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Politique

Emplois fictifs

« Moraliser la vie publique » : Le Modem de Bayrou en sait quelque chose...

Voilà qui est pris celui qui croyait prendre. François Bayrou, en plein lancement de son projet de moralisation de la vie publique, se voit lui-même confronté à pas moins de trois affaires, plus ou moins anciennes, d’emplois fictifs liés au Modem. Désormais plus sobrement rebaptisée « Pour la confiance dans notre vie démocratique » depuis le début du « FerrandGate », cette nouvelle réforme montre toute l’hypocrisie du parti centriste comme celle du gouvernement.

Des accusations remontant il y a déjà vingt ans

Entre 1996 et 1997, le journaliste Nicolas Grégoire aurait ainsi profité de deux emplois fictifs pour l’UDF (ex-Modem) comme assistant parlementaire du sénateur Hyest, mais aussi du député Guellec qu’il aurait aidé seulement quelques heures à trier du courrier. Mais en réalité, Nicolas Grégoire assurait la rédaction de Démocratie moderne, qui n’était rien d’autre que le journal du parti de Bayrou. C’est donc en ces termes qu’il décrit sa situation de l’époque : « Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému ». Enfin, le journaliste relate également des pressions subies suite à ces révélations faites il y a peu dans la foulée des accusations de Corinne Lepage et ressortis sur le net récemment.

Corinne Lepage et les Mains propres

En 2014, Corinne Lepage écrivit ces lignes : « Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le Modem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes et d’autre part illégal. Le Modem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européen ». Ce passage, issu des Mains propres, n’avait pas fait grand bruit à sa sortie en 2014. Sauf que le soutien de Bayrou à Macron pendant la campagne présidentielle n’a pas manqué de remettre au goût du jour cet extrait.

Marielle de Sarnez accusée par une eurodéputée frontiste

Empêtré depuis plusieurs mois dans des affaires d’emplois fictifs, le FN n’a pas voulu tomber seul. Ainsi, Sophie Montel, eurodéputée FN, s’est empressée de dénoncer pas moins de 19 de ses confrères, de droite jusqu’aux écologistes, qui, selon elle, se seraient adonnés aux mêmes pratiques. C’est donc par un courrier adressé à François Molins, Procureur de Paris, et à l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) le 14 mars dernier que le parti frontiste à tenter de couper des têtes. Une enquête préliminaire a ainsi été ouverte le 22 mars pour « abus de confiance » par le Parquet de Paris. Mais surtout, parmi les eurodéputés pointés du doigt figure une certaine Marielle de Sarnez, la nouvelle ministre des Affaires européennes. L’enquête va donc devoir déterminer si la ministre a payé son assistante Philippine Laniesse avec de l’argent provenant du Parlement européen dans le cas où elle n’aurait travaillé que pour le compte du Modem. Si Marielle de Sarnez se défend de tout emploi fictif, elle a également porté plainte pour « dénonciation calomnieuse ».

Mais l’enquête risque d’être aussi longue qu’infructueuse. Et de l’aveu même de Bayrou « il ne s’agit pas [avec sa nouvelle réforme] de laisser penser qu’on va régler les problèmes de morale individuelle par un texte ». Difficile donc de croire au renouveau et à l’exemplarité de l’actuel gouvernement…




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