Société

Coup d’accélérateur judiciaire pour le projet d’aéroport

Notre Dame des Landes. La justice suit Vinci et expulse les habitants historiques

Publié le 25 janvier 2016

Julian Vadis

Le tribunal de grande instance de Nantes a, ce lundi, autorisé l’expulsion de onze familles et quatre agriculteurs « historiques » de Notre-Dame-des-Landes, conformément aux exigences de Vinci. Le groupe avait en effet formulé cette demande le 13 janvier dernier, lors d’une audience en référée.

La justice au côté de Vinci pour une décision éminemment politique

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Sylvain Fresneau, l’un des exploitants agricoles visés par la procédure, avait déclaré avant l’audience qu’il devait faire « face à un grand seigneur qui veut récupérer les lieux pour un projet obsolète ». Il est vrai que le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, outre l’impact désastreux de sa réalisation sur le plan écologique, est emblématique des grands projets inutiles. De nombreuses études ont, depuis des décennies, mis en avant l’inintérêt d’un tel projet, hormis bien sur pour les constructeurs ayant raflé ce marché. Mais le « grand seigneur » Vinci s’est trouvé un allié de poids dans sa bataille face aux habitants historiques de la zone : la justice française. C’est ainsi que le tribunal de grande instance de Nantes, ce lundi, a approuvé l’expulsion de onze familles - huit ont un délai... de deux mois pour partir - et de quatre agriculteurs. Une décision qui va à l’encontre de l’intérêt général, et qui porte un message clair : la justice (de classe) se positionne en première défenseuse des intérêts économiques privés de Vinci.

Particulièrement attendu, ce verdict prend des accents politiques prononcés, d’autant plus dans la période actuelle. Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, a ainsi dénoncé un « passage en force » de l’exécutif. A un peu plus d’un an des présidentielles, nombre d’analystes politiques et de militants avaient jusqu’ici avancé l’hypothèse d’un recul gouvernemental sur cette question, ou misaient sur une volonté de ne pas attiser un potentiel incendie en interne - Ségolène Royal apparaissant ouvertement opposé au projet. Si sur ce dernier point, le fait que Royal ne soit que la "caution écolo" du gouvernement Valls-Hollande invalidait d’avance un recul de l’exécutif, le passage en force de ce lundi en dit long. Le gouvernement affirme sa posture ferme et autoritaire, version état d’urgence, et Hollande tente surtout d’apparaître comme un allié crédible pour le patronat en vue de l’échéance de 2017, tant sur le plan des projets que des réformes à faire passer.

Et maintenant, l’Etat (re)lance la bataille contre les militants

L’arrestation et la comparution devant le tribunal - prévue le 24 février - de 19 conducteurs de tracteurs qui avaient manifesté au début du mois de janvier n’était qu’un prélude de la répression subie par les opposants au projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes. En effet, ce mercredi, des militants ayant lancé en octobre dernier une conserverie - la Noë Verte, sur la zone de Notre Dame des Landes - passent devant le tribunal. Il est donc on ne peut plus clair, après que l’expulsion des habitants historiques ait été entérinée, que l’État relance une attaque contre les opposants à l’aéroport, afin de faire place nette et permettre la réalisation de ce grand projet inutile.

Cette nouvelle offensive, en mobilisant l’appareil judiciaire, est une véritable déclaration de guerre envers le mouvement social. En effet, le 9 janvier dernier, ce sont plus de 20 000 manifestants qui défilaient pour marquer leur opposition au projet de l’aéroport. Alors que les 26 et 30 janvier prochains, deux manifestations sont prévues respectivement pour la défense de la fonction publique et contre l’état d’urgence, il est désormais clair que l’exécutif se lance dans une attaque sur toute la ligne. Loin d’être déconnectés, ces « différents fronts » découlent directement de la politique pro-patronale et du tournant bonapartiste du gouvernement. La convergence des mouvements de la jeunesse, écologiques et du mouvement ouvrier est donc indispensable pour contrer efficacement l’offensive. Car loin d’être isolées, ces questions sont intrinsèquement liées, et c’est à l’ensemble du mouvement social d’y apporter une réponse.