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Politique

Costumes et Françafrique

Nouvelles révélations dans l’affaire des costumes de Fillon

L'affaire des costumes de François Fillon n'en finit définitivement pas de rebondir. Alors que l'on connaît désormais l'identité de son généreux donateur, les déclarations de celui-ci ont mis à mal celles de Fillon, plus bas que jamais.

Crédits Photo © Divergence Alain Guilhot

François Fillon avait gardé l’argent des indemnités de sa femme, apparemment il a aussi gardé les costumes que lui avait donnés son « ami » Robert Bourgi. En effet, selon Médiapart, François Fillon n’aurait pas rendu les bons costumes à son ami, qui les a après coup transmis à la police dans le cadre de l’enquête. L’avocat de Robert Bourgi a déclaré au quotidien en ligne que François Fillon « a fait rapporter chez Robert Bourgi un ensemble de chez Arnys (pantalon et blazer) offert en 2014, ainsi que deux costumes, sans marque aucune. Un troisième costume, offert par Arnys pour le prix des deux premiers, a été conservé par M. Fillon. Quant aux deux costumes rendus, je ne peux pas dire si ce sont ceux de chez Arnys offerts par Robert Bourgi ou d’autres costumes, puisqu’il n’y avait aucune marque dessus ou griffe de créateur, en dehors d’un “made in Holland”, le pays, pas le président ». Une déclaration étrange, quand on sait qu’Arnys, la marque de luxe du groupe LVMH, fait bien sûr apposer sa marque, mais aussi le nom du propriétaire ainsi que la date de fabrication…

Face à cela, l’entourage de Fillon a démenti avoir rendu les mauvais costumes, tout en laissant planer le doute sur la bonne foi de l’homme d’affaire connu pour ses liens avec la Françafrique. Il a même déclaré, toujours à Médiapart, qu’il aurait subi des « pressions d’ordre politique » pour mentir dans l’affaire des costumes. Précisant également que « François Fillon et sa très grande papesse de la communication, Anne Méaux, ont souhaité que je ne dise rien concernant l’identité de la personne qui a offert les costumes : moi » avant d’expliquer qu’il avait bien eu le principal intéressé à plusieurs reprises au téléphone. En effet, celui-ci lui aurait expliqué qu’on pourrait mal interpréter des cadeaux de figures de la Françafrique…

Il y a les amitiés qu’on revendique, et celles qu’on aimerait faire oublier. C’est sans doute ce que s’est dit l’équipe de campagne de François Fillon alors que sortait dans la presse l’histoire des costumes offerts à 13 000 euros. Et les révélations de Robert Bourgi sur les « pressions politiques » qu’il aurait subies n’arrange rien à leurs affaires... Robert Bourgi n’avait en effet rien de politiquement correct pour la campagne de François Fillon. Connu pour son implication dans les réseaux françafricains, ami de Omar Bongo et Denis Sassou N’Guesso, l’homme ne fait pas partie des amitiés recommandables. Et alors que son concurrent à la primaire Alain Juppé était déjà bien mouillé dans ses relations et son implication dans la Françafrique, François Fillon avait réussi à paraître « clean » de ce point de vue. Un gestionnaire froid et austère, qui n’était pas dans ses vieilles combines de l’impérialisme français.

Mais l’amitié tenace d’un Robert Bourgi ne s’oublie pas, et vient avec son lot de cadeaux. Des cadeaux qui révèlent à nouveau de nombreuses choses sur la manière dont ces « gestionnaires » de la République effectuent leur fonction : on y apprend qu’on peut porter des costumes à 13 000 euros, qu’on peut se les offrir, et les porter sans scrupules – du moins jusqu’à ce que ce ne soit plus possible, en cas de campagne électorale troublée. On y apprend, plus profondément, que gérer cet Etat, c’est s’impliquer dans son réseaux d’amitiés néo-coloniales de ce type pour le long terme. En effet, le premier costume offert par Bourgi et rendu par Fillon datait de 2014, autrement dit bien après le moment où François Fillon était à Matignon, et bien avant celui où il concourait pour la présidence. Et depuis bien longtemps, Robert Bourgi livre une version très politico-amicale de leur relation : « François Fillon est un ami de très longue date. (…) Et quand il était premier ministre, il m’a invité deux ou trois fois à déjeuner ou à boire des pots chez lui à Matignon, toujours en tant qu’ami. Je ne lui ai jamais rien demandé. Lorsqu’on se voyait, il sollicitait mon avis et des conseils, en lien généralement avec la politique africaine ». Quelques costumes et quelques conseils en politique africaine de la part d’un ami des grands dictateurs africains, que demander de plus !

Et si, comme le révèle aujourd’hui Bourgi, l’équipe de Fillon lui aurait intimé l’ordre de ne pas dévoiler son identité, l’identité de cette amitié douteuse, c’est bien parce que des costumes de ce type, il y en a plus d’un dans les placards de tous les membres de cette caste politique. Il ne s’agit en effet là pas seulement de chercher à sauver une candidature déjà bien amochée par les affaires, mais aussi de cacher des conflits d’intérêts grossiers, quoique Robert Bourgi en dise. Et dans cette course au camouflage, si Fillon commence à perdre la bataille, nulle doute que bien d’autres affaires restent dans l’ombre de cette République « irréprochable » dans sa manière de profiter des luxes de l’Etat capitaliste.




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