Société

Nouveau scandale écologique ?

Notre-Dame-des-Landes bis ? La méga-chaufferie de Rezé

Publié le 6 juillet 2016

C’est un projet sorti du chapeau et qui a du mal à passer chez les habitants de Rezé et de Bouguenais, au sud de Nantes. Selon l’édition du 6 juillet du Canard Enchainé, ces derniers ont eu la surprise de voir sortir le projet d’une méga-chaufferie à proximité de leurs habitations.

Julian Vadis

Six cheminées, dont les plus hautes culmineront à 22 mètres de haut, rejetteront les quelques 90 tonnes de bois par jour de la méga-chaufferie répondant au nom de "Californie", au sud de Nantes. Placée à 150 mètres des premières habitations, et à 450 mètres d’une école maternelle. Cette centrale, construite par Erena (une filliale d’Engie) aurait fait l’objet d’une enquête publique auprès de la population. Seul hic, le 29 avril - jour de la fin de l’enquête - seulement trois personnes avait donné leur avis ... et pour cause, l’existence de cette enquête n’a jamais été communiquée aux riverains. Ni lettre dans les boites aux lettres, ni même la moindre trace sur un quelconque site internet. Difficile de faire pire pour une enquête publique. Par la voix de Julie Laornoes, vice présidente de Nantes-Métropole et membre d’EELV, les autorités ont admis ne pas "avoir été bons". C’est le moins que l’on puisse dire.

EELV et Laornes en pointe pour faire passer un projet ô combien polluant

Moins discret que l’enquête sur le projet, les bulldozers déboulant à Rezé et Bouguenais ont donc été les indicateurs du commencement du projet. Face à l’inquiétude et la fronde des riverains, Erena a affirmé que la méga-chaufferie allait « participer à réduire de 30% les émissions de CO2 par habitant de Nantes Métropoles d’ici à 2020 ». Julie Laornoes s’est montrée on ne peut plus enthousiaste, tablant sur 16 000 équivalents logement, public et privé, chauffés par "Californie". Un projet alliant à la fois le respect de l’éco-système et une amélioration du système de chaufferie pour les riverains ? Que de bonheur en somme ...

Sauf que, dans une zone habituée aux grands discours vantant les bienfaits de tel ou tel grand projet, comme à Notre-Dame-des-Landes, des riverains ont souhaité accéder aux documents disponibles sur le projet. C’est ainsi qu’ils ont découvert que de l’oxyde d’azote, du dioxyde de souffre et d’autres composants polluants vont se retrouver dans leur atmosphère immédiate. Le tableau semble donc bien peu idyllique Bien au courant de ces caractéristiques, EELV et Julie Laornes, figures politiques ayant affiché clairement leur opposition à l’aéroport de Notre Dame des Landes, soutiennent le projet. La vice présidente de la métropole a même affirmé que « si c’était aussi opaque que Notre Dame des Landes, on ne leur donnerai aucun document, on n’inviterai personne et on foncerait sans en parler ». Une déclaration d’une part hallucinante, mais qui en plus relève d’une mauvaise foi absolue. D’une part parce que oui, les autorités ont foncé sans en parler et n’ont invité personne au débat sur la méga-chaufferie, mais parce qu’en plus une partie des documents a mystérieusement disparu. Et, bien évidemment, il ne s’agit pas d’un document connexe ou d’un intérêt relatif. Le paragraphe manquant concerne ni plus ni moins que les « moyens mis en œuvre pour le respect des valeurs limites des expositions aux polluants » ! Soit très exactement ce qui inquiète le plus les riverains.

EELV aurait certainement préféré que cette affaire reste dans le cadre très confidentiel de la commune de Rezé, afin de s’éviter une polémique. Après avoir fait de Notre Dame des Landes une tribune pour afficher leurs valeurs de défense de l’écologie, voici que Laornes et sa clique se voient pris la main dans le sac. Tout les éléments disponibles portent à croire que la méga-chaufferie « Californie » est une aberration écologique, un nouveau grand projet inutile destructeur pour l’environnement et ne visant qu’à assouvir des intérêts privés. Pour les riverains, les militants écologistes et plus largement les travailleurs, il s’agit d’un nouveau cheval de bataille qui s’ajoute à celui de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Cette fois ci, EELV est officiellement du côté des promoteurs pollueurs. Mais c’est bel et bien par un travail de lutte sur le terrain, sans réelle illusion institutionnelle, que le combat contre ces grands projets inutiles peut être gagné.