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Morts et blessés à Gaza : « La réponse israélienne a été complètement criminelle »

Entretien avec Sergio Yahni, directeur du Centre d’Information Alternative de Palestine sur la « Grande marche du retour » qui a commencé ce vendredi et qui a été brutalement réprimée par l’Armée israélienne.

La Izquierda Diario a recueilli les propos de Sergio Yahni, directeur du Centre d’Information Alternative (IAC pour son sigle en anglais), sur les mobilisations massives qui ont commencé ce vendredi à Gaza et Cisjordanie et qui furent brutalement réprimées par l’Armée israélienne, qui a assassiné au moins douze manifestants et en a blessé plusieurs milliers.

Yahni vit à Jérusalem et l’IAC a des bureaux dans cette ville et à Beit Sahour en Cisjordanie. Nous reproduisons ici l’entretien réalisé sur le début des protestations, leur signification et organisation, la réponse d’Israël et les possibles scénarios qui s’ouvrent.

Qu’est-ce que la « Marche du Retour » qui a commencé ce vendredi en Palestine ?

Historiquement, le peuple palestinien commémore le 30 mars le jour de la Terre. C’est le jour de la lutte pour la terre et pour le retour à la terre. La première manifestation pour le jour de la Terre a eu lieu en 1976 comme réponse à la grande confiscation des terres par Israël en Galilée. Depuis cette date et jusqu’à aujourd’hui, des mobilisations massives ont lieu chaque 30 mars.

C’est un jour où non seulement, on défend la terre de l’occupation et de la confiscation israélienne mais où on commémore aussi le droit au retour sur leurs terres du peuple palestinien expulsé, et pour l’unité de tout le peuple palestinien.

Cette année, le jour de la Terre a une valeur beaucoup plus grande parce qu’on commémore également les 70 ans de la Nakba (catastrophe en arabe), c’est-à-dire la fondation de l’État d’Israël. Pour cette raison, les Comités Populaires ont décidé d’organiser la mobilisation populaire du 30 mars jusqu’au 15 mai, jour de la commémoration des 70 ans de la Nakba. L’idée est que de ce vendredi jusqu’au 15 mai, les Comités Populaires mobilisent la population et organisent des événements contre l’occupation israélienne, autant à l’intérieur d’Israël comme en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.

Comment se sont organisées les mobilisations ?

Les mobilisations qui ont commencé ce vendredi furent organisées par les Comités Populaires. Ces comités sont un instrument autant de la lutte que de l’auto-gestion contre l’occupation israélienne. Dans des moments déterminés de lutte, les Comités Populaires vont au-delà des partis politiques ou de l’Autorité Palestinienne. Dans le cas de la commémoration de cette date, cela a clairement dépassé la décision des principaux partis qui auraient préféré organiser des actes plus institutionnels. Dans le cas du Fatah, pour eux, le mieux aurait été d’organiser un acte à Ramallah (Cisjordanie), tandis que le Hamas aurait préféré une mobilisation dans le centre de Gaza montrant sa capacité de feu pour intimider non seulement Israël mais également l’opposition interne.

Les Comités Populaires ont débordé les directions politiques qui ont fini par accompagner l’action, qui était de manifester aux frontières et revendiquer le retour des Palestiniens expulsés.

Quelle a été la réponse d’Israël ?

Pour des raisons tactiques et stratégiques, Israël veut présenter la situation à Gaza (bien qu’il y ait eu également des manifestations en Cisjordanie) comme s’il s’agissait d’une initiative du Hamas, même si comme je viens de le dire, il ne s’agissait pas d’une initiative du Hamas. Cependant, cela permet à Israël de la présenter comme une initiative belliqueuse, ce qui lui donne la possibilité de tirer contre les manifestants. Nous avons vu ce vendredi au moins 12 personnes tuées depuis la matinée dans des manifestations qui étaient complètement pacifiques et qui étaient éloignées des forces israéliennes, et sans aucun type de tentative de rompre les clôtures frontalières.

La réponse israélienne fut complètement criminelle. Tirer sur des manifestants à longue distance en mettant des francs-tireurs le long de la frontière. Il y a également eu des attaques avec des tanks. Israël veut transformer le processus de mobilisation populaire en une lutte armée. Leurs dirigeants préfèrent une lutte armée dans laquelle ils ont une capacité de réaction beaucoup plus grande alors qu’ils ne savent pas de quelle autre manière affronter des dizaines de milliers de personnes qui manifestent de manière pacifique. Cependant, malgré les assassinats et la tentative d’Israël de militariser le conflit, nous avons vu que la mobilisation des Palestiniens se poursuit.

Quelles sont les perspectives ?

Nous devons savoir de quelle manière les Comités Populaires réagissent aux actions de ce vendredi. D’un côté, ce qui se passe peut être une impulsion pour que cette mobilisation massive s’étende aux grandes villes de Cisjordanie. L’autre possibilité est que ce bain de sang soit tellement fort que les Comités Populaires décident de s’arrêter. Enfin, il existe la possibilité que le Fatah comme le Hamas en profitent pour imposer leurs méthodes. Le Fatah en appelle aux organisations internationales alors qu’il réprime en interne les manifestations des Palestiniens eux-mêmes. Le Hamas pourrait choisir de militariser le processus en démontrant qu’il est le « bras armé de la lutte ».

À mon avis, ces projets se feraient au détriment des mobilisations. Il faut se rappeler que le gouvernement d’Israël est submergé jusqu’au cou de scandales de corruption et préférerait que la Une des journaux soit la « violence » à Gaza plutôt que les scandales qui se multiplient au sein du gouvernement.

Traduit par Romain Lamel.




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