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Monde

Après le CETA

Négociations à marche forcée pour un traité de libre-échange entre l’Europe et le Japon

Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, était ce mardi à Bruxelles pour discuter d’un accord de libre-échange entre l’Europe et le Japon. Les négociations s’accélèrent après les déconvenues essuyées par les représentants japonais des suites de l’élection de Donald Trump. Du coté Européen, l’urgence aussi se fait sentir à mesure que s’effritent les bases politiques des partisans du libéralisme.

Réorientation des partenariats depuis l’élection de Donald Trump.

L’élection de Donald Trump à la maison blanche a signé la fin des traités transatlantique (TAFTA) et transpacifique (TPP) et marqué le début de nouvelles tractations entre les grands Etats capitalistes et d’une reconfiguration importante de la politique commerciale mondiale. Si les dirigeants européens se sont empressés de ratifier, en dépit de toute concertation démocratique, le CETA, ce partenariat économique entre l’Europe et le Canada, le Japon quant à lui, au travers de son premier ministre Shinzo Abe, s’est hâté de rencontré Donald Trump pour renégocier un accord préférentiel et bilatéral entre les deux nations. En effet, l’investiture de Donald Trump a signé le retrait des Etats-Unis du vaste traité transpacifique reliant onze pays. Le Japon, dont les Etats-Unis constituent le deuxième partenaire commercial, s’est donc hâté d’essayer de tirer son épingle du jeu. Néanmoins, la rencontre début février entre les dirigeants nippon et américain n’a pas levé les incertitudes. De son coté l’Europe, qui envisageait relativement sereinement le « brexit » avec l’appui inconditionnel des Etats-Unis alors dirigés par l’administration Obama, se voit privée de son principal appui politique en matière de libéralisme. Alors que se reconfigure un bloc anglo-saxon américano-britannique, l’Europe active les tractations avec le Canada et maintenant le Japon pour défendre les intérêts de ses multinationales. Amorcées en 2013, les négociations avec le Japon s’accélèrent et sont la marque d’une réorientation des partenariats économiques sur fond d’une ouverture de discussions entre l’Europe et la Chine, principale adversaire commerciale des Etats-Unis.

Les intérêts du Capital comme seule boussole politique

Dans ce contexte de déstabilisation de l’Europe sur le plan commercial apparaissent sous une lumière encore plus nette les rouages d’une Europe politique qui n’est que l’aiguillon technocratique des intérêts du grand Capital. Alors que les bases politiques de l’ordo-libéralisme européen s’effritent très largement, comme en témoignent le passage et la ratification du CETA en dépit de son rejet par une large partie de l’opinion, les idéologues et dirigeants européens accélèrent la cadence. Mediapart révèle à ce titre des documents faisant état des négociations autour de la possibilité pour des acteurs privés de se pourvoir en justice contre les Etats, soit un moyen d’enraciner encore plus profondément le libéralisme dans les institutions. Les négociations se heurtent néanmoins pour le moment aux nombreuses divergences d’intérêts qui opposent le Japon et l’Europe notamment autour de la taxation des produits agricoles européens et de la concurrence des industries automobiles. Aux crises économiques prolongées correspondent des reconfigurations économique et politique qui mettent en lumière la nature des gouvernements bourgeois. Ce que cache sciemment l’extrême droite et ce que se refuse à voir la gauche radicale, c’est que ce que l’Europe fait en grand, l’Etat national le fait en petit, et que tous les appareils d’Etat sont avant tout et en définitive les outils d’un pouvoir économique privé dont les intérêts diffèrent radicalement de ceux des travailleurs. La lutte pour le contrôle de la marche de l’économie, et contre l’anti-démocratie européenne ne doit pas servir la promotion du racisme et du protectionnisme mais doit pourvoir nous permettre de porter haut nos revendications : ni libéralisme ni protectionnisme, pour une économie au services des peuples, entre les mains des travailleurs.




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