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Politique

Joyeux Noël

Ni prime Macron, ni augmentation du point d’indice pour les fonctionnaires

Alors que le gouvernement a enjoint les entreprises privées à faire bénéficier leurs salariés d’une prime, il refuse l’application de cette mesure à l’ensemble de la fonction publique en estimant que cela reviendrait trop cher. Difficile à assumer quand les flics viennent d’être augmentés il y a tout juste deux jours.

Ce vendredi 21 décembre, les syndicats de la fonction publique étaient reçus par Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat de l’Action et des comptes publics, pour contester l’absence de prime exceptionnelle de fin d’année pour les travailleurs de la fonction publique (fonctionnaires d’Etat, territoriaux, et hospitaliers).

Malgré les rumeurs qui ont pu tourner sur les réseaux sociaux, pour essayer encore une fois de diviser les travailleurs du privé et du public, les fonctionnaires n’auront pas de pirme ou une quelconque augmentation de salaire. Aux côtés des travailleurs du privé (dont les patrons auront choisi de la verser), seuls les travailleurs des entreprises publiques d’EDF, la SNCF, et la RATP obtiendront cette prime exceptionnelle de 1 000 euros pour tout salarié gagnant moins de 3 600 euros net par mois. Alors que les syndicats ont été reçus ce vendredi par Olivier Dussopt, celui-ci n’a pas infirmé sa position initiale et a rappelé que l’Etat n’avait pas l’argent pour offrir cette prime à l’ensemble de la fonction publique. Le second argument avancé par le secrétaire d’Etat est la libre administration des collectivités territoriales. Autrement dit, chaque collectivité territoriale devrait pouvoir payer comme bon lui semble, de préférence le moins possible, ses fonctionnaires.

En parallèle, les compères Dussopt et Darmanin ont refusé la revalorisation du point d’indice, empêchant de la sorte la possibilité d’augmenter les salaires de la fonction publique, pourtant gelés depuis plusieurs années.

Ce refus est d’autant plus scandaleux qu’il intervient deux jours après les 400 millions d’euros offerts aux policiers, "fatigués" par la répression qu’ils ont dû mettre en œuvre pour contrer la colère exprimée par les gilets jaunes depuis maintenant six semaines, en blessant, en mutilant les manifestants. Pourtant, en ce qui concerne les hospitaliers, qui font face à une situation alarmante depuis des années comme le rappelle notamment la mort d’une patiente oubliée au service des urgences, la fatigue n’est pas un juste motif pour toucher une prime de fin d’année. Egalement, du côté des enseignants, la dégradation des conditions de travail avec les coupes budgétaires systématiques ainsi que l’augmentation du nombre d’élèves par classe n’ont pas attendri le gouvernement qui refuse une nouvelle fois de s’attarder sur les conditions de vie de ces travailleurs.

Aussi, selon le gouvernement, les 5,1 milliards d’euros de dépense qu’engendreraient cette prime exceptionnelle seraient trop importants par rapport à l’avantage individuel obtenu : pour un travailleur au SMIC, les huit euros gagnés pour un mois de salaire semblent dérisoire pour Dussopt. Un argument méprisant qui témoigne une nouvelle fois de la déconnexion entre les élus et le reste de la population. Comme l’avait déjà démontrée la polémique autour de la baisse des APL à hauteur de cinq euros par mois, ceux d’en haut ne se rendent toujours pas compte que quelques euros représentent pour un certain nombre de foyers l’équivalent de deux voire trois repas. Et si Dussopt trouve l’augmentation dérisoire, il a les clefs en main pour la rendre conséquente !

Ce deux poids deux mesures n’est pas étonnant de la part du gouvernement : alors que l’exécutif est fortement fragilisé par le mouvement des gilets jaunes, la main armée de l’Etat, sa police est tout ce qu’il lui reste pour se racheter une légitimité. Choyer les policiers avec une prime exceptionnelle est donc la solution la plus immédiate pour Macron. Cependant, les brèches ouvertes par les gilets jaunes pourraient donner à l’ensemble des travailleurs, y compris ceux de la fonction publique, la possibilité de se faire entendre dans la rue et de gagner sur les revendications qu’ils avancent depuis des années, notamment en termes de salaire et de conditions de travail.

Crédit photo : SIPA




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