Société

Témoignage

Lettre d’une pauvre sans avenir : "Non, je ne suis pas une feignasse assistée"

Publié le 30 novembre 2016

Nous relayons ci dessous la lettre que nous a envoyée une lectrice de Révolution Permanente, racontant son quotidien difficile et d’extrême précarité. Un témoignage poignant qui décrit les conséquences directes de l’exploitation et des mécanismes d’humiliations vécus par des millions de personnes.

Après mon BTS, on nous encourageait vivement de poursuivre nos études. Malheureusement, tout ce beau monde évitait judicieusement de dire que si je voulais poursuivre, c’était 5000 euros l’année juste pour l’école. Impossible pour une personne comme moi. Et oui, les études ne sont pas accessibles pour tout le monde dans ce pays.
Alors, malgré cette déception, j’ai commencé par rechercher du travail dans ma voie. Enchaînant les refus, l’ignorance des agences d’intérim en ligne, j’ai recherché ce qui n’allait pas. C’est là, à force de demandes poussives aux recruteurs, qu’ils m’ont expliqué que je n’avais pas assez d’expérience. Alors, j’investie dans une école à distance pour pouvoir avoir des conventions de stage, pouvant faire augmenter mon expérience.
Avant mon deuxième stage, je m’inscris à Pôle Emploi afin de faire valoir mes droits et mon statut de demandeur d’emploi. Quelle erreur !!!
Premier rendez-vous avec une personne empathique comprenant mon problème.
Orientée vers une seconde personne, celle-ci détruisit mon premier espoir de m’en sortir. Condescendante, culpabilisant la personne sans emploi et désagréable, quand je lui dis que je faisais des stages pour me créer ce fameux « réseau » et augmenter mon expérience, elle me réprimanda et interdit de poursuivre dans le stage en me menaçant de me RADIER des listes de Pôle emploi si je continuai. Pour elle, je n’étais qu’une voleuse de travail, malhonnête, et le comble, j’étais l’une des causes du chômage dans ce pays !
Un bras de fer acharné contre cette personne s’est engagé, elle qui faisait tout son possible pour me radier, comme m’inscrire dans un atelier le soir pour le lendemain, espérant que je ne regarde pas ma messagerie et que je n’y participe pas pour pouvoir avoir un motif de radiation. Le pire, le sujet de l’atelier, Utiliser internet, pour une infographiste qui sait coder des pages internet ( langage html5, css, php, BDD….) une honte.
Ceci s’est achevé sur un rendez-vous avec une psychologue du travail pour l’épauler sur cette radiation, mais ce fut le contraire. Celle-ci comprit ma volonté de trouver du travail et m’orienta vers mon premier dispositif d’aide à l’insertion professionnelle puisque j’étais encore « jeune » pour elle. (24 ans)
Un nouvel affrontement débuta à l’accueil de Pôle emploi pour réclamer cet accompagnement jeune, car pour eux je ne nécessitai pas de cela car mon BTS était un barrage (et oui, il ne fallait pas avoir de diplôme). Mais après avoir expliqué que si je n’avais pas ce dispositif, je voulais avoir une autre conseillère car elle faisait tout pour me radier et que l’entente n’y était pas, j’ai reçu un avis positif. Quelle surprise quand j’ai débuté cette action !!
N’arrivant pas à croire mon infortune, ma mère m’accompagna à mon premier rendez-vous dans ce dispositif, pour être témoin de l’aide que pôle emploi aurait dû m’apporter puisque les stages étaient désormais proscrits. Que de belles promesses débitées et jamais réalisées !
Promesses : je vous mettrais en relation avec des entreprises, nous irons voir ensemble des agences, je vous donnerais toutes les clefs pour communiquer avec celles-ci, nous avancerons ensemble pour trouver un travail sans faire de stage, car elle a raison, il ne faut absolument pas faire de stage.
Résultats, euhh contact avec une femme qui n’était que sous employée d’une imprimerie et cela faisait très peu de temps qu’elle y travaillait. Dépourvue de relation, aide inutile à part pour dire « bon courage, hein ! » oui merci c’est gentil …. Par la suite, pseudo explication pour savoir comment s’adresser aux entreprises, qui aboutit sur des rejets virulents.
Et …. Et c’est tout, abandon de ma personne, cas désespéré, suppression d’un rendez vous par la conseillère le jour même, discussion de la pluie et du beau temps, de toute façon, elle ne trouvera jamais. Six mois d’inutilité, emploi trop dur à trouver (c’est sûr que ce n’est pas pour un travail de magasinière ou de caissière...)
Le pire, l’appel téléphonique :
« - Votre avis sur le dispositif ?
- Dispositif qui ne m’a strictement rien apporté, j’ai stagné voire un peu régressé...
- Vous n’êtes pas gentille.
- Je ne suis pas là pour être gentille mais pour trouver un travail !
- Bon, bonne journée. »
Ni plus, ni moins que des fonds européens gâchés. Donner un travail à une personne incompétente qui ne t’aidera pas si la recherche devient trop dure, mais t’interdira ta solution en te menaçant de radiation...
Déçue par ce dispositif et par mon périple désastreux, je me suis tournée vers une association aidant les “jeunes” comme moi, la mission locale. À partir de là, j’ai décidé de me réorienter dans ma voie professionnelle, on m’a dirigé vers mon second dispositif, IEJ (initiative pour l’emploi des jeunes).
Une nouvelle problématique se dessina devant moi. Quoi faire ?? Puisque ce pour quoi j’étais faite, m’était désormais inaccessible, où aller ? Renier mes aptitudes et envisager quelque chose d’inconnu, où je n’ai pas vraiment d’affinité... À force de réflexion et études des perspectives d’emploi, nous avons trouvé une issue possible : technicien de bureau d’étude. Un travail, où la relation entre la communication visuelle dans une agence, et la réalisation de schémas de bâtiments 2D et 3D dans un bureau d’étude ne parait pas évidente. Mais bon il faut avancer, tout en entendant ce discours « Il faut faire un travail qui te plaît ! »... Et c’est là toute la problématique de la chose, le travail qui me plaît, c’est celui d’une agence de communication, et oui le truc que l’on m’a définitivement empêché de faire. Non pas à cause de mon incapacité à réaliser des projets (non car j’étais plus compétente que les personnes en place, lors de mes stages), mais à cause de mon manque de piston et d’hypocrisie.

