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Société

Violences policières

Mort d’Amadou Koumé : mise en examen d’un agent de la BAC

Dans la nuit du 5 au 6 Mars 2015, Amadou Koumé est mort au commissariat du Xe arrondissement de Paris vers 2h30 du matin après avoir été interpellé dans un bar, puis maîtrisé violemment par un membre de la BAC. Mercredi, le policier a été mis en examen.

Crédits photos : CITIZENSIDE/MANNONE CADORET ET DR

Dans les discours officiels…

Dans la nuit du 5 au 6 mars 2015, dans le commissariat du Xe arrondissement est décédé Amadou Koumé, jeune homme de 33 ans, père de famille originaire de Saint-Quentin (Aisne). Il est d’abord interpellé puis « maîtrisé » dans un bar à 3 minutes du commissariat. L’alerte avait été donnée au sujet d’un homme au propos peu cohérent, parlant fort, qui paraissait avoir des « problèmes psychiatriques ».Trois équipes de la BAC (brigade anti-criminalité) sont dépêchées et arrivent vers 0h15-0h30. Selon le journal Les Inrocks, un témoin présent lors de la scène parle d’un agent de la BAC entrant dans le bar et criant « mets-toi par terre, enculé ! ». Pris par surprise, Amadou Koumé aurait résisté sans porter de coup selon plusieurs témoins. L’agent de la BAC, déjà connu pour avoir été sanctionné suite à des violences policières – qu’ils appellent communément dans ce milieu « usage disproportionné de la violence » –, décide de maîtriser le jeune homme en procédant à un étranglement. Le mettant d’abord assis, puis allongé sur le ventre, il lui fait toujours subir un étranglement le tirant en arrière. Le témoin explique que l’agent de la BAC continue son étranglement malgré les cris d’agonie et les étouffements.

Amadou est ensuite emmené dans un fourgon en direction du commissariat. Il est allongé sur le ventre ou sur le côté, positions fortement déconseillées. A l’arrivée, on constate qu’il a fait un malaise. Amadou Koumé est mort au commissariat, les légistes déclarent son décès vers 2h30 parlant « d’un œdème pulmonaire survenu dans un contexte d’asphyxie et de traumatisme facial et cervical » selon Libération, résultant « de l’association d’une asphyxie mécanique par traumatisme cervical et laryngé et d’une intoxication à la cocaïne » selon Le Parisien.

Le 9 novembre 2015, l’affaire est classée sans suite par le parquet de Paris, estimant l’infraction « insuffisamment caractérisée ».

L’incohérence est à son paroxysme.

Après la plainte déposée onze mois plus tôt par la famille du défunt, une information judiciaire est ouverte le 20 juin 2016. Presque un an après, le 28 mars 2017, le policier de la BAC est mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. », un mobile pour le moins étonnant qui tend à donner un caractère « accidentel » alors même que les faits semblent parler d’eux-mêmes.

En effet, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Que s’est-il passé entre 0h30 et 2h30, sachant que le commissariat se trouve très proche du bar ? Les propos tenus par les agents ne sont pas crédibles. Ils sont même contradictoires. En 2015, l’agent de la BAC ayant opéré l’étranglement explicite comment il a procédé pour maîtriser le jeune homme par l’étranglement (Le Parisien). Puis lorsque l’affaire s’ouvre et qu’il est mis en examen, ses propos sont totalement opposés devant la juge. Il assure n’avoir aucune responsabilité dans la mort du jeune homme, n’avoir jamais exercé de pression sur la gorge d’Amadou Koumé ni usé d’une maîtrise par l’étranglement. Un retournement de discours qui est en réalité courant, la parole de la police étant toujours celle qui prime.

Ensuite, on nous parle de de problèmes psychiatriques comme si cela justifiait la violence. Aucun des agents de la BAC ne l’ont amené à l’hôpital, n’ont prévenu de personnes spécialisées dans les troubles psychiatriques. Enfin, la justice le 9 mars 2015 déclare que l’infraction est « insuffisamment caractérisée ». La mort d’un jeune homme serait ainsi une « infraction » qui n’apparaît comme pas suffisamment explicite. Une justice, qui d’ailleurs est habituée à acquitter les forces de polices, et à condamner les jeunes des quartiers populaires. On se rappelle d’ailleurs d’un cas similaire, à savoir la mort d’Adama Traoré en juillet 2016, et de l’acharnement judiciaire et policier qui s’en est suivi pour la famille Traoré. Face à ces violences policières dont le caractère est structurel, c’est bien d’un front uni contre les violences policières et l’impunité, qu’il s’agit de construire. C’est la seule façon d’obtenir justice et vérité, pour Amadou Koumé, et tous les autres victimes de violences policières.




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