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Débats

1917 : ils ont osé ! Et nous ?

Nous ne sommes pas condamnés à être une génération sacrifiée !

Cent ans après la prise du Palais d’Hiver, l’idée de Révolution est-elle à ranger dans le musée au rayon des antiquités ? Portrait d’une jeunesse qui a tout intérêt à relever la tête.

Ils ont colonisé notre futur.

Parmi nous, beaucoup sont nés dans les années 90. Nous sommes des enfants du néolibéralisme, de la restauration capitaliste dans les pays de l’ex- URSS après la chute du Mur de Berlin, des discours sur la fin de l’histoire et sur l’horizon indépassable du capitalisme. Nous sommes aussi la génération de la crise économique, de la multiplication des guerres et du terrorisme, des dégâts écologiques et énergétiques. Une époque de résignation douloureuse et anxieuse où, pour reprendre les mots de Jameson, « il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ».

Nous sommes la génération la plus précaire depuis les années 30, avec un taux de chômage et de précarité en forte hausse par rapport aux générations précédentes. Nous n’intéressons les politiciens professionnels que lorsqu’il est l’heure des promesses électorales, et nous ne pouvons que constater que dans les faits leur politique vise à faire de nous une main d’œuvre corvéable et bon marché, taillée sur mesure pour les patrons, docile et qui marche au pas.
Notre génération étouffe. Coincée entre un monde qu’elle redoute et un avenir de misère, nous saturons d’un monde qui n’a rien à nous offrir. Nous éprouvons la vacuité d’une existence individuelle, privés de perspective collective. Mais cette résignation (qu’elle prenne la forme de la fuite, de l’auto-destruction, etc.) n’est pas une fatalité. Notre génération c’est aussi celle qui, de l’autre côté de la Méditerranée, a pu constater, avec les jeunes et les travailleurs tunisiens et égyptiens qui ont fait tomber leur régimes et qui ont prouvé dans les faits, que l’Histoire pouvait encore s’écrire et que le mot de révolution n’avait rien d’obsolète. Celle qui constate que les masses se réveillent partout dans le monde, encore balbutiantes, sous les coups de la crise.

« Ça te passera avec l’âge ! »

Nos désirs leur font peur car ils expriment le pourrissement d’un système qui vole nos vies, nous exploite et nous opprime.

Quand il ne nous réprime pas directement (violences policières et mise au pas idéologique et éducative) l’État et ses chiens de garde n’ont de cesse de nous rabaisser pour combattre le caractère éminemment subversif de nos rêves. Lors du printemps 2016, les politiciens de tous bord expliquaient que nous n’avions « rien compris à la Loi Travail » par exemple. On nous traite d’ « idéaliste naïf », on nous dépeint sous la figure du casseur violent lorsque nous revendiquons qu’un autre monde est possible, pour nous nier que nos actes sont politiques. Derrière leur mépris se cache la peur de voir tanguer « l’horizon indépassable » de leur monde.

Déjà dans les années 60 (juste avant la révolution avortée de mai 68 donc) les médias et le régime se félicitaient de la « dépolitisation » des jeunes. La jeunesse se détournait soit disant, non seulement des partis et des idéologies, mais des idées tout court. Elle n’aurait eu plus qu’un dieu, la technique, et ne rêvait que de bien-être personnel. A l’époque Jean-Paul Sartre avait répondu à une interview pour combattre ce présupposé : « Dire de la jeunesse qu’elle est dépolitisée, c’est souhaiter qu’elle le soit et travailler à ce qu’elle le devienne un peu plus. Le fait que les jeunes gens s’intéressent moins directement au combat politique sert d’alibi pour les en détourner davantage encore. »

C’est quand les jeunes ne crient plus leur révolte que le monde s’arrête de tourner !

On voudrait faire de nous une classe de consommateurs dociles, tournée vers la recherche de la satisfaction immédiate et individuelle. Et pourtant, notre horizon est plus ouvert car nous avons l’arrogance de penser que les choses ne sont jamais écrites « pour toujours ». En ce sens, nous sommes un terreau fertile aux idées subversives. Récemment, un sondage a montré que près de 60% des jeunes seraient prêts à participer à un nouveau mai 68. Véritable acteur politique, c’est la jeunesse, qu’elle soit scolarisée ou non, qui a souvent joué un rôle de détonateur dans les mobilisations de masse ou les processus révolutionnaires.

Encore récemment, si on se souvient, les lycéens et les étudiants ont été les premiers à s’opposer à la Loi Travail au printemps 2016. C’est ce qui explique l’attention qu’ils nous portent en ce début d’année, scrutant d’avance les éléments annonciateurs d’un réveil de la jeunesse face à la politique anti-sociale et anti-jeune de Macron. Et même lorsque nous ne « gagnons » pas face à l’Etat, le fait de rêver à nouveau d’un autre monde est déjà un acte politique subversif, qui rompt avec la résignation à laquelle ils voudraient nous réduire.

Donnons-nous les moyens de nos rêves !

Se donner les moyens de nos rêves c’est d’abord reconnaître qu’il faudra s’organiser collectivement pour être à la hauteur de s’attaquer consciemment et matériellement au pouvoir de la bourgeoisie, à commencer par Macron et son gouvernement ouvertement pro-patronal et répressif.

Se donner les moyens de vaincre contre leur monde c’est aussi penser le combat sur le long terme et ne pas se décourager à la première occasion. S’indigner et s’organiser, encore et encore, en tirant les leçons des expériences du passé.

Militer pour la révolution, pour reprendre les mots de Daniel Bensaïd, révolutionnaire et philosophe, « ce n’est pas un renoncement au plaisir, mais l’élection d’un certain plaisir, celui d’une révolte qui se donne les moyens de s’accomplir, celui d’une colère qui s’organise pour frapper l’adversaire de classe, celui d’une communauté qui se crée, de fraternité, d’estime mutuelle, à travers les continents et à travers l’histoire. »

Il y a 100 ans, les jeunes de Russie relevaient la tête et se battaient aux côtés des ouvriers, dans leur usine et dans la rue. La révolution, c’était aussi l’époque d’une grande libération intellectuelle et sexuelle, quand les étudiants dictaient leur programme aux professeurs et que le savoir était mis au service de la majorité, quand les jeunes femmes gagnaient des droits qui tarderont plusieurs décennies plus tard à être imposés dans les pays occidentaux…Aujourd’hui, et alors que le gouvernement de Macron vient de dévoiler ses plans pour nous précariser davantage, il n’est pas trop tard pour relever la tête !

Ensemble tournons-nous vers l’avenir, sourire aux lèvres, et couteau entre les dents. 




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