M’investissant dans cette voie, nous débutions les démarches pour voir ce métier dans son environnement, donc une recherche de stage. Et là, une mascarade grotesque... Dans un premier temps, la recherche d’entreprises par mes propres moyens, échec. (« Nous n’avons pas le temps à ça. Chaperonner une stagiaire en observation ») Puis vint le parrainage d’un ancien aillant travaillé dans le BTP, échec (ah oui c’est sûr que les entreprises ne pouvaient pas l’envoyer balader comme moi, alors des promesses en l’air qui n’aboutirent jamais). Une personne très gentille, et s’investissant pour m’aider, mais deux personnes, deux discours. Pour lui, « oui, on veut bien, quand elle veut », pour moi, « ouais un jour, mais là pas le temps ». Enfin, je suis aussi allée me renseigner sur les formations nécessaires pour ce travail à l’AFPA et là ce fut mitigé avec « on veut bien t’aider mais il faut être sûr que c’est ce que tu veux faire. » Ben non je ne suis pas sûre, justement.

Et ces six mois finirent sur « nous avons trouvé une alternative à ta voie professionnelle mais nous ne savons pas si cela te convient, car on n’a pas trouvé de stage, à voir, on vous inscrit à un autre dispositif, POI (parcours orientation insertion) pour pouvoir trouver celui-ci. »
Entre temps, ma conseillère Pôle emploi mécontente que je ne lui demande plus rien, m’inscrivit à une prestation “Construire son parcours professionnel”. Et oui, il faut bien prouver à ses supérieurs qu’on se préoccupe toujours du sans emploi désespéré... Ainsi, j’ai eu un condensé de l’IEJ en 5 heures. Test d’orientation avec la typologie de Holland (pas le président...), tests psychotechniques (où cela révéla un énorme engouement pour ces tests de réflexion) et en prime, pour la fin, « il faut travailler, j’ai un emploi de blanchisseuse pour vous, vous pouvez refuser, je ne vous l’impose pas. Vous ne voulez pas ? En fait, vous ne voulez pas travailler, c’est ça ? » Incroyable, sachant qu’elle savait que j’allais faire un autre dispositif dans très peu de temps, je devais y renoncer pour travailler en tant que blanchisseuse … De même, qu’elle aussi me prêchait le « il faut faire le travail qui te plaît ». Blanchisseuse, c’est loin d’être le travail de ma vie et j’ai une chance de m’en sortir avec le POI, je n’allais pas m’en priver, pour une pauvre femme stupide.
En attendant, j’ai eu des rendez-vous avec une conseillère de la mission locale, pour voir comment j’allais et ce que je faisais. Et un jour elle me dit, « J’ai une proposition d’emploi dans une médiathèque dans la section multimédia. » je me suis dit « c’est super, ça va dans mes affinités même si ce n’est pas vraiment le travail qui me plaît. » Et puis, il y a eu le « Ah ben non, c’est un contrat aidé, tu as trop de diplômes, ce n’est pas pour toi. » Oui bien sur, je mérite la blanchisserie mais pas la médiathèque. À ce moment-là, je me suis dit, pourquoi j’ai fait des études, est ce que c’est possible de ne pas dire que je suis un BTS ? Dire que je n’ai rien, et prétendre à un travail plus enclin avec mes aptitudes ? Non, j’ai dû y renoncer, encore...

