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Société

Farce médiatique sur fond d'islamophobie

Nadine Morano, « corps et âme » contre le niqab et le chéquier de Rachid Nekkaz

Vendredi dernier, Nadine Morano a encore frappé. Apprenant que l’homme d’affaire algérien Rachid Nekkaz, ennemi traditionnel de Nadine, comptait se rendre à l’hôtel des impôts de Toul (Meurthe-et-Moselle) pour payer l’amende d’une femme voilée, l’eurodéputée LR a visiblement sauté sur l’occasion pour se mettre en scène et faire barrage de son propre corps pour l’en empêcher. Une action proprement risible et absurde, alimentant toujours davantage son pathétique palmarès en matière d’islamophobie-spectacle. Paul Carson-Saher

Sur la question du voile, ce n’est pas la première fois que Nadine Morano excelle dans l’art de se couvrir… de ridicule. Après s’être énervée en 2014 contre la police des transports, qui refusait d’arrêter une femme voilée à la sortie d’une gare, puis après avoir récemment comparé des femmes voilées à des nazis pour mieux « défendre » les propos délirants d’un de ses proches, l’eurodéputée s’est cette fois-ci distinguée dans sa grande croisade islamophobe en faisant littéralement rempart devant le centre des finances, nourrissant par là l’espoir d’empêcher Rachid Nekkaz de payer l’amende d’une femme voilée. Une mascarade largement couverte par une marée de caméras et d’appareils photo, débouchant finalement sur une rapide altercation entre les deux principaux protagonistes. Un rempart qui, s’il avait été mis en place par des manifestants opposés aux politiques gouvernementales, aurait certainement dû affronter une nuée de forces de police, avec un bilan sans doute bien plus dramatique que celui-ci.

Guerre de tranchées idéologiques et de positions médiatiques

La ville de Toul étant le fief historique de Nadine Morano, cette dernière n’a de toute évidence pas apprécié le fait d’apprendre, via Facebook, la venue du promoteur immobilier algérien sur ses propres « terres ». Un choix de déplacement franchement assumé par Rachid Nekkaz, car l’homme d’affaire est aussi adepte des coups médiatiques, cultivant par ailleurs l’exercice raffiné de provoquer Nadine jusque devant le seuil de sa porte. Face à cet affront, l’eurodéputée, dépitée, s’est donc sentie obligée de faire la sentinelle sur le perron de l’hôtel des impôts, pendant près d’1h, entourée d’une vingtaine de sympathisants pour bouter l’indésirable hors de Toul.

Poussant le plaisir jusqu’au bout, Rachid Nekkaz avait par ailleurs proposé en amont de déjeuner avec l’eurodéputée, une fort courtoise proposition sèchement refusée par cette dernière, qui ne cesse d’exiger depuis quelques temps l’expulsion immédiate de l’homme d’affaire, ainsi que le blocage de ses comptes bancaires. Une affaire personnelle en somme, sur fond d’idéologie viscéralement xénophobe et islamophobe, et qui s’est rapidement transformée en énième farce politico-médiatique.

Barrage contre le « pacifiste »

Rachid Nekkaz est donc arrivé tout penaud aux alentours de 15h, à pied, sourire aux lèvres, enveloppe tendue en l’air. Dans celle-ci, le fameux chèque de 150€ destiné à payer l’amende anti-niqab. La 1 770ème qu’il règle depuis le début de sa campagne personnelle, bien que celui-ci souligne être « opposé à titre personnel au port du niqab », présentant sa démarche comme étant davantage « voltairienne et pacifiste », au nom du « respect des libertés fondamentales ». Une attitude insupportable pour Nadine, qui y voit plutôt le signe d’un flagrant délit de détournement de la loi. Une loi qui interdit dans les textes toute dissimulation du visage dans l’espace public, mais qui, en réalité, permet de cibler quasi exclusivement les femmes de confession musulmane, sans pouvoir être taxée trop facilement de racisme institutionnel, de par ses allures de périphrase à peine voilée. Une loi qui, rappelons-le, avait été promulguée sous l’ère Sarkozy, véritable âge d’or de la droite décomplexée qui doit sans doute beaucoup manquer à Nadine Morano. Pourtant, concernant la démarche de M. Nekkaz à proprement parler, nulle faute ne peut lui être reprochée, dans la mesure où celui-ci décide personnellement de contester cette loi inique, en sortant seulement son chéquier pour s’acquitter lui même de l’amende, en toute… légalité.

Mais c’était sans compter sur le fait que, lorsque quelque chose bouscule les fondamentaux de l’eurodéputée républicaine, et que le recours légal ne semble plus réellement exploitable, tous les moyens sont bons pour générer quand même un scandale stérile. Ainsi, à la vue du provocateur, Nadine Morano ne s’est pas faite prier pour lancer les hostilités : « Tu ne passeras pas ! » a t-elle commencé, façon tutoiement mi-méprisant mi-condescendant, sans aucun motif visible pour justifier son embargo islamophobe, sinon le ressentiment.

«  Madame Morano  »

Après seulement quelques minutes, la tension monte rapidement. On tente de faire reculer la sentinelle, qui réagit au quart de tour : « Ne me touchez pas ! Vous savez que j’ai une immunité parlementaire ? », question rhétorique des plus inutile, provoquant l’exaspération de plusieurs personnes présentes autour d’elle. Des propos ridicules qui ne sont pas sans rappeler ceux tenus devant les policiers lors de sa tentative de faire arrêter une femme voilée, et qui avaient eu l’outrecuidance de ne pas la reconnaître : « Comment ? Vous ne me connaissez pas ? C’est incroyable ! Vous ne regardez jamais la télé ? Je suis ministre ! Je suis députée ! Madame Morano… »

Oui, Madame Morano aime bien rappeler à quel point elle est importante à qui veut bien l’entendre, trahissant par là même son besoin de paraître politiquement, à défaut de pouvoir dépasser les faiblesses d’une pensée réactionnaire et répétitive. Et quand la véhémence des discours ne suffit plus, quand l’islamophobie institutionnelle ne la soutient plus sur le terrain, il lui reste encore le spectacle en guise d’illustration, à travers la vacuité des gesticulations et des lamentations superfétatoires.

« Même la police fait en sorte d’ouvrir la voie à M. Nekkaz, je ne pensais pas que la France tomberait si bas... », finit-elle par conclure théâtralement, déçue de ne pas pouvoir compter autant qu’elle le voudrait sur le soutien des policiers dans sa monomanie anti-niqab. Au final, Rachid Nikkaz a réussi son opération et Nadine Morano a docilement mordu à l’hameçon jeté par le promoteur immobilier. Qu’à cela ne tienne, Nadine pourra toujours se consoler en diffusant massivement les images de cet acte « héroïque » sur Twitter, en guise de « trophée » médiatique. Un énième trophée, qu’elle pourra sans doute déposer sur le large podium de ses hontes passées.




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