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Monde

Accord sur le nucléaire iranien au coeur des tensions

Netanyahu en visite à Berlin : Merkel écoute mais ne plie pas sur l’accord iranien

Le premier ministre Israélien Benjamin Netanyahu a débuté son tour en Europe, avec comme agenda de discussion deux sujets majeurs : l’Iran et l’Iran. Premier stop : Berlin avec une visite en ce lundi 4 juin au Bundestag face à la chancelière Angela Merkel qui a su accueillir le Premier ministre les bras ouverts en tant ‘’qu’invité d’honneur’’. Les prochains sur la liste ont été le Président Macron à Paris aujourd’hui et la Première Ministre Thérésa May à Londres prochainement.

Des intérêts économiques réciproques bien compris

Tout d’abord, A.Merkel a ouvert la conférence de presse en rappelant la valeur symbolique de la rencontre entre les deux leaders qui se tient cette année, l’année du 70ème anniversaire de la création de l’État d’Israël, en affirmant qu’après le terrible crime contre l’humanité qu’a été la Shoah, l’Allemagne se positionne auprès des Israéliens en tant qu’allié : amitié qu‘elle considère comme véritable cadeau de l’histoire. Elle poursuit par rappeler qu’Israël a une croissance économique très signifiante, en plus d’avoir une multitude d’entreprises ‘’high-tech’’ sur son territoire renforçant d’autant plus leurs liens.

B.Netanyahu lui, parle également d’une relation unique et forte et se réjouit du dévouement personnel d’Angela Merkel et de l’État allemand depuis des décennies, à la protection de l’intégrité et la sécurité d’Israël, et à leur ‘’fermeté contre l’anti-sémitisme’’. Il ajoute que leur relation est complètement naturelle au vue du faite que l’Allemagne est une des plus grosses puissances économiques mondiales, et que son pays fait partie des plus gros leaders mondiaux en termes d’innovations, et que la combinaison des deux facteurs industries et technologies est un facteur extrêmement bénéfique. Après avoir fait le constat de ces intérêts économiques partagés, et avec une bonne dose de brosse à reluire, les deux puissances annoncent qu’à leur prochaine rencontre prévue le 4 octobre, en Israël cette fois-ci, une délégation ‘’Business’’ sera présente afin d’entretenir et approfondir ces relations économiques.

L’obsession iranienne de Netanyahou

Israël reste clairement alignée derrière la décision de Donald Trump qui depuis son investiture ne veut plus de l’accord sur le nucléaire Iranien signé en 2015 par l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l’Allemagne. Cet accord, dont viennent de se retirer les Etats-Unis, se maintient donc pour l’instant du côté des puissances, européennes notamment. C’est tout l’objet de la visite de Netanyahou en Europe : parvenir à les convaincre de se ranger derrière les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, au prix d’un reniement du marché iranien très attractif pour les entreprises européennes.

En reprenant des conceptions proches de celles développer par Washington et G.W.Bush en 2003 avant l’envahissement de l’Irak, Netanyahou dit craindre le « danger d’États islamiques bâtis sur l’agressivité et réclamant des armes nucléaires pour exprimer leur désirs de génocide ». S’appuyant sur les déclarations de Khomeini - « Israël est un cancer qui doit être éradiqué de la terre » - Netanyahou cherche à convaincre qu’Israël, première puissance militaire régionale, allié des Etats-Unis, et Etat colonisateur des territoires palestiniens est ici non pas le bourreau, mais la puissance victime et en danger. Sa crainte évidente est de voir l’Iran sortir de son isolement économique et diplomatique et gagner en influence en particulier en Syrie, au Liban, par le biais des troupes du Hezbollah. C’est le jeu de puissance dans la région et l’avancée des forces iraniennes qui vient aujourd’hui redistribuer les positions sur l’accord nucléaire et explique le revirement américain.