Le POI débuta m’apportant un espoir de pouvoir enfin faire un stage dans cette voie, voir enfin si cela me plaisait. Après des tonnes et des tonnes d’appels téléphoniques, rencontres et de sollicitations d’agences de formations, j’ai réussi enfin à avoir deux stages d’observation dans le métier de dessinateur projeteur. Après quelques minutes d’explications, je maîtrisais les bases du logiciel Autocad, puis travail sur Scketchup et, ainsi, en 3 jours : réalisation d’un plan de bâtiment 2D et 3D sans assistance. Second stage, tout aussi prolifique, réalisations d’insertions de vue 3D dans la réalité, de bâtiments 3D et deux voitures de différentes dimensions pour une meilleure vision de l’échelle. À travers ces stages, il s’est avéré que j’avais de bonnes dispositions dans ce métier, mais la réalité fut tout autre. Pas de débouché dans ce secteur, j’ai pris contact avec des anciens élèves de la formation disant « Ma promotion et celle d’avant n’avons pas de travail. Nous sommes toujours au chômage. » et les professionnels du secteur affirmant la même chose. Pourquoi gâcher de l’argent dans une formation s’il n’y a pas de travail à la fin ? Ah oui, entretenir les centres de formations, c’est ça... Ne voulant pas revivre la galère de trouver un travail inaccessible, je me résolu à m’orienter vers la voie de concepteur, développeur d’application. Même si je n’ai pas vraiment d’affinité pour le codage, je connais le secteur, je ne pars pas de zéro et là, il y a de la perspective d’emploi, ce n’est pas un mensonge.

Deux mois plus tard, une énième association d’aide à l’insertion professionnelle, le GEIQ BTP 31 me convoqua pour me parler d’un éventuel recruteur en contrat pro, pour un travail de technicien de bureau d’étude dans l’électricité. Le résultat ? La personne qui m’a reçue, n’a pas vu en moi toute l’admiration voire même la vénération qui est dû au dieu recruteur qui me fait l’honneur de bien vouloir former une pauvre illettré comme moi. Je ne me suis pas roulée par terre disant que c’était le job de ma vie, j’ai dit juste que j’avais toutes les capacités et les compétences pour faire ce travail. Ce n’était pas suffisant, eux veulent une femme (oui car ils voulaient une femme pour ce travail) soumise, pas grave si elle ne comprend rien aux logiciels et aux plans, tant qu’elle sert le café... Alors je suis partie avec un « désolé, on ne peut pas te présenter à l’employeur, tu comprends j’espère, essaie de montrer plus de désir pour un travail si tu veux y arriver. » Oui les compétences ne comptent pas, ton niveau d’hypocrisie et de soumission est le plus important.
Pour finir, (ouf enfin) la formation de concepteur développeur d’application chez l’adrar ! Ayant passé les tests d’entrée en juillet pour la formation du 3 novembre, je reçu mon refus quand ? Et ben le 27 octobre, donc une semaine avant le début... Après trois relances au centre de formation pour savoir si j’étais acceptée, j’avais reçu « On ne sait pas », alors ma conseillère me dit que c’était parce que j’avais une très grande chance d’être acceptée, et puis, le refus sans explication (alors qu’ils prônaient la bienveillance et l’aide aux personnes, centre de formation à fuir s’il y a d’autres choix qui s’offrent à vous). À partir de là on me dit « c’est peut-être à cause de la région qui a refusé car j’ai (de nouveau) trop de diplômes pour prétendre à la formation, des personnes plus prioritaires sont passées devant toi. » Donc 3 ans de galère ne sont pas suffisants pour prétendre à ce qui m’est dû, le droit à la formation !

