégrement dans les caisses des organismes paritaires que les organisations patronales cogèrent avec les organisations syndicales. D’ailleurs, et bien que ça commande vienne directement de Matignon, le gouvernement a ensuite officiellement démenti vouloir travailler sur un tel projet. L’appel à Nicolas Parruchot par Edouard Philippe pourrait donc purement et simplement relever d’un coup de bluff vis-à-vis des organisations syndicales leur sommant de se taire et de suivre la Marche au pas.




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