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Genres et Sexualités

Hypocrisie totale

Ne pas dénoncer un homme politique coupable de harcèlement sexuel ? Bruno Le Maire rétropédale

Interviewé sur France Info ce lundi matin à propos de l'ampleur que le scandale autour d'Harvey Weinstein a pris - libérant la parole autour des violences sexuelles - Bruno Le Maire a affirmé que, s'il connaissait un homme politique coupable de harcèlement sexuel, il ne le dénoncerait pas. « La dénonciation ne ferait pas partie de son identité politique »...

Crédits Photo : LP/Frédéric Dugit

Ce matin, sur le plateau de France Info, le ministre de l’Economie a été interrogé sur l’affaire de Weinstein, qui a secoué Hollywood et brisé partiellement l’omerta qui règne aujourd’hui à propos des violences sexuelles. Suite à cette énième affaire de violences sexuelles, des milliers de femmes ont - via les réseaux sociaux et notamment le hastag #BalanceTonPorc – témoigné des violences sexuelles dont elles ont été victimes. Dans ce contexte de libération de la parole, Bruno Le Maire a affirmé qu’il ne connaissait aucun homme politique coupable de harcèlement sexuel, mais que si c’était le cas, ce dernier refuserait tout de même de le dénoncer… Se démarquant dès lors fortement du mouvement de dénonciation et de libération de parole qui émerge actuellement sur les réseaux sociaux. Pourtant, c’est non seulement le sexisme qui est généralisé dans le monde politique, mais aussi des affaires de harcèlement sont monnaie courante. Il suffit de rappelerl’affaire de harcèlement sexuel du « DSK vert ». En ce sens, en connaissance de cause de ce milieu, la position de Bruno Le Maire tend à s’inscrire donc dans une logique de banalisation des violences sexuelles. A travers ces propos, c’est un parti pris pour les auteurs de violences sexuelles qui est clairement assumé. Voir mais se taire, étouffer, invisibiliser. Un silence et une impunité qui règnent aujourd’hui autour des violences sexuelles et qui sont de puissants outils permettant le maintien de ces violences. A travers la position qu’il a exprimé ce matin, Bruno Le Maire se rend directement complice des auteurs de violences sexuelles et du maintien de celles-ci. La justification qu’il donne ? La « dénonciation » ne ferait pas parti de son identité politique... Des propos qui ont scandalisé sur les réseaux sociaux.

Conscient de la polémique que cette position pourrait susciter, et de la colère qu’elle a déjà légitimement engendrée, le ministre a tenté un rétropédalage express.Ainsi, sur Twitter, il a posté une vidéo dans laquelle il s’excuse et dit s’être mal exprimé. Pourtant, son discours et sa position étaient très clair...

« Je me suis exprimé ce matin sur le problème du harcèlement sexuel subi par les femmes en France et je me suis mal exprimé. Je le regrette.J’ai réagi au mot de dénonciation, que je n’ai jamais apprécié. Mais j’aurais du réagir au problème du harcèlement lui même, que subissent trop de femmes en France. Pendant trop longtemps on a voulu mettre la poussière sous le tapis. On a considéré comme anecdotique, négligeable, des faits qui sont profondément révoltants, scandaleux... qui doivent être jugés, sanctionnés. Il est clair que si j’étais au fait de violences sexuelles à l’égard d’une femme, je serais le premier à les signaler. Parce que nous ne pouvons plus longtemps tolérer ce silence, qu’il faut libérer la parole, qu’il faut que les femmes victimes puissent s’exprimer, avec tout le soutien de la société, et notamment des responsables politiques ».

Après s’être clairement positionné contre le fait de dénoncer et de visibiliser les violences sexuelles, qui structurent nos sociétés et la vie de millions de femmes, ce dernier se lance dans un appel à briser l’omerta et le silence qui règnent autour des violences sexuelles. Une position en totale contradiction avec celle prise trois heures avant, absolument hypocrite et qui n’a dupé personne. Cette opération de com’ a en effet nullement eu les effets souhaités et ne semble pas avoir endigué la polémique. Elle n’a fait au contraire que dévoiler l’hypocrisie de la classe politique, qui prétend par ailleurs - à travers la mise en place de politiques en faveur de « l’égalité de genre », ou de l’accord de certains droits (qui sont par ailleurs constamment menacés) – oeuvrer en faveur des femmes et de leurs émancipation.

Lors de son mea culpa, Bruno Le Maire a affirmé que les responsables politiques devaient apporter un soutien aux femmes qui ont été victimes de violences sexuelles. Mais ces dernières n’ont rien à attendre de ces responsables politiques qui de par leurs comportements bien souvent réactionnaires - sexisme, agressions sexuelles et étouffement de ces affaires – mais également de par les politiques qu’ils mettent en place, n’oeuvrent absolument pas en faveur des femmes et de leur émancipation mais aggravent au contraire leurs conditions d’existence.

Bruno Le Maire, qui prétend apporter son soutien aux femmes victimes de violences sexuelles trois heures après avoir prononcé des propos scandaleux - qui reflètent par ailleurs la de classe emprunte de « solidarité masculine » qui unissent les hommes politiques et les poussent à se couvrir mutuellement entre eux et à étouffer, à l’aide notamment des institutions comme la justice et les médias, les affaires impliquant des personnalités publiques importantes – n’est en effet autre que le ministre de l’économie et des finances d’un gouvernement qui mène une véritable guerre sociale contre le monde du travail et les classes populaires : casse du droit du travail, casse des services publiques avec de nombreuses coupes budgétaires, notamment dans le domaine de la santé, qui va toucher plus durement les femmes et aggraver leurs conditions de vie et la précarisation que nombre d’entre elles subissent déjà. Une précarité qui favorise par ailleurs l’exercice de violences sexuelles. En effet, les liens entre violences sexuelles et violences économiques sont profonds. La précarité d’un emploi facilite l’exercice du harcèlement sexuel par les supérieurs, et en retour, le harcèlement sexuel des supérieurs précarise la position des travailleuses.

Ainsi, cette affaire rappelle que les femmes n’ont rien à attendre de la classe politique et de son Etat, qui légitime et garantie la situation d’oppression et de subordination de ces dernières, et que la lutte pour leur émancipation devra se faire en totale indépendance de l’Etat et de ses institutions.




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