Donc, pour moi, les études sont inutiles, si vous venez de la même classe sociale que moi. On vous considéra comme illettré, analphabète, parce que pauvre. On vous demandera de renier votre niveau d’étude et on vous offrira un travail adapté à vos revenus, et donc, à votre soi disant capacité de réflexion. Pour moi, blanchisseuse. Une chance s’offre à vous si vous voulez évoluer, pas grâce à vos compétences mais par votre capacité d’hypocrisie, du renie de soi.
On nous martèle chaque jour, de faire le métier qui nous plaît, mais les seules propositions que l’on a, se sont celles des emplois précaires. L’une des seules échappatoires possibles pour t’en sortir quand tu es pauvre c’est l’exhibition dans des vidéos en ligne. Et si ton désir n’est pas d’être célèbre, ben tu as raté ta vie. L’alternative à une vie professionnelle “classique”, c’est de devenir un clown médiatique.
Le talent se noie dans un miasme putride laissant émerger que les personnes aux portefeuilles bien garnis. Et quand j’entends « Tout est possible, quand on veut, on peut. Moi, je l’ai fait tout seul. » j’ai envie de rire. Au fil de la conversion, on apprend : mes parents m’ont payé ceci ou offert cela, je vis dans l’appartement de mon oncle … Finalement, ces personnes ont juste fourni l’ambition d’entreprendre et non le financement total. Et quand toi, extrêmement pauvre et sans réseau familial, on te dit « tu fais rien, tu es assistée » ça me révulse, tout ce que j’ai pu faire, c’est avec mon argent et mes propres moyens. J’ai payé mon permis de conduire et ma voiture, à titre d’exemple.
Je n’ai pas eu la chance de naître sous une bonne étoile et je le paie. Ne te plaint pas, il y a pire que toi. Y-a-t-il un baromètre de la misère dans ce monde ? Demandant aux “extras pauvres” comme moi de me taire et d’assumer (à quel joli mot) ma situation car je le mérite ou je l’ai voulu. L’échelle se constitue comment ? Le pauvre ne doit rien dire car l’“extra pauvre” vit quand-même, malgré sa condition. L’“extra pauvre” lui doit se taire car le SDF ne se révolte pas et poursuit sa vie. Le SDF ne doit pas se plaindre car le migrant a subit et subit plus de misères que lui. Le migrant doit assumer son statut car des personnes, encore à notre époque et dans notre pays, sont des esclaves sexuels. Ces esclaves sexuels ne doivent rien dire car des mères françaises tuent leurs bébés au bout de quelques mois de vie, au moins eux, sont en vie. Stop, et si on visait au-dessus de nous ? Je trouve ça aberrant d’entendre « Tais-toi, il y a pire que toi », moi je veux crier à l’injustice de voir que j’ai aucune chance, aucune perspective d’avenir, que l’on me refuse tout sauf la place qui m’est due, celle de la pauvre.
J’ai aussi eu, marie toi, pourquoi tu n’as pas de copain ? Mais oui, je les comprends, si tu es une femme et que tu n’arrives à rien dans cette société, et ben, devient une prostituée, c’est ça ton alternative. Je les comprends et je ne leur en veux pas, c’est ancré dans notre culture (tu as raté ta vie si tu n’as pas fondé une famille et pondu des enfants, que tu les aimes ou non, pas d’importance). J’avoue, c’est de ma faute, je trouve ça inconcevable d’arpenter les rues, les bars ou d’autres lieux de rencontres à la recherche du mâle en rut qui voudra bien assurer ma subsistance pendant quelques années avant d’aller gentiment porter assistance à une autre femme en détresse ayant la moitié de mon âge (ah comment je peux ne pas vouloir d’un homme avec un aussi grand cœur !) Je ne suis pas une prostituée mais je ne reproche pas cela aux autres femmes car j’entends leur envie de s’en sortir par n’importe quel moyen. C’est un moyen comme un autre toléré voire même approuvé par la société actuelle. Je vous avouerai que pour moi, ce choix est limité, je n’ai pas été gâtée par la nature en étant petite, grosse et moche.
Puis, on ne voit personne se plaindre de leur condition de pauvreté, juste des gens gras et riches parler de statistiques de pauvreté sans avoir de témoignage. Alors on se croit seul, mais non, je ne suis pas seule dans cette situation et il faut que cette population commence à vraiment s’exprimer par elle-même ! Parce que les gouvernements peuvent encore nous ignorer dans leurs tours d’ivoire mais jour après jour, nos rangs grossissent. Vous vous plaignez des agressions, de l’ambiance pesante ? Vous l’entretenez en écrasant les personnes autour de vous pour avoir toujours plus et toujours mieux que l’autre, quitte à mettre des milliers et même des millions de personnes dans l’extrême précarité.
