^

Politique

Agriculture

Occitanie : la mobilisation paysanne a payé

Après plusieurs jours de manifestations et de blocage des accès des villes de Toulouse et de Montauban ainsi que de quelques axes de transport, les agriculteurs occitans ont obtenu en grande partie satisfaction. En effet le ministre de l'agriculture s'est engagé à réintégrer la plupart des communes exclues de la nouvelle carte des zones défavorisées, écartant la menace d'une perte sensible de revenus pour les éleveurs dont beaucoup sont en situation précaire. Par ailleurs Stéphane Travert se déclare défavorable à la création d'une ICHN végétale qui serait financée par une ponction sur l'enveloppe de l'ICHN animale.

L’indemnité compensatoire de handicaps naturels

C’est une aide financière en faveur des agriculteurs exerçant leur activité dans des zones défavorisées par l’altitude et d’autres caractéristiques physiques du territoire, avec une charge de travail et donc des coûts de production plus élevés que la moyenne ainsi que des rendements inférieurs. Ce surcoût n’est pas compensé par les prix de vente puisque ces derniers sont fixés par le marché, sur la base d’une moyenne qui fait fi des conditions de travail des producteurs et du volume produit par chaque exploitation.

De ce point de vue l’ICHN est totalement légitime, malgré ses défauts liés à des effets de seuil brutaux (c’est tout ou rien). Pour les zones défavorisées dites simples, hors montagne, le montant est de 138 € pour chacun des 25 premiers hectares de surfaces fourragères ; sa suppression contribuerait à accélérer la disparition de nombreuses fermes forcément non compétitives, dans une logique de grands bassins de production et d’exploitations géantes type Ferme des Mille Vaches. C’est un moyen de lutte contre la désertification, de maintien d’emplois locaux, de sauvegarde des paysages et d’aménagement du territoire.

Ce qui vaut pour l’élevage est tout aussi justifié pour les productions végétales, sous réserve évidemment de ne pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. En effet le prix de marché d’une tonne de blé est identique quels que soient le rendement et le nombre d’hectares cultivés. Dans le nombre des aides et subventions tant nationales qu’européennes en voilà au moins une qui ne favorise pas trop des gros agrariens.

Leçons d’une mobilisation victorieuse

On peut bien sûr noter que le gouvernement s’est abstenu d’envoyer les forces dites de l’ordre dégager les routes et que les manifestations ouvrières ou étudiantes bénéficient de moins de mansuétude. Il faut faire la part de la prudence, certains tracteurs sont vraiment gros et des affrontements auraient été longs et violents. Par ailleurs, au delà du nombre déclinant de chefs d’exploitations, les revendications du monde paysans rencontrent un écho favorable dans la population ; c’est à ce niveau que subsiste un poids électoral dans les zones rurales.

Mais il faut souligner que la mobilisation était unitaire, certes à l’initiative de la FNSEA et du CNJA mais appelée aussi par la Confédération paysanne et la Coordination rurale, sur la même exigence du retrait du remodelage de la carte des zones défavorisées. Par ailleurs elle a été massive et déterminée, n’hésitant pas à bloquer les routes, les voies ferrées et des villes pour négocier sur la base d’un rapport de force. C’est ce à quoi se refusent les directions des syndicats de salariés qui se limitent au mieux à des manifestations rituelles pour accompagner leur participation aux tables rondes et autres prétendues concertations.




Mots-clés

Union Europénne   /    Agriculteurs   /    Politique