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ONPC. Contre Poutou, le poison d’extrême droite en prime time

On savait déjà que les chroniqueurs d’ « On n’est pas couchés » n’appréciaient pas beaucoup Philippe Poutou. Mais, à l’occasion de l’émission spéciale sur les présidentielles, où était invité le chroniqueur Eric Zemmour, celui-ci s’est livré à une charge particulièrement nauséabonde contre le candidat ouvrier.

Il y avait déjà eu les rires méprisants de Burgraff à propos des licenciements puis les attaques de Laurent Ruquier, mais les choses ont pris une nouvelle tournure, ce samedi soir, sur le plateau d’ « On n’est pas couchés ». D’abord, il y a eu Ruquier qui a cherché d’emblée à démolir Poutou : « Dans un premier temps, il rigolait avec nous. Dans un deuxième, il nous a reproché de rigoler avec lui et dans un troisième temps, il a fait rigoler contre nous. Fallait le faire ! Chapeau bas, monsieur Poutou ! On prend 10% sur vos 2% ». Puis, le polémiste Eric Zemmour s’est carrément lâché à propos de Philippe Poutou. Dans une diatribe particulièrement haineuse, celui-ci s’est livré à une attaque en règle. Selon lui, Poutou serait « le type même du faux » : un « faux ouvrier » qui n’aurait « pas travaillé depuis des siècles » et un « faux démocrate » qui n’accepterait de débattre que quand ça l’arrange.

Des accusations sans aucun fondement mais que Laurent Ruquier n’aura évidemment même pas pris la peine de contester. Pourtant, il n’est pas très difficile de savoir que Philippe Poutou travaille bien dans une usine de Ford Blanquefort, réalise 30h par semaine, aux 2x8, et est rémunéré un jour par semaine pour ses activités politiques au sein du NPA, qu’il s’est mis en suspension de contrat (congés sans soldes) dans le but de réaliser la campagne du NPA et qu’il retournera à son poste de mécanicien sitôt celle-ci terminée. Il aurait fallu l’intervention d’Aymeric Caron pour rappeler cette première vérité à propos du seul candidat ouvrier de ces présidentielles : « Son salaire à lui est vrai ! Ses 2.000 euros mensuels sont vrais. C’est pas du travail fictif. C’est pas un salaire pour un boulot fictif  ».

Mais ce rappel des faits n’a pas empêché Zemmour de poursuivre sa diatribe, de plus en plus nauséabonde. Dans le plus pur style réactionnaire, celui-ci a expliqué sans sourciller que Poutou, mais aussi Natalie Arthaud, étaient des « idiots utiles du capitalisme mondialisé » parce qu’ils défendaient l’internationalisme et « voulaient ouvrir les frontières ». Un propos qui n’a pas manqué de faire réagir une nouvelle fois Aymeric Caron qui a engagé une polémique virulente contre Zemmour, lui rappelant que l’internationalisme défendu par Poutou était bien différent de celui de la mondialisation néolibérale imposée par les classes dominantes depuis plusieurs décennies.

La manœuvre utilisée par Zemmour est connue : c’est la propagande classique de l’extrême droite qui cherche à crédibiliser toute alternative internationaliste, de l’union des travailleurs dans le monde au prétexte du modèle néolibéral qui sévit depuis plusieurs décennies. Et par là-même légitime toutes les pires horreurs produites par le capitalisme. Car c’est au nom de cet amalgame que Zemmour multiplie les appels à la haine, en se réjouissant des milliers de morts causés par la politique xénophobe de l’Union Européenne en Méditerranée, en expliquant qu’il se « fout complètement des massacres » commis en Syrie par Bachar-El-Assad, ou encore en lançant à demi-mots des appels à la guerre civile contre les musulmans en France. Or, toutes les horreurs, les guerres, les drames que légitiment Zemmour, ce sont bien ceux commis par le capitalisme. Car contrairement à ce que celui-ci avance, le « grand patronat » ne cherche pas à « ouvrir les frontières », il en profite au contraire, de ces fameuses frontières qui lui permettent d’exploiter comme des quasi-esclaves les travailleurs en Chine, de sous-payer les travailleurs sans-papiers, de placer son argent dans des paradis fiscaux où les lois nationales les protègent. Des profits qui ne seraient pas possible sans le maintien de législations nationales différentes, sans le maintien des interdictions de circuler qui s’appliquent à la majorité des travailleurs de ce monde.

« Idiot » ou pas, Zemmour est en revanche bien utile au capitalisme, et c’est bien pour ça qu’il est devenu un chroniqueur incontournable de ce système médiatique au service des classes dominantes. Pour légitimer les horreurs du capitalisme et attaquer les candidats, comme Poutou, qui défendent l’internationalisme de classe, pour propager une conception raciale de l’humanité, à peine masquée derrière l’idée d’un « choc des civilisations », qui engrange la xénophobie, mais également une conception rétrograde de la famille, un antiféminisme primaire, toutes ces idées qui divisent les travailleurs, par leur sexe, leur couleur, leur origine et qui sont fonctionnelles au capitalisme et à la domination du « grand patronat ». Et le « bouc-émissaire » du « migrant » est la meilleure manière de ne jamais s’en prendre aux exploiteurs qui, eux, volent nos richesses en toute quiétude pour accumuler toujours plus de profit. Cette idée d’une union d’un camp social contre un autre, Poutou la défend sans cesse, en tant que candidat ouvrier, quand il avance la perspective du soutien à la grève générale en Guyane et de l’Europe des travailleurs face à l’Europe des patrons. Tout cela, Zemmour le sait bien et c’est d’ailleurs ça qui l’exaspère. Avec Philippe Poutou aux présidentielles, le visage de chien de garde du système médiatique et du capitalisme de Zemmour apparait dans toute sa splendeur.

Et à ce titre, la séquence d’« On n’est pas couchés » est exemplaire. Ce samedi soir, Laurent Ruquier, présentateur de l’émission, qui se disait fiers d’être un « militant contre l’extrême droite » lors du passage de Florian Philippot, n’aura eu aucun scrupule à inviter l’un des chroniqueurs les plus réactionnaires du petit écran pour démolir Philippe Poutou, et sans trouver rien à y redire. Ils auront trouvé ce soir-là un ennemi commun, le seul candidat ouvrier de ces présidentielles, dont le spectre aura suffi à réconcilier ceux qu’on disait fâchés. « Une guerre de classes » comme on dirait dans le jargon, et en en prime-time s’il vous plait !




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