Politique

Nouvel échec

Motion de censure (bis). Frondeurs et aubrystes se dégonflent

Publié le 6 juillet 2016

On ne pourra pas leur reprocher leur constance : ils aiment se faire maltraiter et humilier. Après la réunion du groupe parlementaire socialiste avec Manuel Valls au cours de laquelle, en petit contremaître, le Premier ministre a exigé que les parlementaires ferment le rang et a balayé d’un revers de la main un amendement signé par 130 d’entre eux, ils ont pleurniché (beaucoup), braillé (un peu), mais, au bout du bout, ils ont opté pour leur fidélité en un parti qui démolit, avec constance, les acquis sociaux.

Jean-Patrick Clech

Après le choix du gouvernement de passer en force sur la Loi Travail, sans aucune discussion, avec le 49.3, il fallait qu’un dixième, au moins, des députés signent une motion de censure pour qu’elle soit soumise au vote et que le texte soit bloqué. Proposée par les députés communistes et d’Ensemble, avec le soutien des écologistes et de certains indépendants, les frondeurs et les proches de Martine Aubry et de Jean-Marc Ayrault se sont dégonflés à mesure que les heures avançaient entre mardi soir et mercredi midi.

De grands courageux

Dès que les apparatchiks de la rue de Solférino et les portes-flingue de Valls sont revenus à la charge en menaçant d’exclusion du PS et de refuser les investitures pour les législatives de 2017 (qui seront, de toute façon, catastrophiques pour les socialistes), la grande majorité des frondeurs, les proches d’Aubry et du ministre des Affaires étrangères n’ont écouté que leur courage : ils se sont défilés. Au final, sur les 58 noms nécessaires, seuls 56 ont signé.

D’un strict point de vue institutionnel, si le texte avait été signé et voté par une majorité de députés, cela aurait signifié l’arrêt de la Loi Travail et la démission du gouvernement mais n’aurait entraîné en aucun cas la dissolution du Parlement. A croire, donc, qu’en dépit de toutes leurs déclarations et leur désamour à l’égard du chef de l’Etat, les frondeurs préfèrent Hollande et Valls ainsi que la Loi El Khomri à leurs « principes ».

La droite aux côtés du gouvernement

Côté Les Républicains et centristes, on n’a pas dérogé à son sens des responsabilités. Indépendamment du jeu de rôle au Sénat (avec une droite qui a droitisé de façon outrancière le texte de la ministre du Travail) et malgré les grands moulinets de Pierre Gattaz, la droite a démontré combien, en dernière instance, cette loi taillée sur mesure pour le Medef lui convenait parfaitement et combien ses députés avaient un sens aigu de l’Etat. Face à la possibilité qu’une crise politique s’ajoute à la crise sociale en cours (que tous, pourtant, qualifient de mourante), ils ont fait bloc avec l’Exécutif. Non seulement ils n’ont pas apporté au texte les deux voix manquantes, mais ils n’ont pas déposé de motion de censure de droite, de peur qu’elle passe avec les voix de la gauche non-gouvernementale. Le rendez-vous a été donné pour 2017 par Christian Jacob, chef de file des républicains au Parlement, une façon également de ne pas bousculé le calendrier de la primaire à droite, déjà brinquebalant.

On ne lâchera rien !

Jamais étranger aux mécanos politiciens, côté communistes et Front de Gauche, la motion de censure était présentée également par André Chassaigne comme un instrument pour faire émerger un « front antilibéral » en vue d’une hypothétique primaire à gauche de laquelle Hollande serait exclu. Cela témoigne non seulement du fait que le PCF continue à se situer dans un cadre balisé, en dernière instance, par le PS ou ses débris, mais également de la façon dont la gauche réformiste situe les débats et la bataille pour faire obstacle à la Loi Travail.

Au niveau de celles et ceux qui, depuis quatre mois, se mobilisent sur leur lieu de travail, leur lieu d’étude, sur les piquets et dans les manifs, le dégonflement de la motion de censure aura le mérite d’avoir montré où se situe le curseur : pour empêcher que cette loi ne soit appliquée dans les entreprises, quel que soit le gouvernement à venir, la mobilisation, à tous les niveaux, doit se poursuivre. L’entêtement de Valls et Hollande, qui ont contribué à fragmenter un peu plus la gauche social-libérale et la gauche réformiste, de même que l’échec de cette motion démontrent, quant à eux, la nécessité d’une gauche anticapitaliste et révolutionnaire, pour nos luttes comme pour notre avenir politique.