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Politique

« Pornographie mémorielle »

Négationnisme. Soral écope de 6000 euro d’amende

On trouve de tout sur Egalité et Réconciliation, le site de Soral : des casquettes, des « livres », des mugs. Et, bien sûr, des affiches et des autocollants. Si certains de ces produits entretiennent la confusion brun-rouge, d’autres sont tout simplement antisémites. C’est le cas de l’affiche pour laquelle il a été condamné à 6000 euros d’amende, jeudi, pour contestation de crime contre l’humanité.

Crédits photo : AFP/LOIC VENANCE

« Pornographie mémorielle ». C’est le charmant nom choisi pour intituler « l’œuvre », qui se décline en deux formats : l’affiche ou l’autocollant. Dans une tentative de « justification » de cette caricature à caractère antisémite, Robert Faurrisson, y voit « une prostituée en bas résille avec, à main droite, son soutien-gorge tout juste enlevé et, à main gauche, les pièces de monnaie qu’elle vient de récolter. Sur chacun de ses seins mis à nu se trouve dessinée une étoile juive. Elle sourit de contentement. En arrière-plan, se dessine le portail d’Auschwitz-Birkenau par lequel s’engouffraient les convois de déportés. La créature, elle, danse sur les rails. Elle est heureuse. Sa manière de servir la mémoire de la souffrance juive au temps d’Adolf Hitler est parfaitement obscène et lui permet de s’enrichir. Elle ne sert qu’une ‘Mémoire’ réécrite d’une manière répugnante et à des fins sordides. Avec elle nous ne sommes plus dans la création historique ou historiographique mais dans l’invention pornographique. L’expression nouvelle de ‘pornographie mémorielle’ convient à cette innovation de la propagande et de la publicité modernes qui, on le voit chaque jour, ne s’embarrassent d’aucun scrupule ».

La réalité est plus prosaïque : « l’œuvre », mauvaise copie de pin’up, sur fond de camp de la mort, est tout simplement un appel à la haine. Il suffit d’avoir à l’esprit le rendu du procès ayant opposé Soral à son ex-compagne, le mannequin Binti Bangoura, pour comprendre le reste. Dans ce procès, plusieurs témoignages l’avaient chargé, l’accusant d’avoir tenu des propos racistes. L’un des éléments retenus avait été l’un des SMS envoyé à la jeune femme par Soral et qui, à la lumière de l’affaire « pornographie mémorielle », prend une autre dimension : « Ce soir je pense que c’est le moment de te remettre à ta place. J’ai renoncé depuis longtemps à ton cul. Tu es le genre de fille qui n’a aucun pouvoir sur moi. Je ne suis pas très branché black… Ton destin est d’être un fantasme à vieux blanc juif pervers… Ceux qui flashent sur les grandes blacks fines à grosse bouche et petit cul ! Pas génial comme avenir ! Les Blancs prennent les Blacks pour des putes, ce qu’elles sont le plus souvent. Finalement il ne te reste de sûr que les juifs et les pédés, les pédés comme amis pour t’écouter chialer que ton destin c’est d’être une pute à juifs… C’est triste effectivement ! ».

Sur l’affaire de l’affiche incriminée, qui était jugée jeudi, l’avocat de Soral a tout de même essayé de défendre la droit à la critique de son client en citant L’Industrie de l’Holocauste. Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des juifs, un essai de l’historien et politologue antisioniste américain Norman Finkelstein où ce dernier met en lumière la façon dont l’Etat d’Israël et ses relais sionistes ont pu tirer profit d’une certaine mise en récit de la Shoah, à leur avantage, et ce pour justifier la politique de Tel-Aviv contre les Palestiniens, notamment. Mais l’affiche incriminée par la justice ne relève pas du travail de critique historiographique. Soral, par ailleurs, n’en est pas à son coup d’essai. En mars dernier, déjà, il avait été condamné pour la première fois à de la prison ferme pour contestation de crime contre l’humanité, pour un dessin publié en 2016.

Après le rendu du tribunal, Soral s’est bien entendu posé en victime du système. Il n’en est rien. Soral n’est pas contre le système. C’est avant tout l’expression extrême de sa décomposition : chauvine, raciste, sexiste, homophobe et antisémite. La dernière affaire en date, « Pornographie mémorielle » le rappelle clairement.




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