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Politique

Abus sexuel, abus de pouvoir

Nouveau procès de Georges Tron pour le viol en réunion de deux de ses anciennes employées

En 2011, quelques mois après que les révélations sur les agressions sexuelles de DSK, Virginie Ettel et Eva Loubrieu, deux ex-employées de Georges Tron alors maire UMP de Draveil portaient plainte contre lui et son adjointe pour viol en réunion. En 2013, le parquet général prononçait le non-lieu, la cour d’assise, saisit par les deux victimes a relancé l’enquête, le procès débutait ce mardi 12.

Georges Tron, maire LR de Draveil et conseiller départemental de l’Essonne, anciennement secrétaire d’État et ex-député de l’Essonne, est actuellement jugé à la cour d’assises de Bobigny pour viols et agressions sexuelles en réunion sur deux de ses anciennes employées. Sous couvert de réflexologie, qu’il revendique dans sa défense, celui-ci massait seulement ses employées. Jusqu’à ce que la réflexologie se transforme en caresses et pénétrations digitales non-consenties répétées, et parfois avec la participation de son adjointe à la culture, Brigitte Gruel.

Pour Viriginie Ettel et Eva Loubrieu, les deux employées en question, le scénario est le même, isolement, attouchement, agression sexuelle, viol de la part de leur employeur tout-puissant, les conduisant toutes deux à la dépression et à des tentatives de suicide.

L’affaire avait éclaté en mai 2011 et avait été classée comme « non-lieu » deux ans et demi après, les juges d’instruction estimant qu’il n’y avait pas de charges suffisantes pour continuer l’enquête. Notamment à cause « d’incohérence de chronologie » qui tiennent principalement sur la date d’une seule soirée. Les deux récits des plaignantes étant néanmoins similaires, la cour d’appel de Paris, saisie par elles deux et l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AFVT) a finalement relancé l’enquête. L’avocat de Tron se réjouit d’ailleurs de cette divergence d’appréciation des deux instances juridiques.

Georges Tron met en avant sa passion ainsi que celle de son adjointe pour la réflexologie, et s’il dément les viols et il ne semble pas nier avoir pratiqué ces massages sur ses employés, ce qui consiste déjà une atteinte sévère à leur dignité. Par ailleurs, il tente de discréditer les victimes en invoquant un complot politique, visant à le détrôner de son poste de maire au profit du FN, et c’est ce qui avait aussi conduit à un non-lieu.

Sauf que plus d’une dizaine d’autres femmes, employées ou collaboratrices, ont témoigné sur le comportement de Georges Tron qui leur imposait des massages « à connotation sexuelle ». De plus, certaines d’entre elles venant lui demander un emploi ou un logement avaient senti que si elles voulaient voir leurs demandes accordées, elles devaient céder à ce chantage.

Georges Tron comparaîtra jusqu’au 22 décembre. En attendant, les abus de pouvoir sur les femmes perdurent, écrasées par la pression de leur hiérarchie. Si ces dernières semaines c’est l’affaire Weinstein outre-atlantique qui attirait les (sinistres) projecteurs, cette affaire n’est que la énième démonstration, elle aussi sinistre, de la réalité mondiale des violences faites aux femmes. Il aura fallu six ans pour qu’il comparaisse à nouveau devant un tribunal, car après avoir abusé de sa position d’élu pour violer des femmes, celui profite de cette même position devant cette justice à deux vitesses, toujours plus clémente avec les hommes de haut rang. Et alors que le gouvernement Macron concocte une loi contre le harcèlement de rue, qui n’a pour but que de renforcer la répression, les stars et autres hommes politiques, eux, restent bien à l’abri derrière leur place de pouvoir.

Crédit photo : AFP