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À quand le cessez-de-mentir ?

Obama et Poutine appellent à un cessez-le-feu en Syrie mais la guerre pourra continuer

Publié le 23 février 2016

C’est à la une de toute la presse mondiale : samedi prochain un cessez-le-feu serait décrété en Syrie. Le gouvernement de Bachar Al-Assad et certains groupes rebelles l’ont déjà accepté, même si sous certaines conditions. Cependant, beaucoup de scepticisme existe d’un côté comme de l’autre. Ce n’est pas le premier cessez-le-feu décrété et celui-ci pourrait être ignoré comme les autres. Et surtout, la guerre contre Daesh, le Front Al Nosra (lié à Al Qaeda) et d’autres groupes que le régime Assad et ses alliés considèrent comme « terroristes » va continuer. Une nouvelle mascarade à l’horizon ?

Les parties belligérantes ont jusqu’à vendredi à midi pour dire si elles acceptent ou non le cessez-le-feu. En cas d’accord vendredi à minuit elles devront l’appliquer. Le cessez-le-feu aurait une durée initiale de deux semaines mais pourrait être renouvelé indéfiniment par les parties. Les groupes d’opposition réunis dans le Haut comité des négociations (HCN) ont indiqué leurs conditions : la levée des sièges des villes syriennes, la libération des prisonniers, l’arrêt des bombardements des civils et la livraison d’aide humanitaire.

De son côté, Assad a déclaré qu’il acceptait la proposition mais qu’il continuerait, ainsi que ses alliés, à bombarder les positions des organisations « terroristes » comme Daesh, mais aussi d’autres organisations liées à Al Qaeda et des organisations faisant partie des rebelles, que le régime appelle aussi « terroristes ».

La poursuite de ces bombardements aériens rentre tout à fait dans le cadre du cessez-le-feu. Celui-ci n’interdit pas non plus que des pouvoirs internationaux fournissent des armes aux parties belligérantes.

L’attitude des autres soutiens des rebelles comme la Turquie et l’Arabie Saoudite est importante aussi. Malgré le fait que celles-ci envisageaient d’envahir la Syrie, pour le moment ces pays semblent bien accueillir la proposition russo-américaine. C’est notamment le cas de la Turquie qui y voit un moyen de faire pression sur les forces kurdes qui avancent vers l’ouest, où se trouvent les alliés turcs. D’ailleurs, il est encore difficile de prévoir quelle sera l’attitude des forces kurdes.

Il faut ajouter à ces doutes sur la faisabilité de la mise en place du cessez-le-feu, le fait que Bachar Al Assad, une fois connue la proposition de cessez-le-feu, s’est empressé de déclarer que le 13 avril prochain il organiserait des élections législatives. Dans un pays dévasté par près de cinq ans de guerre, où entre 300000 et 500000 personnes sont mortes et dont la moitié de la population est déplacée, Assad se prépare à organiser un « cirque démocratique » pour tenter de valider son pouvoir. Une provocation et un manque de respect total de la part de ce « boucher » du peuple syrien.

Ces déclarations n’ont pas tardé à devenir un obstacle dans les négociations, alors que pour la première fois les États-Unis et la Russie agissent ouvertement main dans la main en Syrie. En effet, jusqu’à présent dans les négociations, on parlait d’une période de transition politique et de l’organisation d’élections dans dix-huit mois.

La situation reste fragile, la guerre se poursuit et est loin de finir. Mais du point de vue des États-Unis et de la Russie, il s’agit d’un pas en avant dans la poursuite de la lutte pour la défense de leurs intérêts par d’autres moyens, moins coûteux économiquement et politiquement, que la guerre ouverte. Avancer vers une « solution politique » du conflit pourrait signifier pour le régime de Poutine une victoire importante si cela implique que ladite « communauté internationale » reconnaisse ses intérêts en Syrie (et par conséquent ailleurs, dans sa « zone d’influence », dont l’Ukraine) et lui donne une certaine légitimité.