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Monde

Journalistes en danger de mort

Naji Jerf, cinéaste syrien, assassiné par Daech

« L’Isis à Alep ». La vidéo dure 24 minutes. 24 minutes de trop, pour Daech, qui a décidé d’assassiner Naji Jerf, cinéaste syrien. C’était le 23 décembre, à la veille de son départ pour la France, où il avait obtenu l’asile politique avec sa femme, Boshra, et ses deux filles, Emsa et Yam. Il a été abattu d’une balle dans la tête à Gaziantep, en Turquie, où il avait trouvé « refuge ». Mais les tueurs de Daech n’ont aucun souci à opérer au pays d’Erdogan et savent qu’ils peuvent compter sur la bienveillance des services secrets turcs. Ciro Tappeste

« Isis in Aleppo » avait été mis en ligne mi-décembre, une semaine avant l’assassinat de Jerf. La vidéo, montrant les visages et les voix d’une ville mise à genoux par quatre années de guerre et le siège de Daech, a eu un succès retentissant. Chargée sur YouTube, la vidéo a été reprise, immédiatement, par la chaîne arabe al-Arabiya.

Jerf était membre du groupe de vidéastes « Raqqa is being slaughtered silently » [« Raqqa est assassinée en silence »]. La plupart d’entre eux, originaires de la « capitale du califat », a dû fuir la ville qui est sous la coupe de Daech et, aujourd’hui, la cible des bombardements de la coalition, qui a reçu, depuis les attentats de Paris, le renfort de la France.

Ces journalistes et artistes, honnis par le régime de Damas (Jerf avait été arrêté et torturé, en 2012, avant de s’exiler une première fois en Jordanie) sont des ennemis jurés pour Daech qui a promis d’en finir avec eux et leurs interventions sur le terrain médiatique que l’État Islamique a investi depuis un certain temps. Jerf animait, parallèlement, la revue mensuelle Al-Hentah.

Mais Jerf n’est pas le premier à tomber sous les balles des islamistes. Ahmad al-Moussa, un autre membre de « Raqqa is being slaughtered », a été tué à Idlib, localité syrienne occupée par les qaëdistes du Front al-Nosra. Fin octobre, c’étaient deux autres vidéastes du groupe, Ibrahim Abdel al-Qader et Fares Hammadi qui étaient tués, à Saliurfa, dans le sud-Est de la Turquie. Les assassinats ont été revendiqués par Daech.

« Raqqa is being slaughtered » est en deuil. A en faire partie, aujourd’hui, ils ne sont plus que trente,. La plupart se cachent en Syrie, sous une fausse identité, et continuent à filmer et à produire sous pseudonyme. L’étau, néanmoins, se resserre autour d’eux, à la fois de la part du régime de Bachar al-Assad, mais également, bien entendu de Daech et, maintenant, des bombardements alliés, même si nombre d’entre eux sont proches de la Coalition Nationale, interlocuteur « modéré » des impérialistes.

Côté turc, le message des services de sécurité est on ne peut plus clair : personne n’est à l’abri, dans la Turquie d’Erdogan, les Kurdes, les militants de gauche pas plus que les vidéastes et les journalistes. Can Dündar et Erdem Gül, journalistes du quotidien turc Cumhuriyet, en savent quelque chose. Arrêtés fin novembre, accusés de terrorisme, d’espionnage et de révélation de secrets d’État, tous deux risquent la peine de mort.




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