Société

Sous la pression de la mobilisation

Mort d‘Adama Traoré : une contre-expertise finalement autorisée

Publié le 26 juillet 2016

Suite à la pression de la mobilisation, la demande de contre-expertise de la famille d’Adama Traoré, décédé dans des circonstances troubles suite à son interpellation le 19 Juillet, a été autorisée par le procureur de la République de Pontoise Yves Jannier. Dans ce cadre une nouvelle autopsie du corps du jeune homme de 24 ans doit avoir lieu à l’Institut médico-légal de Paris afin de déterminer la cause du décès qui n’a pas été attribuée à « l’infection très grave » lors de la première autopsie. Sans aucune certitude, cette nouvelle expertise pourrait bien permettre d’éclaircir les circonstances de sa mort dans les mains des gendarmes.

Jaques Matte

Eclaircir les circonstances de la mort d’Adama

Dans un contexte politique sensible pour le gouvernement, qui souhaite à tout prix éviter un embrasement de la situation tel qu’il avait pu se produire en 2005 à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) suite à la mort de Zyed et Bouna, la mort d’Adama Traoré dans les mains des gendarmes avait dans un premier temps été maquillée par une « défaillance cardiaque ». C’est ensuite que le jeune homme serait finalement mort d’une « infection grave ». Ainsi, de nouvelles révélations quant aux circonstances de sa mort pourraient bien mettre une nouvelle épine dans le pied du gouvernement.

Après avoir gazé la famille de la victime et les proches qui demandaient à voir le corps de la victime ainsi que ceux qui étaient venus en soutien demander des explications devant la gendarmerie de Beaumont-Sur-Oise, après que des vidéos de l’arrestation brutale du frère d’Adama et des menaces faites à la famille aient été largement relayées sur les réseaux sociaux, l’autorisation de cette contre-expertise peut être vue comme une façon de limiter les tensions avec les jeunes des quartiers populaires après l’agitation ayant régné à Beaumont-Sur-Oise dans les nuits de samedi et dimanche.

Espérons toutefois que cette première victoire pour la famille du jeune homme permette de mettre en lumière la vérité quant à sa mort et s’ajoute aux contradictions et incohérences des propos tenus par la police et les responsables de ce qui, même s’il s’avérait que les violences policières soient reconnues comme cause du décès, serait alors considéré comme une « bavure ».

Pour en finir avec l’impunité policière et la présomption de légitime défense

Bien qu’obtenir la vérité soit important pour la famille des victimes, les proches, ainsi que de manière générale pour les jeunes des quartiers populaires victimes quotidiennes de harcèlement, violence et répression il ne s’agit que de la première étape.

Alors que les injustices et bavures sont de plus en plus fréquentes, il est très rare qu’elles soient condamnées, ou lorsque c’est le cas les sanctions sont très faibles, expression d’une justice à deux vitesses. Cette impunité policière est à dénoncer que l’on soit victimes de discriminations d’ordre raciales, sexuelles ou politiques, que ce soit aux Etats-Unis, au Mexique, au Brésil, en France et partout dans le monde.
Les responsables de ces crimes doivent être condamnés, d’autant plus qu’ils sont le bras armé de l’Etat et perpétuent et reproduisent une violence structurelle qui touche quotidiennement les quartiers populaires, et depuis 5 mois les militants mobilisés contre la loi Travail. L’état d’urgence en est l’une des principales illustrations d’une législation toujours plus favorable qui dédouane la police de ses crimes et lui offre pour ainsi dire « un permis de tuer ». La présomption de légitime défense réclamée par les syndicats policiers et les partis de droite et d’extrême droite est une réalité aujourd’hui dans les faits qui montrent bien que dans la majorité des cas les suspects sont relaxés alors que les charges sont accablantes.

Face à la montée des droites xénophobes en Europe et dans le monde il est nécessaire de s’unir afin de soutenir les victimes d’injustice, qui touche le plus souvent les populations les plus précaires et exclues, et se joindre à ceux qui manifestent contre la mise en place de politiques sécuritaires toujours plus liberticides qui montrent clairement leurs limites dans le cadre de la « lutte contre le terrorisme » censé les justifier.

Crédits photos : Emma