Nous ne désirons pas être comme vous, avoir l’ambition de gagner des millions, avoir trois maisons avec piscines intérieures et extérieures, six voitures, être noyé dans le luxe et la luxure. Nous nous voulons vivre correctement, avoir assez d’argent pour avoir une maison (sans qu’elle soit trop grande), manger à notre faim, pouvoir entreprendre des petits hobbies sans aller à la décadence, juste être heureux (car être heureux ne veut pas dire être milliardaire...). Nous voulons juste avoir assez d’argent pour pouvoir vivre correctement sans se tuer à la tâche (une tâche que l’on fera par défaut puisque apparemment on a que ce qu’on mérite, donc le pauvre doit avoir un métier précaire). Et si nous refusons l’asservissement, nous pouvons toujours rêver d’évoluer, de vivre.
De même, nous observons une infantilisation du chômeur. Si tu ne trouves pas de travail, c’est de ta faute, assisté de gamin qui n’a pas su grandir, amputé d’ambition qui n’a pas su s’élever, se développer pour acquérir toutes les ressources pour avoir un travail. Vu que les personnes qui jugent, ont eux, un emploi, alors pourquoi n’en ont-ils pas ? Combien de personne avez-vous écrasé, humilié, poussé à l’abandon pour vous emparer de votre travail ? Une jungle d’inconscience, fustigeant le pauvre pour sa maladresse et son non désir de marcher sur les autres. Regardez le film “Moi, Daniel Blake” de Ken Loach, pour voir comment on crache sur les gens. Même si, l’une de ces barrières n’est pas internet, le mépris, je le ressens, de ces femmes et de ces hommes de Pôle emploi, pressés par la misère qui frappe chaque jour devant eux et pour seule réponse, une sensation de rejet et de dégoût, de s’en prendre à plus faible que soi au lieu de crier leurs amertumes aux instances supérieures qui ignorent totalement cette détresse. Où l’on se préoccupe légèrement de ce déclin devant une machine à café :
« -Il faudrait peut-être faire quelques choses ?
- Ouais, c’est vrai, un jours peut-être mais c’est pas si grave de toute façon, il y a plus malheureux, de quoi ils se plaignent ! »
Puis, ils repartent dans leurs belles voitures, vers leurs belles maisons, avec leurs beaux jardins entretenus par un de ces pauvres qu’ils méprisent tant...
C’est vrai, de quoi je me plains, j’ai un toit sur la tête, je vis chez ma mère et condamnée à y rester. Même si pour la majorité, des personnes refuseraient de vivre chez moi, même pour un week end “spécial pauvre”. Mon bureau c’est une accumulation de trois palettes, ma table c’est une planche de bois sur des tréteaux, ma chambre s’est 10° le soir (oui vive le réchauffement climatique avant c’était arrivé à 5°) et j’en passe. Inconcevable pour vous, et moi, je vis avec !
Quand on liste cela, on dirait les symptômes d’une maladie, une maladie grave, immonde et persistante dépourvue de tous remèdes. Une maladie que l’on porte au plus profond de soi et que l’on voit ! Et que l’on rejette pour éviter toute contamination. On y met des barrières, des murs, des sas vitrés ou même, pour plus d’efficacité, on impose les démarches par téléphone ou internet. Pour les contacts, on le fait par groupe, tous ces pauvres agglutinés dans un coin de la pièce et les personnes saines dans l’autre. On les bourre de faux espoirs de guérison et aussi, on leur donne des placebos avec tous les emplois précaires qui permettent d’accélérer la finalité des choses, la disparition du pauvre par son trépas. Cette maladie peut s’apparenter au sida, quelque chose que l’on garde en soi et qu’on essaie de canaliser par des tonnes et des tonnes de médicaments, ou de temps en temps, par miracle, une personne s’en sort, et les stigmates de cette maladie s’effacent et cela permet à cette personne de franchir le précipice qui mène à la rémission.
Sinon, si la chance ne s’est pas penchée sur toi, tu restes là, montré du doigt comme le bon pestiféré que tu dois être, se repliant sur soi même. Essayant de saisir la main du premier être vivant éprouvant un peu d’empathie à ton égard, se trouvant être le plus souvent trompeur, vicieux et voulant se servir de toi pour son propre intérêt. Que ce soit dans le radicalisme ou même dans certaines associations soit disant voulant t’offrir leur aide, mais avec le temps, le mépris et le dédain remplacent leurs faciès empathiques. Entendre de leurs bouches « moi je suis charitable, j’aide les gens. » et par la suite, « vous avez une maison, vous n’avez qu’à vendre ! » Mais oui bien sûr, pour aller vivre dans la rue, là où est notre place, c’est ça ? Comme ça, vous serez encore plus admirable face aux autres. « Oh que vous êtes si généreux d’aider une famille qui vit dans la rue ! »

