Politique

Insubordination contre la violence policière et pour le droit à l’autodétermination

Nouvelle nuit de révolte en Corse

Publié le 17 février 2016

Trois jours après qu’un supporteur corse ait perdu un œil suite à un tir de flashball en marge de la rencontre de football Reims-Bastia, la révolte continuent sur l’ile de beauté. Hier soir, des affrontements entre policiers et manifestants ont encore eu lieu.

Renan Granger

Selon la police, Maxime Beux aurait perdu son œil en se cognant contre un poteau, une version contredite par plusieurs témoignages qui attestent du tir de flashball à bout portant et de cette petite phrase qui aurait été lancée par les policiers : « Toi on t’a pas raté, on va te faire l’autre œil ». Pour protester contre la violence policière qui s’était déchainée lors de ce match Reims-Bastia, faisant également 7 interpellations, un rassemblement avait été prévu à 19 heures devant la sous-préfecture de Haute-Corse, situé à Corte. Mais les policiers avaient dressé un barrage anti-émeutes pour empêcher l’accès à la place, suscitant la colère des 200 personnes présentes. Des affrontements entre policiers et manifestants ont alors rapidement éclatés, à grands coups de cocktails molotov et de gaz lacrymogènes. Ils se sont terminés vers 21h30, principalement en raison de la pluie. Un homme a été interpellé et une gendarme légèrement blessée.

A l’origine, le rassemblement visait également à protester contre le décalage de la rencontre prévu samedi à Furiani, à 10 kilomètres au sud de Bastia. Prévu à 20h, le match Bastia-Nantes avait été décalé à 14h pour empêcher la manifestation prévue par les supporteurs bastiais devant le palais de justice de la ville à 14h30. Mais, derrière l’affaire du supporteur blessé, c’est une contestation bien plus large qui refait surface en Corse : celle, légitime, de l’insubordination contre l’arbitraire de l’Etat français et de sa police. Une violence que les supporteurs corses connaissent bien tant ils la subissent très régulièrement lorsqu’ils sont en déplacement sur le territoire métropolitain. Plusieurs journalistes rapportent même avoir entendu les manifestants scander « FLN ! FLN ! » (en référence au Front de Libération Nationale Corse) ou « Etat français assassin ! ».

Si l’insubordination contre la violence policière et pour le droit à l’autodétermination sont des revendications légitimes, le mouvement tente déjà d’être récupéré par les notables locaux et les mouvements réactionnaires. Ceux-ci sont d’ores et déjà sortis du bois : à l’image de Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, qui tente d’instrumentaliser l’affaire pour faire avancer sa carrière politique, et de faire oublier le rôle qu’il a joué auprès des hommes politiques parisiens pour restaurer dans l’île le pouvoir de l’Etat français. Le droit du peuple corse à l’autodétermination est indissociable d’un combat plus général, à la fois contre Paris et la politique de sous-développement de l’île, dont pâtissent les secteurs les plus exposés et fragilisés de notre classe, à commencer par ceux des quartiers populaires d’Ajaccio, de Corte et Bastia. Ce combat se fera également contre les notables locaux en quête de respectabilité et les mouvances réactionnaires qui, souvent, se sont développées sous leur protection.

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