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Politique

Bataille du rail

Non, Elisabeth Borne, la SNCF ne restera pas une « société publique » après vos réformes

Ce mercredi, Elisabeth Borne, ministre des transports, est montée au créneau devant le Sénat. Selon elle, la SNCF « restera une société publique », parlant même d'un « engagement fort de l'Etat ». Une intox qui a un objectif double : isoler les cheminots de tout soutien dans la bataille du rail et contenter parlementaires et sénateurs, qui grincent des dents avec le passage systématique des réformes via des ordonnances.

Crédits photo : AFP / Ludovic Marin

Visiblement, le gouvernement a pris très au sérieux « l’avertissement » du 22 mars. Non seulement, la mobilisation a été massive, avec près d’un demi-million de personnes dans les rues, mais la mise en mouvement des cheminots comme secteur moteur d’une contestation d’ampleur est apparue comme un scénario possible. Dans ce cadre, les discussions au sein même des cheminots, laissent poindre l’espoir d’un départ en grève reconductible, ainsi que la mise en branle d’autres secteurs (comme la santé ou la jeunesse) dans une aspiration forte à la convergence apparaît clairement comme un danger pour le gouvernement

Dans la lignée du « cheminot bashing » en œuvre depuis la sortie du rapport Spinetta à la mi-février, Elisabeth Borne, ministre des transports, est ainsi montée au créneau ce mercredi au Sénat. Revenant d’abord à la charge sur la question de la suppression de lignes, Borne a ainsi ré-affirmé qu’ « il n’est pas question de supprimer les lignes de maillage ou d’intérêt local ». Outre le fait que cette caractérisation floue ne permet pas d’affirmer que l’ensemble des lignes resteront en service, il est toujours bon de rappeler deux points centraux. D’une part, ce seront désormais aux régions sans ressources financières supplémentaires d’assurer la maintenance des lignes, ce qui revient stricto-censu à des fermetures différées. D’autre part, par le biais des réformes antérieures et la réorganisation du trafic, certaines lignes autrefois très fréquentées n’affichent plus un service public de qualité adapté aux besoins des populations. Une méthode scientifiquement pensée pour détruire « l’intérêt local », pour reprendre les mots de Borne, de nombreuses lignes.

Mais la ministre des transports est allée encore plus loin, en affirmant que « la concurrence n’est qu’un des aspects du texte du gouvernement ». Alors que le gouvernement entend entreprendre une libéralisation totale du rail, fournissant ainsi un nouveau marché de plusieurs milliards à différents géants du transport ferroviaire, la ficelle est un peu grosse. Surtout lorsqu’on sait que, dès début mars, les futurs « concurrents » de la SNCF ont commencé à se positionner pour se partager le gâteau ! Quoiqu’en dise Borne, la libéralisation du service ferroviaire est bel et bien en ligne de mire. Ici, l’objectif affiché est en effet de stigmatiser, par le mensonge, le mouvement des cheminots comme un mouvement corporatiste, et ainsi couper tout lien de solidarité possible entre la jeunesse, les usagers et l’ensemble des travailleurs.

Mais Elisabeth Borne ne s’est pas contentée de recracher peu ou prou le discours fallacieux du gouvernement et de ses soutiens servit à longueur de journée dans les médias. La ministre des transports est aussi venue pour rassurer le « monde politique » sur les questions « démocratiques ». En effet, le gouvernement voit bien que la méthode bulldozer est à double tranchant, surtout au vue de la colère sociale qui s’est exprimée le 22 mars dernier. Ainsi, la ministre a affirmé que la proposition de loi sénatoriale « est proche sur certains points du texte que le gouvernement prépare » tout en affirmant qu’ « alors que les discussions avec les organisations syndicales et patronales ne sont pas terminées, le gouvernement ne pourra pas se prononcer sur l’ensemble des dispositions de cette proposition de loi ». Une déclaration subtile qui renoue avec une forme de « dialogue social » voulue par des franges des classes dominantes, qui voit dans la méthode du bulldozer propulsée par ordonnances un risque accrue de rupture et de bataille sociale forte. Alors que la bataille du rail aura lieu, Borne entend donc donner des gages à un des deux piliers politiques de la V° République, pour faire front et imposer in fine les réformes voulues par Macron.

A quelques jours de la première journée de grève des cheminots, il est clair que toute négociation avec ce « gouvernement des riches » est à exclure, et que les modalités de la grève doivent être discutées en assemblée générale pour imposer un rapport de force suffisant pour faire plier Macron. Aujourd’hui, les cheminots apparaissent clairement comme le secteur en capacité d’entraîner largement derrière lui, comme en témoigne les multiples appels à la grève pour le 3 avril, et donc d’être le moteur de la première bataille sociale d’ampleur contre Macron et son monde.




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