Ou bien, il y a les gens comme moi, se plongeant de plus en plus dans la misanthropie, refusant de devenir rhinocéros, si c’est pour être comme cette personne plus haut. Ne vous en faites pas, je n’irai pas vous agresser mais mon empathie pour la vie des autres se dissipe petit à petit.
Je refuse de me perdre en acceptant la fatalité que vous voulez m’imposer. Le « vous ne voulez pas être blanchisseuse, en fait, vous ne voulez pas travailler », je le retiendrai toujours ! Je veux travailler mais ne pas être esclave !
L’esclavagisme moderne qui impose aux pauvres de se battre les uns contre les autres pour des emplois précaires. Un combat basé sur le niveau d’étude où le master commerce, marketing gagnera sur le BTS commerce, marketing pour un travail de caissière. Une honte !
J’envie de plus en plus ces films d’anticipation où seuls les aptitudes, le codes génétiques, … permettent de dire ce que tu feras par la suite, car je suis sûre et certaine que j’aurai eu un travail au niveau de mes capacités. Effaçant le piston familial qui mène des entreprises à leurs pertes car reprises par le fils à papa dépourvu d’intelligence et de compétences.
L’égalité et la fraternité, deux mots totalement vident de sens. La seule chose que j’espère c’est qu’un jour vous tomberez aussi dans cet abîme et que vous comprendrez la douleur de la pauvreté. À ce que j’ai bien compris en 26 ans de vie c’est ; tant que cela ne touche pas les personnes au plus profond de leur être, ils en ont strictement rien à faire et te culpabiliseront en te disant
« C’est de ta faute, sois salope ! »
Je finirai cette lettre par ceci. Vous m’avez donné le dégoût de cette société et je ne souhaite pas le moins du monde laisser mon empreinte dans cette entreprise à bout de souffle et proche de la fin. J’espère juste vivre assez longtemps pour assister à ce trépas de l’humanité et voir toutes ces « bonnes personnes » sombrer à cause de leur cupidité et leur mépris de l’autre. La rédaction et la publication de celle-ci me permettra, je l’espère, de passer une étape de plus dans le deuil de ma vie, l’étape de la résignation pour enfin passer à l’acceptation de mon sort, ce qui est très dur. J’espère aussi que cela permettra de libérer la parole de ceux qu’on n’entend pas ou que l’on n’écoute pas. Exprimez-vous et montrez que vous n’êtes pas seul !

Cordialement,
La pauvre qui ne voit pas d’avenir.