Genres et Sexualités

Dérapages néo-colonialistes et racistes

Nègres et burkini. Raciste, Madame la Ministre ? C’est peu dire...

Publié le 31 mars 2016

Yano Lesage

Laurence Rossignol, actuelle locataire du ô combien féministe ministère des Familles, de l’Enfance, des Droits des femmes aurait pu (et dû) rester dans l’ombre, inaudible et invisible, dans son ministère, dont le titre nous faisait déjà douter de ses qualités en matière de défense du droit des femmes. Aujourd’hui, avec ses déclarations sur le burkini, ses amalgames esclavagiste, on sait désormais qu’à son féminisme de pacotille s’ajoutent de véritables relents colonialistes et racistes.

La polémique autour du burkini s’invite sur la toile depuis que la chaîne de magasin britannique Marks Spencer a commencé à commercialiser un accessoire de bain, destiné à une clientèle musulmane : le burkini, un habit de bain, comprenant un pantalon, une capuche, et une tunique, fait dans une matière destinée à la baignade et séchant rapidement. Rien de très esthétique certes, mais pas si différente des anciennes tenues de bain ou des combinaisons de plongée qu’on peut trouver dans tous les Décathlon du coin. Cette tendance au « modest fashion » (mode pudique) fait des émules parmi les enseignes, notamment Uniqlo, et va jusqu’à toucher la haute-couture, dont DolceGabana.
« Irresponsables » estime la ministre qui a réagi à la polémique sur RMC, « les marques investissent ce marché parce qu’il est lucratif et se mettent en retrait de leur responsabilité sociale », ce qui n’a généralement pas de quoi choquer les membres du gouvernement (les suicides de salariés licenciés paraît outre-mesure plus grave que la mise sur le marché de maillot de bain, et pourtant....). Et elle ajoute, que ces marques font la « promotion de l’enfermement du corps des femmes », assurant qu’il n’y a pas de dissociation entre « vêtement et mode de vie ». Alors vraiment Madame la ministre, c’est à cela qu’on mesure le degré de libération d’une femme ? A l’échancrure de son maillot de bain ?
Si pour elle « l’enjeu est le contrôle social du corps des femmes », on lui répondra qu’il l’est tout autant quand il s’agit de « s’habiller court » pour correspondre aux désirs masculins. Entre la femme soumise et la femme objet, à aucune ne revient le manuel du féminisme ; la question n’est pas à la longueur du chiffon, mais bien dans celle de choisir et de disposer librement de son corps, de ce qui le couvre ou le découvre ; et de ne laisser à personne d’autres – et encore moins à la ministre de l’Enfance, de la Famille, du Ménage et des Couches Culottes – le droit d’en exiger quoique ce soit.
« Il y a des femmes qui choisissent, il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage. » Et là c’est le dérapage incontrôlé ! Non, Madame la Ministre, les femmes voilées n’ont pas besoin de vos lumières pour prendre conscience de leurs nécessaire libération ! Ni de votre colonialisme primaire qui rappelle les cérémonies des arracheurs de voile réalisé par l’Etat français en Algérie dont vous incarnez la parfaite continuité ! Pas plus que les Africains ou les Afro-américains d’ailleurs, qui n’ont jamais attendu la bénédiction de leurs oppresseurs pour contester la colonie ou les chaînes !
La liberté des femmes, c’est celle de décider quoi porter, sans injonction politique, féminine ou masculine, mais c’est surtout celle qui passe par l’accès à l’éducation, à l’indépendance économique, par l’accès au marché du travail à salaire égal, aux vacances et aux loisirs – de la plage jusqu’à la piscine. Voilà les droits fondamentaux à défendre pour toutes les femmes, voilées ou non... un vrai combat autrement plus significatif que celui de mesurer le degré de féminisme à la longueur de l’ourlet.