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Mr. Robot. Quand les hackers se mettent à rêver de révolution

Publié le 8 mars 2016

La nouvelle série « Mr. Robot », diffusée depuis le printemps dernier sur la chaîne américaine USA Network, devrait sortir prochainement sur France 2. Elle raconte l’histoire d’un jeune ingénieur informatique, travaillant dans une entreprise de sécurité informatique le jour, et qui, la nuit, prend les habits d’un e-justicier, un hacker des plus redoutés dans tout New York.

Le personnage principal s’appelle Elliot (Rami Malek). Un jeune maniaque, introverti et paranoïaque, qui souffre d’un délire de persécution. Durant un voyage en métro, ce dernier rencontre Mr. Robot (Christian Slater), un personnage mystérieux qui dirige une organisation de pirates informatique, Fsociety, dont l’objectif est la destruction de la multinationale E Corp.

La série s’inscrit dans le courant du cyberpunk, sous-genre de la science-fiction, dont les premières œuvres du genre remontent à 1984, ainsi que de William Gibson, avec son roman Neuromante. Un livre qui a anticipé internet et le cyberespace. Il décrit une société dans laquelle se mêlent hackers, hippies, drogues dures et conspirationnistes, tous logés sous le même ciel toujours sombre et irrespirable de pollution des gigantesques agglomérations, et totalement contrôlée et dominée par la voracité des grandes multinationales. À cette époque, en 1984, ce monde était encore de l’ordre de la fiction. Aujourd’hui, si on lui enlève ses robots humanoïdes et ses voitures volantes, deux prophéties scientifiques qui restent inaccomplies, ce roman est pour le moins réaliste.

« Ce que je vais te dire est un secret. Une conspiration qui va bien au-delà de nous. Un groupe d’individus, là-bas, du dehors... dirigent secrètement le monde. Je te parle de ceux que personne ne connaît, les invisibles. Le 1% du 1%. Ceux qui jouent aux dieux sans en avoir le droit. Eux. Je crois qu’ils sont en train de me suivre... »

Plusieurs hommages et clins d’œil font référence aux classiques du genre. Elliot a quelque chose de Lisbeth Salander (de la trilogie Millenium), la vieille salle de jeux vidéo abandonnée où se réunit la Fsociety rappelle le film Tron, et l’un des personnage s’appelle Tyrell (en référence à Blade Runner). Il y a les hommes en noir qui poursuivent le personnage (Matrix) et la propagande télévisée des multinationales (Robocop).

Mais la série s’inspire aussi largement de la réalité : Fsociété ressemble à Wikileaks avec ses publications de dossiers secrets du gouvernement nord-américain, à Anonymous, bien sûr, pour ses pirates informatiques qui utilisent le masque de V, protagoniste de V pour Vendetta. On y voit également des graffitis anti-systèmes comme ceux que réalisent les artistes de rue, et notamment Banksy, pour le plus connu.

La série vient de remporter le Golden Globe de l’année et a été consacrée meilleure série de l’année, dépassant Games of Throne, la favorite, en plus d’avoir récompensé l’acteur Christian Slater, dans la catégorie meilleur rôle secondaire. Mr. Robot, si l’on considère l’audacieuse critique du système capitaliste qu’elle constitue, depuis la chute de Lehman Brothers jusqu’aux mouvements Occupy Wall Street, et aujourd’hui Black Lives Matters, a eu un fort impact. Ces événements apparaissent en toile de fond de la série, par flash de brèves d’informations, mais aussi des références aux conséquences de la crise en Europe, avec des images des affrontements de rues en Grèce et de la contestation des plans d’austérité imposés par la Troïka.

La série laisse planer une question : « que se passerait-il si la révolution devrait s’inviter aux États-Unis ? » Avec pour horizon les idées proches des courants autonomes, de l’anticapitalisme et de l’anarchisme, un horizon qui a pour limite de ne pas proposer d’alternative au capitalisme. La première saison ne tranche pas et laisse ouverte la question des formes de réponses à l’horreur capitaliste : autre monde possible, dans une issue socialiste ou simple mise en défaite du capitalisme à partir de la destruction des grandes multinationales, avec la possibilité que le monstre renaisse de ses cendres ?
Pour ce qu’il en est de la première saison, elle contribue cependant à faire la démonstration que la jeunesse située au cœur de la plus grande puissance impérialiste mondiale constitue un des acteurs majeurs de ce rejet du capitalisme, de ce système en crise qui n’a rien d’autre à offrir qu’un futur qui s’assombrit de jour en jour.

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