Culture et Sport

La grande messe sportive du capitalisme

Non, l’Euro de Football n’est pas une fête populaire

Publié le 15 juin 2016

Le gouvernement français le répète obstinément : les grèves ne devraient pas menacer la « fête populaire » qu’est l’euro. Il oublie un peu vite à qui profitent surtout les bénéfices de cet événement, et qui en supporte les coûts : d’un côté, les géants du BTP et du sport se frottent les mains, de l’autre, les supporteurs paient de leur poche, de leurs impôts et même de leur logement cette grande messe sportive du capitalisme.

Arthur Nicola

L’UEFA empoche le pactole sur le dos des contribuables

Aux arguments économiques pour promouvoir l’Euro 2016 se sont substitués des arguments de plus en plus flous et abstraits : le gouvernement et les élus parlent ainsi de « communion nationale », de « réconciliation nationale », de « fête populaire » : qu’en est-il vraiment ?

Tout d’abord, il faut se poser des questions sur ces prétendues retombées économiques mirobolantes dont nous parle systématiquement Hollande : l’organisateur de l’événement, la société Euro 2016 SAS, détenue à 95% par l’UEFA et à 5% par la FFF, a été exonérée d’impôts par le gouvernement pour l’année 2016. Ce cadeau aux capitalistes est plus qu’honteux : c’est en effet cette société qui va remporter le pactole d’1,9 milliards d’euros issus des recettes de événements, et ce, sans payer un sous des stades nouvellement construits ou rénovés pour l’occasion. C’est près de 200 millions d’euros d’impôts qui partent en fumée : l’Etat a en effet cédé aux injonctions de l’UEFA pour accueillir l’événement, et a même généralisé en 2014 l’exonération d’impôt pour les grands évènements internationaux : que le capital se rassure, les impôts ne toucheront que les petits.

1,9 milliards de bénéfices dans votre Coca-Cola et sur votre maillot de l’équipe de France

Sur ces 1,9 milliards de chiffre d’affaires, 250 millions proviennent de la billetterie, dont les prix sont tout sauf populaires : la majorité des places sont à plus de 55 euros, tandis que quelques miettes sont laissées à 25 euros dans les virages. On est loin du stade réellement populaire que pouvait être par exemple le Maracana dans les années 1950.

La majeure partie des recettes vient cependant des droits marketing et des droits télévisuels : 500 millions et 1 milliard respectivement. D’un côté comme de l’autre, c’est des classes populaires qu’on tire ces énormes bénéfices. En effet, il s’agit purement et simplement de spéculer sur la consommation des masses. En associant leurs marques à l’euro de football, des marques comme Coca-Cola, McDonalds et d’autres espèrent ainsi tirer énormément des consommateurs, qui seront plus abreuvés de publicités que de ballons ronds.

Les marchands de malbouffe ne sont pas les seuls à nous abreuver de publicité : les marques d’équipementier sont aussi plus à l’offensive que jamais. Que ce soit Nike, Adidas ou encore Puma, ils abreuvent les équipes de contrats de sponsoring pour vendre des produits fabriqués à l’autre bout du monde par les plus miséreux de cette terre. Une enquête de Basta ! et Alternatives Economiques nous donne quelques chiffre effarants : avec le contrat de sponsoring d’Adidas pour l’équipe de France (c’est à dire la somme que la marque donne pour que son logo soit sur le maillot), qui s’évalue à 42,6 millions d’euros, on pourrait rémunérer au salaire vital pendant un an (ce qui n’est pas le cas actuellement) 54 615 ouvriers chinois ; pour Adidas et Manchester United, c’est un contrat de 114,3 millions d’euros, soit le salaire vital pendant un an de 130 500 ouvriers indonésiens… Il rappelle en outre que sur une paire de Nike Air Jordan coûtant 140 euros, ce n’est que 2,40 euros que remporte l’ouvrier pour vivre.

Vinci, Bouygues, Eiffage et les autres construisent des stades vides sur le dos du contribuable

L’autre grand vol de l’Euro 2016 : les stades construits ou rénovés inutilement à grand prix. Depuis que la France a gagné le concours pour l’investiture en 2010, les grands travaux inutiles se sont multipliés, et ce, sur le dos du contribuable et au profit des grandes entreprises de BTP, qui ont su convaincre les collectivités territoriales de construire de grands stades, souvent par des Partenariats Publics-Privés (PPP) qui pèseront sur les collectivités pendant des années. Le problème c’est d’abord que les stades ne seront que très rarement remplis : il s’agit, comme accuse un rapport du Sénat, de créer des « cathédrales vides ».

Ainsi, le Stade Vélodrome à Marseille s’annonce comme un boulet au pied des Marseillais, qui paieront chaque année des impôts à Bouygues : pour un stade payé 268 millions, dont 133,5 millions de la poche du contribuable (le reste de Bouygues), la mairie s’engage à donner près de 15 millions d’euros par an au géant du bâtiment. A côté de cela, l’Olympique de Marseille louera le stade pour 4 millions par an.

A Lille, c’est un stade de 324 millions d’euros qui a été construit, plus 161 millions d’aménagement du territoire à la charge des collectivités, grâce à un PPP entre la métropole européenne de Lille et Eiffage. Pour louer le stade, la métropole paient ensuite près de 15 millions par an. De surcroit, la filiale d’Eiffage qui gère le site a attaqué la métropole pour travaux non prévus et réclame 167 millions d’euros.

A Bordeaux, ce sont Fayat et Vinci qui se frottent les mains pour le stade Matmut Atlantique, tandis qu’à Nice, c’est encore Vinci qui a frappé : des stades qui ont coûté respectivement 197 millions et 209 millions.

Développer un sport populaire ou engraisser ceux qui ont réussi ?

L’argument final des politiques qui nous dirigent, et cherchent par exemple à faire rentrer dans leurs trains les cheminots, est que l’Euro va pouvoir développer le sport amateur. Il faut voir que dans les 1,9 milliards d’euros que va se faire l’UEFA, il ne donne que 20 millions d’euros aux villes seulement 20 millions seront redistribués aux villes où se déroulent le tournoi pour les équipements sportifs de proximité… 20 millions pour la dizaine de villes où se déroulent les matchs, les jeunes sportifs n’auront donc par beaucoup.

De plus, la FFF, explique Noël Le Graët, président de la fédération, « a l’habitude de reverser 30% des sommes versées par l’UEFA aux joueurs ». En cas de victoire, chaque joueur touchera 300 000 euros, 250 000 s’ils arrivent à la finale, 210 000 pour la demi et 165 000 pour les quarts. Et ce ne sont que les « primes ». Les salaires des 23 joueurs de l’équipe de France, par an, sont en moyenne de 4,4 millions d’euros et vont de 1 à 9 millions : des travailleurs représentants bien la classe populaire en somme ! Il s’agit donc d’engraisser plus les puissants plutôt que les véritables joueurs de football, c’est à dire les 2 millions de licenciés qui jouent tous les week end sur les terrains de nos villes.

Accueillir des touristes plutôt que loger des sans-abris : l’immonde politique du préfet de Haute-Garonne

A Toulouse, le DAL (Droit Au Logement) dénonce la nouvelle politique des autorités étatiques. En effet, il semblerait que des familles aient été remises à la rue à l’approche de l’euro. L’association qui lutte contre le mal-logement accuse en effet les autorités toulousaines d’avoir retiré près de 100 nuitées pour les familles en difficultés.

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