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Motions de censure suite à l’affaire Benalla : le baroud d’honneur de l’opposition ?

Sans surprise, les motions de censure présentées par Les Républicains d’un côté et par le Parti Socialiste, le Parti Communiste et la France Insoumise de l’autre n’ont pas été adoptées par l’assemblée. Mais alors, quel était l’enjeu de cette opération de l’opposition, à la veille de la trêve estivale ?

Crédits photo : Eric FEFERBERG / AFP

Deux motions de censure faisant suite à l’affaire Benalla étaient discutées et soumises au vote à l’Assemblée nationale ce mardi 31 juillet. L’une présentée par Christian Jacob pour Les Républicains ; l’autre, signée par le Parti Socialiste, la France Insoumise et le Parti Communiste, présentée par la tête de file de ces derniers, André Chassaigne. La première a récolté 143 voix et la deuxième 74, chacune loin des 289 voix nécessaires pour qu’elles passent.

Si les différents défenseurs de ces motions n’avaient aucune illusion quant à leur possibilité d’être adoptées – il aurait fallu pour cela la majorité absolue, alors que LREM représente 312 députés sur 577 – c’était pour l’opposition l’occasion de chercher à se positionner au mieux avant la trêve estivale. « Nous avons subi une véritable humiliation institutionnelle, et déposer une motion de censure était la seule manière de convoquer le gouvernement pour qu’il s’explique » déclarait ainsi Bastien Lachaud, député LFI, comme nombre de parlementaires qui définissaient ces motions essentiellement comme un « cri d’alarme ». « Nous n’avons pas eu d’autres recours que la censure pour vous faire venir devant nous » dira même le député Mélenchon à Édouard Philippe.

Motions de censure, plus qu’un simple baroud d’honneur de l’opposition, la volonté affichée de « sauver la république » et ses institutions

Le premier objectif, à gauche comme à droite, était d’abord de continuer à mettre l’exécutif sous pression, et chercher à maintenir l’espace politique et médiatique qui s’est ouvert pour l’opposition dans cette affaire Benalla, et qui veut continuer à faire entendre sa voix. Les différents porte-paroles de l’opposition ont ainsi allégrement profité du temps de parole qui leur était imparti pour brosser un portrait corrosif de la première année quinquennal de Macron et de la majorité – André Chassaigne allant jusqu’à qualifier les députés LREM de « simples digéreurs, intestins silencieux de la bouche élyséenne ».

Et pour que cette dynamique favorable à l’opposition se maintienne, la session parlementaire aura même vu des alliances de circonstances se nouer. Car si deux motions distinctes ont été présentées – avec un bloc inédit à gauche – d’autres jonctions se sont faites, avec les députés de la France Insoumise et ceux du Rassemblement National notamment, qui ont voté les deux motions.

Mais d’un côté comme de l’autre de l’échiquier politique, ce front qui semble s’être constitué par-delà les habituels clivages est avant tout un terreau propice à ce que chaque groupe tente de s’ériger comme le meilleur défenseur de l’ordre républicain, en s’opposant frontalement au macronisme. Un moyen de faire oublier que l’histoire de la politique française est jalonnée d’affaires de corruption et de barbouzeries en tout genre, pour circonscrire la crise politique au seul terrain institutionnel. Car l’opposition parlementaire n’a aucun intérêt à ce que cette crise ébranle jusqu’aux fondements même d’un système dont elle fait elle-même partie et dont chacun cherche à tirer profit.

Des cartes rebattues avant la rentrée

Si la droite est bien positionnée au sein de l’opposition, étant à l’initiative de la commission d’enquête du Sénat qui s’est ouverte pour six mois, l’enjeu des débats de ce 31 juillet à l’Assemblée était d’autant plus important pour les différentes composantes de la gauche, qui cherchaient toutes à tirer leur épingle du jeu. En ce sens, il n’est pas anodin que pour la motion de censure présentée par la gauche, ce soit un député PC qui ait été choisi. Cela permettait au Parti Socialiste, qui a réussi à se repositionner comme interlocuteur récemment, de ne pas laisser trop d’espace à la France Insoumise. Ainsi, juste avant la traditionnelle trêve estivale des parlementaires, les conséquences de cette affaire d’État se font déjà sentir sur l’ensemble du champ politique.

Du côté de la majorité, c’est Édouard Philippe pour l’exécutif et Richard Ferrand en tant que chef de file LREM à l’assemblée qui sont montés au charbon au cours de cette journée. Et sans surprise, leur défense a essentiellement consisté à minimiser l’impact de l’affaire Benalla, toujours qualifiée de faute individuelle, de tempête dans un verre d’eau, qu’ils accusent les formations politiques à l’origine des motions de censure d’instrumentaliser et de monter en épingle. Il aussi rappelé à l’opposition parlementaire que certains groupes s’étaient montrés beaucoup plus discrets à propos d’autres affaires : « Permettez-moi de rappeler ce qu’il s’est passé au moment de l’affaire Cahuzac. Les faits révélés le 4 décembre 2012, une commission d’enquête demandée début avril, et le début des travaux le 15 mai. Soit, le début des travaux cinq mois après la révélation des faits ».

Et pour tenter de montrer le visage fort et déterminé du gouvernement en dépit de l’orage qu’il traverse, Philippe est même allé jusqu’à décréter : « Beaucoup reste à faire. À la rentrée, nous n’avons nullement l’intention de ralentir. Peut-être est ce cela qui vous inquiète. » Une phrase qui révèle que le gouvernement n’oublie pas tous les chantiers en cours et espère que l’affaire Benalla soit bien vite oubliée pour faire passer dès septembre ses prochaines attaques anti-sociales.

Mais dans son ensemble, cette session à l’Assemblée, aura dévoilé encore un peu plus la mascarade parlementaire qui se joue, entre la commission d’enquête du Sénat et l’hémicycle, un terrain sur lequel il n’y a rien à attendre. C’est en dehors de ces institutions, sur le terrain extra-parlementaire, à savoir par nos méthodes de lutte, par la grève et les manifestations, que le rapport de force pourrait se construire contre ce système de corruption, de barbouzeries et de copinage au sommet, contre Macron et ses violences d’État, contre les contre réformes à venir.




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