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Monde

Coup d’état au Zimbabwe

Mugabe ne veut pas lâcher le pouvoir

Depuis Mercredi matin, l’incertitude règne au Zimbabwe, depuis que l’armée a pris le contrôle de la capitale et détient en résidence surveillée le dictateur Mugabe. Des négociations sont en cours pour que celui-ci quitte son poste mais pour l’instant il refuse catégoriquement.

Crédit photo : Jekesai NJIKIZANA / AFP

Pour l’instant les négociations n’ont rien donné. Dès le milieu de journée, Mugabe, au pouvoir depuis 37 ans, a fait savoir aux généraux avec lesquels il s’est entretenu qu’il refusait de démissionner, selon une source proche de l’armée. La même source affirme qu’ « il essaie ainsi de gagner du temps ». Pourtant, jeudi matin, Mugabe estimait qu’il ne pouvait être démis de ses fonctions que par un vote de la direction de la Zanu-PF, le parti au pouvoir. Visiblement, il est plus isolé qu’il ne pensait et il tente de s’accrocher le temps que ses alliés africains ou européens viennent à son secours.
Pour l’instant, la France en a appelé à respecter la constitution et le président sud-africain, Jacob Zuma, a quant à lui, indiqué être « très préoccupé » par la situation. Il a envoyé deux ministres pour participer aux négociations. L’organisation régionale d’Afrique australe (SADC) a tenu jeudi une réunion d’urgence au Botswana. L’Union africaine, par la voix de son président, le Guinéen Alpha Condé, qui a d’ailleurs été le premier à dénoncer le coup d’état car selon lui, « lorsque l’on est en résidence surveillée, c’est un coup d’Etat. », exige « le respect de la Constitution, le retour à l’ordre constitutionnel, et nous n’accepterons jamais le coup d’Etat militaire », a déclaré depuis Paris Alpha Condé.

Des arrestations dans le clan Mugabe

En effet, le coup d’état qui, selon ses auteurs, n’en est pas un a pour but de stopper les purges dans l’armée et dans l’entourage de Mugabe orchestrées par sa femme, Grace Mugabe. Mardi, le chef de l’armée zimbabwéenne, le général Constantino Chiwenga, est sorti de sa réserve pour exiger que « la purge actuelle » cesse « immédiatement » et a affirmé que « l’armée n’hésitera pas à intervenir ».
Le général Sibusiso Moyo affirmait à la télévision mercredi que l’opération de l’armée était seulement destinée à éliminer des « criminels » dans l’entourage du chef de l’Etat.
Or, depuis, au sein du camp Mugabe, plusieurs personnes ont été arrêtées. A commencer par le ministre des Finances, Ignatius Chombo. La presse sud-africaine cite également le ministre de l’Education, celui de l’Administration territoriale et plusieurs proches de Grace Mugabe. Autres noms cités cette fois par un important propriétaire de média sud-africain : Paul Chimedza, le ministre de la province de Masvingo et Kudzai Chipanga, à la tête de la ligue des jeunes de la Zanu-PF, le parti au pouvoir.
L’autre but est de mettre en place l’ancien vice-président nouvellement écarté par Grace Mugabe, Emmerson Mnangagwa.

Un coup d’état qui ne va pas changer grand-chose

Dès son accession au poste de premier en ministre en 1980, puis au palais présidentiel, en 1987, Robert Mugabe fait de Mnangagwa l’un des hommes les plus puissants du régime. Il a été ministre de façon quasi continue jusqu’en 2014 excepté entre 2000 et 2005 où il a été président du Parlement. Il a d’abord été chargé de la Sécurité, puis de la Justice, des Finances, du Logement rural et enfin de la Défense.
Celui qu’on appelle le crocodile en référence à son intransigeance, a joué un rôle prépondérant lors de la guerre civile qui a eu lieu à la fin de l’alliance entre la ZANU de Joshua Nkomo et la ZAPU de Robert Mugabe. Dans la région du Matabéléland, la répression a fait plus de 10 000 morts. Ministre de la sécurité nationale à l’époque, Mnangagwa était alors responsable de la Central Intelligence Organisation (CIO), le service de renseignements auteur de nombreuses exactions. Certains de ses anciens compagnons l’ont décrit comme « cruel » et intraitable.
En 2008, alors que Morgan Tsvangirai devance Robert Mugabe lors du premier tour de la présidentielle, l’opposition est victime d’intimidations et de violences, faisant plusieurs dizaines de morts. Mnangagwa est considéré comme l’un des ordonnateurs de cette répression.
En 2014, Mnangagwa succède à Joice Mujuru au poste de Premier vice-président du Zimbabwe. Plus que jamais, le « crocodile » est considéré comme le successeur désigné du président Robert Mugabe.
Pourtant, face à l’ambition de Grace Mugabe, le 6 novembre 2017, Mnangagwa est écarté du pouvoir par le président. Il est limogé de son poste de vice-président mais aussi du parti au pouvoir, la Zanu-PF, pour « manque de loyauté, de respect, de malhonnêteté et manque de sérieux . » Parti en exil, il affirme avoir été menacé, dénonce les méthodes du clan Mugabe et promet de revenir au pays pour diriger le parti présidentiel.
Ce qui est sans doute sur le point de se réaliser.

Une opposition qui sort du silence timidement

Jusque-là sur la réserve, plusieurs voix de l’opposition sont également sorties jeudi de leur silence, exigeant à leur tour le départ du chef de l’Etat et une transition vers des élections libres. « Dans l’intérêt du peuple zimbabwéen, Robert Mugabe doit démissionner », a déclaré le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) lors d’une conférence de presse à Harare, la capitale. Il souhaite la mise en place d’un « mécanisme de transition » en vue d’élections libres.
Lorsque l’on sait comment les dernières élections se sont déroulées,on ne peut pas imaginer un seul instant que Mnangagwa, qui a été l’un des responsables de la répression, laisse celles-ci se dérouler de manière démocratique.




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