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Politique

Une main cramponnée à la matraque, l’autre tendue à la négociation, Macron cherche l’issue…

NDDL : le bourbier du président

Depuis l’arrêt définitif, en janvier dernier, du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), la séquence d’évacuation des occupants était un défi dont Macron prétendait se jouer grâce à sa fermeté proverbiale. Pourtant, après dix jours d’opération et de multiples violences des forces de l’ordre à l’encontre des zadistes qui ne se sont pas privés de riposter, Macron risque de ne pas faire mieux qu’Hollande en 2012. Pour lui sauver la mise, Nicolas Hulot, vole à la rescousse, et joue le mercredi 18 avril, les messieurs négociations…avec quels résultats ?

Il ne suffit pas de le dire pour y parvenir

Avec 25 escadrons de gendarmerie et sept compagnies de CRS, les forces de l’ordre qui se sont relayées depuis le 9 avril à Notre-Dame-des-Landes, mais aussi à Rennes et à Nantes contre les manifestations de soutien aux zadistes, ont représenté près de 3 000 militaires et policiers. Sur la ZAD, plus de 4000 grenades tirées, plusieurs dizaines de blessés chez les zadistes mais aussi dans les rangs des forces de l’ordre, des allures de guerre sur les 1 650 hectares de bocage qui constituent la zone.

Face à la violence et à l’amplification des affrontements, le gouvernement ne s’est pas contenté de rejeter la responsabilité sur les zadistes. Il a clamé à nouveau haut et fort sa fermeté : « Face à un tel déferlement de violence, la réponse d’un gouvernement républicain ne peut pas être l’hésitation. Ce qui se passe depuis deux jours ne fait que renforcer notre détermination ».

Pourtant malgré la destruction de nombreux squats, plus le temps passe, plus les occupants de la ZAD et leurs soutiens se mobilisent. Des 150 militants que la zone comptait début avril, on était passé à près de 1 000 le week-end du 14 avril, aux dires mêmes de la gendarmerie. La destruction de l’emblématique « ferme des cent noms » n’a fait que souder plus fortement les plus modérés et ceux qui voulaient en découdre. La manifestation agitée de Nantes du samedi 14 avec ses 10 000 participants et ses nombreuses interpellations n’a fait que renforcer la détermination des zadistes qui lancaient à l’Etat cet avertissement inscrit sur une banderole : « Ils ont voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines ». La situation s’enlise bel et bien.

Après le vrai bâton, la fausse carotte

Dès le vendredi 13 avril, dans les rangs du gouvernement, on commençait à s’inquiéter de la grogne des militaires, mécontents de se retrouver dans un véritable « bourbier ». Edouard Philippe, premier ministre, et Gérard Collomb ministre de l’intérieur sont descendus, impromptus, sur le tarmac de Nantes pour regonfler les troupes et réaffirmer la fermeté gouvernementale.

Pourtant, après la manifestation du samedi à Nantes et la volonté évidente des zadistes de ne pas céder, les risques d’escalade deviennent de plus en plus grands. Un deuxième Rémi Fraisse serait très mal venu dans la période d’agitation sociale à laquelle Macron doit faire face. Une nouvelle tactique s’impose, c’est le moment de faire mine de tendre la main.

Mais d’abord, ne pas perdre la face et faire comme si on avait gagné. C’est ce que laisse entendre Emmanuel Macron lors de son interview en déclarant que « tout ce qui était évacuable a été évacué ». En réalité 29 squats sur 99 ont été détruits et le déblaiement, par les forces de l’ordre, des barricades dressées sur les deux axes routiers qui traversent la ZAD ressemble fort au rocher de Sisyphe. Détruites le jour, elles sont aussitôt reconstruites la nuit.

Ensuite, faire donner la réserve, Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique qui, dès le début de l’opération, s’était exprimé en faveur d’un arrêt des expulsions. Retoqué alors par la plupart de ses collègues LREM, il apparaît maintenant comme l’homme idoine pour les négociations.

Mais au fait, qu’y-a-t-il à négocier ? Peut-on parler de négociation lorsqu’il s’agit tout simplement de se conformer à un processus de régularisation qui oblige les occupants à déclarer individuellement leur projet agricole et ce dans un délai fixé au 23 avril, tandis que leurs installations et les projets de vie qui les accompagnaient ont été saccagés ? La partie s’annonce délicate et les intéressés ne se montrent guère confiants comme ce paysan qui déclare que « l’Etat nous met le pistolet sur la tempe pour négocier ».

La « sortie de crise » ce n’est pas pour aujourd’hui

Phase négociation donc. Mercredi 18 avril, Nicolas Hulot préside la rencontre entre Nicole Klein, préfète de la région Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique, et un collectif d’opposants à l’ex-projet d’aéroport. A l’Assemblée nationale, le premier ministre Edouard Philippe avait répété, une semaine auparavant, que « les occupants illégaux » qui ne régulariseraient pas rapidement leur situation « quitteraient les lieux » à Notre-Dame-des-Landes, car « force doit rester à la loi ».

Dans le droit fil de la déclaration d’Edouard Philippe, la représentante de l’Etat avait annoncé la couleur en déclarant que, selon elle, cette réunion était une « nouvelle chance » donnée aux zadistes de remplir une déclaration d’intention d’ici au 23 avril. Elle ne semblait pourtant pas beaucoup y croire elle-même en disant « qu’elle ne préjugeait rien de la réunion » et qu’il y aurait de nouveau des expulsions s’ils refusaient de donner leurs noms et de remplir les fiches de déclaration d’intention.

A l’issue de la réunion le collectif des opposants fait l’amère constatation que « les lignes n’ont pas bougé ». Rien n’a été obtenu, pas même un report du délai du 23 avril. Marcel Thébault, membre de la délégation et agriculteur de NDDL exprime sa déception : « On avait l’idée de venir voir comment les choses bougeaient pour avoir du grain à moudre et chercher la sérénité ».

Sans surprise, la rencontre censée permettre de trouver une issue au conflit, a tourné au fiasco comme la manière forte l’avait déjà fait dans les dix jours précédents. Les expulsions vont probablement reprendre à partir du 23 avril et l’alternative enlisement ou escalade risque de venir à nouveau tarauder le gouvernement et attiser la colère des zadistes et de leurs soutiens.

Et gare à la contagion auprès des secteurs en lutte … !

crédit photo MAXPPP




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