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Politique

Nuit de révolte à Nantes

Nantes : Aboubakar, 22 ans, abattu à bout portant par la police

Dans la nuit de mardi à mercredi 4 juillet, Aboubakar, 22 ans a été abattu d’une balle dans la carotide par un CRS lors d’un contrôle de police dans le quartier de Breil, à Nantes. Après la mort d’un nouveau jeune des quartiers, tué par la police, une vague de colère a embrasé cette nuit trois quartiers populaires de Nantes et a donné lieu à une forte répression policière.

Photo : Franck Dubray/Ouest-France

Il est 20h30 à Breil, quartier populaire de Nantes, quand Aboubakar, 22 ans est interpellé, selon la police, pour plusieurs infractions en voiture. C’est une patrouille de CRS qui procède au contrôle. La version policière explique que le jeune homme aurait alors décidé de fuir en reculant et en percutant un agent. C’est alors qu’un autre CRS aurait sorti son arme et tiré pour « immobiliser » le véhicule. La balle atteint Aboubakar au niveau de la carotide. Il décède à l’hôpital, vers 23 heures.

Nouveau tué par la police : maintenant des tirs à bout portant

Des témoignages, recueillis par le Monde rendent compte d’une tout autre version.

« Il a essayé de faire une marche arrière, la voiture s’est explosée contre le mur. Il était déjà immobile, il ne pouvait rien faire d’autre. Le policier est arrivé, il lui a tiré dessus à bout portant, il lui a mis une balle sur le cou, directement. »

Ce témoin explique qu’il a été le seul à tenter de réanimer le jeune homme et qu’« il n’y avait aucun CRS blessé »

Dans un autre article de Ouest-France, les habitants du quartier se confient sur les circonstances de la mort d’Aboubakar. D’après Chris, qui se présente comme « grand frère du quartier », des habitants de la barre d’immeubles qui longe la rue où Aboubakar est mort, auraient vu le jeune homme se fait tirer dessus. « Le contrôle durait depuis plusieurs minutes. À un moment, il a reculé avec sa voiture mais il n’a pas touché de policier. Il n’était pas dangereux. »

Très rapidement, les grands médias tentent par tous les moyens de trouver les « arguments » pour faire passer ce nouveau mort tué par la police pour un dangereux délinquant qui aurait pu potentiellement être armé jusqu’aux dent en invoquant le passé judiciaire réel ou supposé de la victime ou encore le fait qu’un policier ait été blessé, ce que, par ailleurs, les témoins contestent formellement. Cette fois-ci, cependant, les médias peinent à trouver des « arguments ». Ils sont à la défensive, tant il est difficile de justifier un quelconque tir à bout portant fatal.

Pas une bavure, une violence policière systémique

La mort d’Aboubakar, jeune noir habitant d’un quartier populaire, en rappelle d’autres. Celles de Zyed et Bouna, mineurs électrocutés en 2005 alors qu’ils fuyaient un contrôle de police ; de Lamine Dieng, en 2007, décédé dans un fourgon à Paris ; d’Abdoulaye Camara, décédé en décembre 2014 au Havre après avoir reçu 23 balles par deux policiers ; d’Amine Bentounsi tué d’une balle dans le dos par un policier dix ans après reconnu pénalement coupable des faits ; celle d’Adama Traoré, mort par étouffement le 19 juillet 2016 suite à un contrôle de police. Parmi tant d’autres. Ces morts racontent les violences policières qui visent spécifiquement les jeunes des quartiers populaires, le harcèlement quotidien des contrôles arbitraires, le racisme systémique de l’institution policière.

Dans le cas d’Adama Traoré, seule la bataille menée par sa famille a permis d’établir la vérité sur les circonstances de sa mort. La seconde autopsie, réalisée à la demande de la famille par un médecin légiste indépendant, a établi que le diagnostic policier était faux : Adama Traoré, n’est pas mort pour des causes cardiaques, mais bien par étouffement. Aussi faux que la mécanique médiatico-policière destinée à le dépeindre comme un délinquant, un drogué.

C’est le même scénario qui se répète dans le cas de la mort d’Aboubakar. Une version policière prétextant un « blessé » côté policier pour… justifier une balle dans la carotide ? La même mécanique implacable d’un scénario médiatique construit et destinée à justifier le tir du policier.

Des révoltes et une colère violemment réprimées

La colère s’est vite propagée dans le quartier de Breil et les quartiers avoisinant de la banlieue de Nantes, solidaires. Face à des policiers qui s’arrogent le droit de vie ou de mort, les jeunes de ces quartiers de Nantes ont répondu par des cocktails Molotov et des jets de pierre ont succédé. Après avoir tué, les forces de police répriment par des tirs de flashballs, des grenades de désencerclement, des gaz lacrymogènes.

Dès ce matin, la Maire PS de Nantes, Johanna Rolland, a appelé au « calme » tandis que le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb a, quant à lui, « condamn[é] avec la plus grande fermeté » l’expression de la colère et de l’indignation de ces habitants. Ce dernier a assuré que « tous les moyens nécessaires sont actuellement mobilisés, et le seront le temps qu’il faudra pour apaiser la situation et prévenir un nouvel incident ». Autrement dit, envoyer plus de policiers et réprimer sans ménagement.

C’est la seule réponse du gouvernement pour ceux qui s’indignent contre ceux qui tuent dans les quartiers, contre cette violence policière qui s’ajoute à la violence sociale que connaissent ces quartiers paupérisés, relégués socialement, dont les populations sont stigmatisées.




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