Angela Merkel, diplomate, s’est dite sur la même ligne que le premier ministre israélien, partager ses craintes vis à vis du Moyen-Orient et de la situation en Syrie. En exprimant toutefois une divergence concernant les moyens de cette politique, en refusant en somme de se positionner en faveur d’un retrait de l’accord sur le nucléaire. Une démarche qui va de pair avec celle entamées par l’Union Européenne auprès des Etats-Unis pour plaider contre l’instauration de sanctions économiques vis à vis des entreprises présentes en Iran.

« Aucun pays pacifiste ne peut soutenir l’agressivité et les menaces de destruction d’autres nations » Netanyahu

C’est en ces termes que Benjamin Netanyahou à tenter de convaincre Berlin de sortir du statu quo. Un phrasé qui aurait du sens s’il n’était prononcé par le représentant d’un Etat criminel et colonial ; qui chaque jour, fait de nouvelles victimes côté palestinien.

En effet, le sujet de la Palestine a peu, voir n’a pas du tout été évoqué. Et si la question a été soulevée par un journaliste concernant l’agrandissement illégal du territoire Israélien et l’utilisation d’armes en violation au droit international, Netanyahu a affirmé que la raison du conflit demeure dans le fait que les Palestiniens refusent de reconnaître l’État d’Israël et toute négociation allant dans ce sens.

Merkel a quant à elle évoqué le cas des enfants et des civils tués à Gaza, mais pour mieux dénoncer ceux qui s’appuient sur ces crimes pour attaquer et dénoncer Israël. Durant les dernières semaines, un nombre considérable de victimes palestiniennes désarmés et tués ou blessés ont été recensés. L’assassinat de Razzan Najjar, une bénévole médicale, tuée à seulement l’age de 22 ans à Gaza Vendredi dernier n’est qu’un des multiples derniers exemples de la brutalité du régime de Netanyahu. Le silence, le soutien et la complicité avec ce régime de la part de la plupart de l’Occident devrait être entièrement dénoncée, condamnée par le monde entier.

C’est ce qu’a laissé entendre la mobilisation qui s’est tenue devant le lieu de la visite des deux chefs d’Etat lundi à Berlin. Un rassemblement important en dépit de la forte présence policière, sur place.

En effet une quarantaine de militants pro-palestiniens ont crié à l’injustice et ont condamné la complicité des États Occidentaux avec le bain de sang en Palestine. Et notamment la complicité de l’État allemand qui depuis des décennies a fourni l’État Israélien en armes, dont minimum 5 sous-marins à capacités nucléaires, (notamment le Rahav, un des plus gros sous-marins nucléaires depuis la Seconde Guerre Mondiale), en plus de largesses financières et des prises en charges militaires israéliennes par l’État allemand à des hauteurs de plusieurs milliards d’euros.

Des militants Israéliens juifs contre l’accueil de Netanyahu

Parmi eux, étaient présents des militants de nationalité israëlienne opposés à l’Etat d’apartheid. Dror Dayan, réalisateur du film ’Even though my land is burning’’, né à Jérusalem et vivant à Berlin depuis plus de dix ans, faisait parti des manifestants. Lui même refuse de rentrer sur sa terre natale pour des raisons politiques. « Dire qu’être anti-sioniste c’est être anti-sémite, est la chose la plus anti-sémite qu’on puisse dire justement », affirme deux militants BDS (boycott, désinvestissement et sanctions pour Israël) « c’est juste insultant » poursuivent-ils. En effet associer le fait de condamner la politique sionniste d’extrême-droite d’Israel avec l’antisémitisme est quelque chose d’assez fréquent en Allemagne au vue de l’histoire de la Seconde guerre mondiale. Malgré cela, les mobilisations contre la venue de Netanyahou montrent qu’il devient possible en Allemagne de critiquer la politique d’un Etat, celui d’Israël. Un Etat qui non seulement, tue et opprime le peuple palestinien, mais exploite toujours plus les travailleurs et les couches populaires israéliennes en les asphyxiant d’un racisme qui les aveugle vis à vis de leur réels exploiteurs.




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