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Notre classe

Nettoyage et sous-traitance : l’esclavage moderne

ONET, numéro 1 de l’exploitation dans le nettoyage

Depuis près d’un mois, les agents du nettoyage de la gare de Paris Nord employés par le sous-traitant ONET pour la SNCF sont en grève pour exiger de meilleures conditions de travail. Zoom sur les pratiques du secteur du nettoyage et de la sous-traitance à travers l’exemple d’ONET, numéro 1 de l’exploitation en nettoyage.

Quand sous-traitance et nettoyage ne font pas bon ménage

Précarité et conditions de travail difficiles sont le quotidien des travailleurs du nettoyage. Avec des horaires qui commencent très tôt le matin avant l’arrivée des employés, mais également tard le soir ou durant la nuit, l’agent d’entretien travaille aussi, bien souvent, le dimanche et les jours fériés. Le temps partiel est la norme : puisqu’il est chargé d’intervenir seulement quelques heures par jour ou par semaine sur un lieu de travail, les salariés doivent bien souvent cumuler différents contrats ou employeurs pour effectuer un temps complet. Des interventions d’urgence appelées au dernier moment, des remplacements au pied levé et des changements d’horaires sont également le lot commun de ces travailleurs. Les conditions de travail sont particulièrement difficiles : le travail s’effectue debout et le rythme de travail est souvent soutenu. Les agents utilisent des détergents et des produits dangereux ou toxiques, ce qui augmente le nombre d’accidents du travail.

Alors que la boite enregistre un chiffre d’affaire de plus d’ 1, 7 milliards d’euros pour l’année 2016, avec un bilan en augmentation de plus de 3% par rapport à 2015, qui sert à engraisser la direction et les actionnaires du groupe, les salariés sont rarement payés plus qu’au SMIC horaires, doivent enchaîner les contrats précaires, avec parfois plusieurs années d’ancienneté. Les grévistes de Paris Nord exigent, entre autre, une prime de panier repas à 4 euros par jour pour tous.

Bien souvent, les agents du nettoyage sont engagés par une boite de sous-traitance qui travaille pour des « donneurs d’ordre ». C’est notamment le cas d’ONET, « numéro 1 du nettoyage en France », qui loue « ses » services d’entretien à des géants comme Airbus ou la SNCF, et bien souvent c’est la course aux rachats des appels d’offre entre les différents sous-traitants. Bien qu’une close stipule qu’en cas de reprise d’un marché, le nouveau sous-traitant doit conserver les effectifs, les contrats et les conditions de travail, bien souvent, dans les faits, c’est tout l’inverse qui se produit. ONET est ainsi spécialiste des « reprises au rabais », comme c’était le cas pour les travailleurs du nettoyage sur l’A330 du site d’Airbus à Toulouse, en grève pendant plus d’une semaine pour maintenir leurs conditions de travail après un rachat de leur contrat par ONET, mais aussi à la cité administrative de Toulouse, ou encore au Centre des Finances du 2e arrondissement de Paris en juin dernier C’est également ce que dénoncent les grévistes du nettoyage de Paris Nord, en grève depuis le 2 novembre : en effet, en reprenant les salariés de l’ancienne société sous-traitante, Onet a refusé d’appliquer la Convention Collective de la Manutention Ferroviaire qui valait avec l’ancien employeur.

Des méthodes brutales

Sur sa page d’accueil, ONET se targue de mettre « l’humain au cœur » de ses problématiques. Ce qui est plus que cynique quand on connait les pratiques courantes de l’entreprise. En plus d’être une habituée des fraudes à la reprise comme nous le disions plus haut, la boite brille par des pratiques qui sont tout simplement inacceptables.

En 2012 par exemple, trois salariées d’ONET pour la SNCF avaient dénoncé être victimes de harcèlement sexuel, d’attouchements forcés, d’insultes sexistes. Ces travailleuses avaient alors déclaré « Depuis qu’on a parlé, nos chefs d’équipe nous donnent les pires choses à faire : les trains les plus sales, les quais les plus éloignés. Ils nous demandent même de nettoyer les locaux du personnel, alors que cela ne fait pas partie de notre contrat. » Ces travailleuses ont même fini par être licenciées par la boite de nettoyage ! Ces cas ne sont malheureusement pas les derniers, bien que la filiale d’ONET ait été condamné coupable d’harcèlement sexuel, moral et pour discriminations après 5 ans, dans un secteur qui emploie majoritairement des femmes (à 60%).

Le groupe est également connu pour licencier les salariés qui décident de se syndiquer pour protester contre leurs conditions de travail. Ainsi on se rappelle du travailleur qui allait se présenter aux élections professionnelles pour la CGT, viré pour avoir mangé un bout de fromage dans une poubelle, ou de la salariée qui s’était vue licenciée pour avoir traversé les voies ferrées au « mauvais » endroit. Et ces sinistres exemples ne sont sans doute que la partie visible de l’iceberg.

ONET Responsable, SNCF complice

Face à la grève des agents de Paris Nord, la SNCF a clairement choisi son camp en menaçant d’appeler les forces de l’ordre pour évacuer les gares occupées, et ce malgré les appels répétés de la part des grévistes à ce que la direction de la SNCF prenne ses responsabilités et accèdent à leurs revendications. Les boites de sous-traitance sont souvent contraintes par les donneurs ordre d’augmenter les cadences ou de faire encore plus d’économies sur le dos des travailleurs sous-traitants. C’est aussi une manière de diviser les travailleurs sous-traitants et ceux des entreprises clientes.

C’est pourquoi la grève des agents de la gare de Paris Nord, soutenus par les cheminots et la fédération de Sud Rail qui a déposé un préavis de grève pour demander la fin de la sous-traitance, est exemplaire. La SNCF, en tant que donneur d’ordre, est aussi responsable que le groupe ONET et doit trouver une solution à cette situation. Si elle ne peut pas obliger ONET à donner satisfaction aux revendications des grévistes, elle n’a qu’à embaucher l’ensemble des travailleurs du nettoyage directement à la SNCF, et le problème sera ainsi vite réglé !




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