Genres et Sexualités

« La police viole, la justice acquitte »

Non-lieu pour les deux policiers de la BRI accusés de viol par une touriste canadienne en 2014

Publié le 20 juillet 2016

Léo Serge

Pour bien comprendre cette histoire sordide qui implique l’élite de la police de la préfecture de Paris, il suffit de se contenter des faits établis et reconnus par les deux policiers eux-mêmes : leurs récits parlent d’eux-mêmes.

{}

Le 22 avril 2014, dans un pub irlandais situé en face du siège de la police judiciaire parisienne - le fameux 36 quai des Orfèvres -, des policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI), la prestigieuse Antigang qui est intervenu contre Coulibaly ou dans l’assaut du Bataclan, discutent avec une jeune femme alors âgée de 34 ans. En pleine nuit, deux de ces fonctionnaires, qui ne sont plus en service et qui viennent de boire, tout comme la jeune femme, entrent dans les locaux du « 36 » pour une « visite privée ». L’un des deux policiers incite par sms un troisième larron à se joindre à la fête, lui annonçant que la jeune femme rencontrée est « une partouzeuse ». Un peu plus tard, la jeune femme ressort en larmes, extrêmement choquée, et elle porte plainte pour viol.

Si pendant l’enquête, un des policiers présents avait évoqué une relation sexuelle « consentie » avec la jeune femme, l’auteur du sms a reconnu devant les juges ne pas avoir demandé à la jeune femme son consentement pour une relation sexuelle impliquant plusieurs partenaires. Un autre policier démentait tout rapport, tandis qu’un troisième avait été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté. L’enquête policière a d’ailleurs révèle que des empreintes génétiques – du sperme - des deux policiers mis en examen se trouvaient sur les sous-vêtements de la jeune femme, ainsi qu’une troisième empreinte, qui n’a pas été identifiée. Une vaste opération de prélèvements d’ADN sur des fonctionnaires de la police judiciaire avait eu lieu en septembre 2015, mais n’avait rien donné. Enfin, l’analyse des téléphones portables des suspects a affaibli leur défense, des vidéos et SMS « explicites » ayant disparu, selon des sources proches du dossier. Les juges d’instruction ont d’ailleurs reconnu par écrit dans le dossier que les policiers ont bien menti pendant l’enquête.

L’enquête a duré deux ans et elle débouche sur un non-lieu que les juges d’instruction viennent de le prononcer pour les deux policiers de la BRI. Cette décision a été prise alors que le parquet de Paris avait requis en juin dernier le renvoi des deux policiers de la BRI aux assises pour « viol en réunion ». Le parquet a décidé de faire appel.

Ce non-lieu rendu par la justice est donc un message politique très clair pour les policiers : « faites ce que vous voulez – même hors service, même un viol en réunion : on vous couvrira. » A quand la torture pour le plaisir ? Évidemment, il était devenu difficile politiquement de condamner, dans un jugement médiatisé d’assises, à une peine de prison pour viol des membres de cette BRI qu’on a mis en avant comme les sauveurs de la France après les attentats contre Charlie Hebdo, le Bataclan ou encore à Nice très récemment. Ces « flics d’élite prêts à risquer leurs peaux pour nous sauver ».

Voilà donc l’Etat de droit français, la République et sa justice. Quel genre de juge d’instruction est-il capable de prendre ce type de décision ? Et surtout, qui peut croire que cette décision n’est pas également politique ? Doit-on rappeler que toute la carrière des juges dépend de la tutelle politique du Ministère ?

Le plus savoureux reste la déclaration de l’avocat de l’un des policiers : maître Sébastien Schapira, ancien collaborateur du cabinet de Maître Pierre Haik – avocat de Charles Pasqua, de Laurent Gbagbo ou de Nicolas Sarkozy. Sébastien Schapira qui est par ailleurs intervenant à l’ENA et à Assas, où il intervient auprès des étudiants qui préparent le concours d’entrée à l’Ecole Nationale de la Magistrature (ENM). Voici sa déclaration : « Cette décision juste et motivée est l’aboutissement du travail minutieux des juges d’instruction, qui ont notamment tenu compte des contre-vérités et des incohérences dans les déclarations de la plaignante. (...) Mon client dont la vie familiale et professionnelle a été dévastée par ces accusations est ému et soulagé que son innocence soit ainsi reconnue ».

La mafia bourgeoise de cet État pourri sait défendre les siens ; mais lorsqu’ils commettent aux yeux de tous des crimes ignominieux, l’hypocrisie, le mensonge et la capacité à assumer ses crimes ne connaissent plus de limites. Toute cette mafia doit être dégagée, un projet de longue haleine qui a besoin de toutes les bonnes volontés prêtes à ouvrir les yeux sur la réalité de ce système et de son fonctionnement. La structure est pourrie, elle n’est pas réformable. Justice pourra être réellement rendue quand nous établirons une justice démocratique et populaire dans une société sans État et sans classe. En attendant, nous n’aurons le droit qu’à une parodie où l’intérêt des classes dominantes primera toujours sur la vérité et sur la justice véritable.