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Mort de Romain tué par balle : les policiers se mobilisent pour l’impunité

A l’appel du syndicat Alliance, plusieurs dizaines de policiers se sont rassemblés ce lundi en soutien à leur collège accusé d’avoir tué un jeune homme de 23 ans par balle en plein cœur de Paris. Une manière d’exiger une impunité de principe avant même que ne soient publiés les premiers éléments de l’enquête.

« Invraisemblable » : c’est le mot qui revient le plus dans la bouche de l’avocat de la famille de Romain, un jeune homme tué par balles, mardi, dans les rues de Paris. Il faut dire que les premiers éléments communiqués sont plutôt accablants : celui-ci a simplement refusé de se soumettre à un contrôle de police pour un feu défectueux. Il a alors été pris en chasse par le policier qui l’a abattu d’une balle dans le thorax. Ce dernier explique, par la voie de son avocat, avoir voulu « sauvé des vies », sans donner aucun élément sur la mise en danger que représentait une voiture ayant refusé un contrôle de police.

Ce lundi, le syndicat Alliance a appelé à un rassemblement pour soutenir leur collège, suspendu et mis en garde à vue pour « violences volontaires avec arme et par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort, sans intention de la donner ». Avant même toute forme de mise en examen, et sans connaître plus d’éléments, le message du syndicat de police est clair : ceux-ci réclament l’impunité de principe pour leur collègue incriminé.

Il faut dire que les suspensions préventives de policiers impliqués dans la mort de jeunes sont plutôt rares. Il faut dire aussi qu’il ne s’agit pas, comme la majorité des victimes de la police, d’un jeune de « quartier ». Cette fois-ci, c’est du « bon côté » du périphérique que la mort a eu lieu, d’un jeune blanc, disposant d’un emploi, sans antécédent judiciaire autre que des infractions routières, c’est-à-dire en somme sans la batterie d’arguments déployés par l’appareil policier pour justifier son impunité. Il n’est d’ailleurs pas anodin de constater qu’il s’agit de la ligne de défense choisie par l’avocat de la famille : celui-ci connait bien les rouages d’une justice pénétrée par le racisme et l’instinct de classe.

Cependant, cette mobilisation « préventive » traduit aussi la prise de confiance des forces de répression depuis plusieurs années. Encensée et cajolée par les gouvernements successifs qui misent de plus en plus sur cet appareil pour contenir les contestations, les policiers ont été soumis à une législation garantissant toujours plus leur impunité : constitutionnalisation de l’état d’urgence, assouplissement des conditions de la « légitime défense ». Un état de grâce tel que ceux-ci s’imaginent bien disposer d’une impunité dans les endroits où celle-ci se voit encore quelque peu limitée, comme par exemple en plein cœur de la capitale. C’est bien le sens de la bataille de communication qui se joue dans cette affaire, et dont la marche blanche en l’honneur de Romain samedi prochain, dans sa ville d’origine en Essonne, sera le prochain épisode.




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